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plus sans doute rigoureusement appliqués, furent remis en vigueur '. Toute équivoque était désormais impossible -, Georges ne conservait aucune espérance d'entretenir les illusions qu'il avait ménagées; il n'avait plus qu'un parti à prendre : faire une suprême tentative pour convaincre le pape que la confirmation des Compactats était le seul moyen d'éviter une guerre terrible. Il était en bonne situation pour traiter : de récents succès militaires et diplomatiques avaient effacé le souvenir de ses échecs antérieurs. Une ambassade solennelle partit pour Rome, alla offrir à Pie II le serment d'obédience du roi et de la nation tchèques et lui demander de sanctionner les privilèges des Utraquistes.
Les délégués bohèmes arrivèrent à Rome au mois de mars 1462 ; les principaux membres de l'ambassade étaient le chancelier Procope de Rabstein, qui jadis avait été le collègue d'iEneas S3ivius dans le conseil de l'empereur et était resté son ami, catholique sincère et sujet tidèle, — Zdéniek Kostka de Postoupitse, âme noble, esprit généreux, un des confidents de Georges pour lequel son dévouement ne se démentit jamais •% — et Venceslas Koranda,un des jeunes maîtres les plus ardents et les plus écoutés de l'université de Prague K
1. On ne pouvait obtenir le droit de bourgeoisie, être reçu dans une corporation, acheter une maison on une propriété que si l'on s'engageait par serment à communier sous les deux espèces. (Bachm., id., p. g^.)
2. Les radicaux suppfirtèrcnt toujours avec peine la modération de Georges; ils rongaient leur frein, se plaignaient qu'on fit trop de concessions ii l'erreur, qu'on arrêtât leur propagande. « Après tant de victoires remportées sur cette courtisane, sous le régne de Georges, Georges notre roi, alors que nos magistrats, nos seigneurs, nos maîtres sont au pouvoir, quel est le. prédicateur qui oserait nommer l'Eglise de Rome la synagogue du diable... l'antechrist ou la bête aux dix cornes?... Où est notre audace et la forme de notre âme? Nous sommes abattus, abandonnés par l'esprit de courage; nous les vainqueurs, il est évident que nous sommes vaincus par nos vaincus. «Lettre de Martin Loupatch ; elle n'est pas datée, mais est probablement des premières années du règne. Manualnik Vaclava Korandy, p. 141).
3. « Gosca intcr paucos régi acceptus erat ejus pertidia cornes, » dit Pic II dans ses Commentaires^ liv. \'ll.
4. \atslav Koranda de Pl/cn, 1424-1 5 19, succéda à Rokytsana dans les fonctions d'administrateur du Consistoire calixtin. Il défendit avec beaucoup de zèle la doctrine utraquiste contre les catholiques et les dissidents. Il a laissé de nombreux ouvrages de polémique et un récit de l'ambassade de 1402 qui a été publié dans le Vybor lit. tchcskc, II, 663-714. Cp. Jirctchek, Manuel de littérature bohème. M. Tiiihlar a publié en i<S88, au nom de
L IDEE DE TOLERANCE RELIGIEUSE lOI
Ils remirent au cardinal Bessarion une lettre du roi et exposèrent avec beaucoup de fermeté la ligne politique qu'il suivait et dont il n'avait jamais entendu s'écarter. Il voulait être pour tous un roi impartial et juste : il 3' avait en Bohême deux confessions, il devait vivre avec tous, sans prendre parti pour une des factions, ce qui lui aliénerait l'autre. Cette constatation simple d'un fait évident n'en parut pas moins à Rome un scandale. Par la force des choses, Georges en effet, sans orgueilleuse déclaration de principe, représentait en face de la cour pontificale l'idée de l'Etat moderne, laïque, indifférent au dogme; il défendait une cause bien supérieure à la cause même de la réforme religieuse, celle de la tolérance. On a contesté à Podiébrad ce titre de gloire en rappelant ses rigueurs contre les Frères et les décrets contre les Catholiques qu'il a approuvés ou au moins acceptés. Mais les mesures d'exception qu'il autorisa contre ceux-ci furent la conséquence de leur propre intolérance. Alors comme aujourd'hui, ils refusaient toute liberté à l'erreur : leurs prétentions étaient pour les Calixtins une menace et une offense perpétuelles, ne laissaient pas au roi le droit de s'opposer avec une fermeté suffisante à des représailles qu'excusait la légitime défense et qu'il s'efforçait d'ailleurs d'atténuer dans la pratique '. S'ils avaient admis
l'Académie des sciences de Prague, un manuscrit très curieux, qu'avait du reste déjà utilisé Palatsky, c'est le Manualnik Vacslava Korandy; le véritable titre serait : Portefeuille de Koranda: il renferme en effet, à coté de quelques œuvres dont il est l'auteur, des lettres qui lui sont adressées ou des pièces diverses recueillies par lui; c'est une soiTrce précieuse de renseignements surl'Église tchèque à cette époque et l'état des esprits dans la deuxième moitié du siècle. Quant à Koranda lui-même, il nous apparaît comme un honnête pasteur, sincère et droit, mais d'intelligence médiocre; ses convictions sont aussi étroites que fermes.
I. En somme, les plaintes des Catholiques ne nous sont guère connues que par des documents de Breslau," par conséquent très suspects. Elles sont assez vagues et ne semblent pas viser des faits très nombreux. Il est bien étonnant que les Catholiques tchèques, s'ils avaient réellement des griefs sérieux, ne les aient pas fait valoir publiquement. Rien ne prouve de plus que le roi ait approuvé ces injustices. Les villes avaient une autonomie assez étendue et l'opinion publique était assez sensible pour qu'il crût préférable de s'abstenir en matière aussi délicate. Le véritable coupable de ces persécutions était le pape qui, en refusant toute concession, forçait le roi de ménager davantage les Utraquistes,