‹ Georges de PodiébradChapitre 29 sur 183 · LE SEKMKNT DU SACHE Q · texte numérisé non relu

LE SEKMKNT DU SACHE Q

A la première lecture, cet engagement semble ne pouvoir donner lieu à aucune discussion : Georges se soumet purement et simplement ii l'Eglise et promet d'amener ses sujets à la même soumission. Mais, si l'on étudie le texte de plus près, on s'aperçoit sans peine que cet amas de mots et ces effusions dissimulent en réalité beaucoup de vague. La communion sous les deux espèces était le principal objet du litige : pourquoi n'en est-il pas fait clairement mention? Que signifie cette déclaration générale d'obéissance et de conformité qu'à aucune époque les Hussites n'auraient hésité il signer? Les Compactats, dans l'opinion des Tchèques et du roi lui-même, ne constituaient certainement ni une hérésie ni même une séparation de l'Eglise romaine K Promettre par conséquent d'être un lidèle catholique, ce n'était pas le moins du monde renoncer aux privilèges qu'on tenait régulièrement du Concile =. Cela est si vrai que Georges ne paraît pas avoir caché aux évêques qu'il avait l'intention de poursuivre auprès de la Curie les négociations relatives aux Compactats et qu'il écrivit même à Carvajal pour l'en avertir. Les promesses orales qu'il avait faites aux évêques hongrois n'avaient pas de signification plus précise, et il avait parfaitement le droit de prétendre plus

tibus, et eis ohedientiam et conformitatem ad morem aliorum catholicoruin etchristiannrum Regum in unitate orthodoxes fidei, quam ipsaRomanacatholica et apostolica Ecclesia confitetur praedicat et tenet, fidcliter observabo ipsamque orthodoxam et catholicam tidem prcjtegere tueri et defendere volo toto posse populumque mihi subjectum secundum prudentiama Deo datam ab omnibus erroribus sectis et haercsibus et ab aliis articulis Sanctœ Ro= tnanas Ecclesiae et rtdei catholicas contrariis revocareet avertere, catholicee et orthodoxes tidei ôbservantiam et obedicntiam contbrmitatemque et unionetn ac vitam cultumque Sanctae quoque Romanes Ecclesiœ reducere et restituere Volo et laborcm quoque dai)o et adhibebo omnem diligentiam, ut otnnia praescripta coinpleantur toto meo posse et conamine ad laudem et gloriam et honorem Dei et exaltationem sanctae catholicae fidei. w Amas d'épithètes, tnauvàise injure, amas de synonymes, promesse équivoque. Cp. Bachmann, qui regarde ce serment comme une abjuration sans réserve de FUtraquisme et l'abandon des Compactats. {Deutsche Rcichsgesch., I. p. 88.)

1. « Communionem utriusque speciei imnquam putuvimus hasresim sapera » fait dire Pie II à Georges, Covtment., X.

2. Supposc-t-on que Louis XIV eût hésité un seul instant à prctcr le serment de Georges et se serait-il cru tenu par lii de ne pas niainteiiir les articles de la déclaration du clergé en 1682.''

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tard que son intention avait toujours été de défendre les Compactats et le calice. Il semble incontestable que les évèques qui ont reçu son serment savaient à quoi s'en tenir et qu'ils s'étaient, après réflexion, contentés d'une formule qui réser\ait l'aNcnir '.

Malgré tout, en se prêtant à cette équivoque, Podiébrad avait commis une grave imprudence que n'excusent pas complètement les avantages immédiats qu'il en retira. Il reconnaissait lui-même que son serment prêtait à de fâcheuses interprétations, puisqu'il avait craint qu'il n'inquiétât les Utraquistes et avait exigé qu'il restât secret ; or, comment admettre que le pape- ne l'expliquerait pas dans le sens le plus étroit et ne l'exploiterait pas contre lui -} — Quelle que fût l'opinion personnelle de Pie II sur le sens de cette déclaration, il ejjtété plus que maladroit de ne pas se servir de l'arme qu'on lui offrait. Tout pape eût agi de même, à plus forte raison un diplomate aussi habile à tirer parti de toutes les fautes de son adversaire.

Il s'etforça d'abord dt compromettre encore plus Podiébrad en affectant une confiance entière : désormais tout était oublié, l'union était complète ; il restait encore des dissidents dans le royaume, mais il ne fallait en accuser que le malheur des temps, non la volonté du roi qui était un roi catholique comme les autres et mettrait tous ses; soins à triompher de l'erreur. Aussi il le traitait comme les autres souverains, le convoquait au Congrès qu'il se proposait de présider à Mantoue, l'appelait son très cher fils, le louait de sa piété, de l'honneur qu'il rendait à la religion. Les formules dont il se servait en lui écrivant

1. C'est Topinioa de Tomek, VII, Introduction, p. 4. Les deux parties étaient tombées d'accord sur un texte que chacun s'attribuait le droit d'expliquer à sa guise. On ne voulait pas rompre, pu ne pouvait s'entendre : on s'arrêta à une équivoque.

2. M. Goll, dans la critique si bienveillante qu'il a consacrée à mon travail, semble disposé à admettre que Podiébrad espérait pouvoir tenir son serment. Ce n'est pas impossible, et il est, en somme, assez vraisemblable qu'il n'était pas fanatique du Calice. Mais cela ne modifie guère les choses : quelle qu'ait été son intention, il n'en reste pas moins qu'il a donné prise sur lui en faisant ou en paraissant faire une promesse qu'il n'était

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