‹ Georges de PodiébradChapitre 4 sur 183 · APOGEE DE L EGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

APOGEE DE L EGLISE ROMAINE

d'immenses domaines, disposant de revenus qu'augmentait sans cesse la piété des cro^'ants, l'Église avait complété son organisation et donné à sa doctrine sa forme définitive. Le clergé, soumis au célibat et étroitement dépendant de la cour de Rome, formait une corporation sacrée qu'élevait au-dessus des fidèles le droit exclusif de communier sous les deux espèces. Des ordres monastiques nouveaux, les Dominicains et les Franciscains, mettaient au service du Saint-Siège leur enthousiasme juvénile et leur dévouement sans. scrupules. Les cérémonies du culte se multipliaient, magnifiques et éclatantes; les sept sacrements rattachaient à l'Église la vie tout entière, du berceau à la tombe; la scolastique, avec saint Thomas d'Aquin, soumettait la science il la foi, et l'art ogival couvrait le monde d'admirables cathédrales.

Par une loi fatale, le déclin suit toujours de près le triomphe. La victoire a pour conséquence nécessaire l'abus de la force, et pour suite inévitable la décadence. L'P^glise au mo3'en âge représentait la civilisation et le progrès; son autorité devint dangereuse du jour où elle fut sans contrepoids. Au milieu de la division infinie elle avait maintenu l'idée de l'unité, mais les nationalités, qui prenaient peu à peu une plus claire conscience d'elles-mêmes, ne devaient pas supporter longtemps, le joug sous lequel elle prétendait les plier. Ses dogmes offraient aux âmes la doctrine la plus haute et la plus pure que comportât l'état des esprits à cette époque; mais toute règle inflexible devient bientôt insuppo-rtable à l'intelligence humaine, et le despotisme le plus éclairé ne saurait avoir d'autre effet que de se rendre inutile. Un demi-siècle après la défaite des Hohenstaufen, ils trouvaient un vengeur dans Philippe le Bel. Cent ans â peine après Linocent IV, le pouvoir de l'Eglise était battu en brèche de tous côtés. Résistances des princes, soulèvements populaires, hérésies, mysticisme, satires, l'insurrection revêt toute les formes, mais au fond de toutes ces agitations se retrouve la même impatience de l'autorité pontificale.

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