LE XV* SIÈCLE
faisaient appel à leurs talents; on les engageait pour une période déterminée, quelquefois pour une nég.ociation particulière. Artistes-ès-diplomatie, théoriciens politiques, ils avaient moins d'esprit pratique et de dévouement que de souplesse et d'Imaginative. Fort au courant des questions internationales, très bien renseignés sur les intrigues des cours et le caractère des princes, ils connaissaient moins les peuples, leurs traditions, leurs ressources, et ils n'étaient pas retenus par les scrupules du patriotisme, qui ne se berce pas d'illusions et ne consent qu'aux sacrifices indispensables et féconds. On trouve un certain nombre de ces spécialistes autour de Georges, Martin Mair d'abord, Antoine Marini plus tard, Grégoire Heimbourg ' enfin, bien que celui-ci, par la sincérité de ses convictions et la constance de sa vie, mérite une place à part. On a même divisé assez ingénieusement le règne de Georges en trois ministères, le ministère de Mair marqué par les projets d'élection à l'Empire, le ministère Marini avec les négociations relatives à la grande ligue européenne, et le ministère Heimbourg qui correspondrait à la lutte ouverte contre la papauté.
Est-il bien siir seulement que ces conseillers aient exercé sur Georges et sa politique une influence aussi prépondérante qu'on l'admet généralement? Les princes les plus sages €t les plus prudents prennent volontiers dans leurs rêves la revanche de leur modération : Henri IV accueillait des projets de reconstitution de l'Europe qui ne sont pas sans quelque analogie avec les plans de Georges; Louis'XI, qui ne passe généralement pas pour un esprit chimérique, a écouté les propositions de Marini et n'a pas refusé de traiter avec lui. — L'erreur serait grande de s'imaginer que ces faiseurs de projets n'ont pas vu les premiers ce qu'il }' avait de peu sérieux dans leurs vastes desseins. Pourquoi ne pas supposer à Georges la même raison? Quel avantage réel a-t-il négligé pour ces imaginations décevantes? Dans toutes ces
I. C'est l'orthographe de Voigt, et non Grégoire de Heimbourg {Sybel's liist. Zeitschrift, V. p. 467, n. 52); c'est aussi celle de Bachmann. Toniek écrit Grégoire de Heimbourg, mais san* donner de raison.