‹ Georges de PodiébradChapitre 48 sur 183 · ybnr. H. p. 72IV · texte numérisé non relu

ybnr. H. p. 72IV

2. llyiivait eu, à Brcshiu, entre le légat, — archevêque dcCrète — ,ct.lostunc scène des plus violentes. Les princes de Silésie se jetèrent entre eux pi'ur éviter une rixe, tandis que les conseillers se hâtaient de fermer les portes, pour que le bruit de la querelle ne transpirât pas au dehors, car « dans les dispositions du peuple, tout était à craindre pour l'évèque » (i461'!). Même après l'ouverture des hostilités, Févéque resta suspect ;i ses fidèles, et sa mort (i3 décembre iq'iy) fut accueillie par eux avec satisfaction.

1^. Le traité de Jean de Rabenstein, prieur de V'ychehrad, est une des preuves les plus remarquables de l'apaisement des passions religieuses. Il proteste avec une douleur attendrie contre la rigueur hâtive des papes et déplore les malheurs que la guerre a déchaînés. Son patriotisme lui inspire des accents d'une éloquence pénétrante; c'est un des documents les plus précieux pour l'état des esprits ii cette époque et les plus honorables pour (leor.ges. Il a été juiblié par Kachmann, Dialogiis Johaimis Rabcnstcinensis, dans les Archiv fûrtesterr. desch. t. LIV, p. ;i53. Vienne i.Sjh.

.4. \'. sa lettre à Zdéniek île Slernberg, Archiv tchcsky, \\\ 121.

TEUGIVKRSATIONS DE POnii;i5UAD ]'\g

mis au roi aussi longtemps qu'il le put sans, se mettre ouvertement en lutte avec le pape, et il assista d'un ca-ur désole aux atrocités de la guerre '.

L'histoire, sévère pour les intrigues de Zdéniek, éprouve une sympathie et une pitié profondes pour ces hommes qui connurent les angoisses d'une redoutable crise morale et ne se séparèrent du roi que parce qu'ils étaient convaincus que le devoir l'exigeait. Mais quelle action Podiébrad avait-il sur eux? Leurs scrupules opposaient à toutes ses tentatives de conciliation une barrière aussi invincible que l'ambition des autres. Plus leur âme était noble, plus leur orthodoxie était intiexible -. — Quels que fussent ainsi les mobiles des ligueurs, toute entente était impossible. Certaines situations sont inextricables, il était nécessaire que l'Union de Zéléna- Hora aboutît à une insurrection armée.

Dans ces conditions, Georges ne fut-il pas imprudent de prolongerles négociations? — Ensommelesligueurs avaient tout avantage à gagner du temps. En 1465, ils n'étaient qu'une poignée; plus que les prédications et les anathèmes du prélat ou les vantardises de Breslau, les tergiversations du roi leur servent : ils recrutent peu à peu de nouveaux adhérents, occupent d'importantes positions. PIzen,qui avait toujours été la capitale des Catholiques tchèques, se prononce contre Podiébrad -' ( i^hh ; l'administrateur et le cha-

1,. V. sa lettre à Tsibor de Tsimbourg, ibid., p. 142. L'abandon de Protas causa à Georges et à ses partisans une vive irritation, précisément parce qu'ils avaient cru pouvoir compter sur lui sans réserve.

2. Il y avait aussi un parti ultramontain, peu nombreux, mais très ardent; il avait pour principaux représentants Paul Zidek,et surtout l'administrateur catholique, Hilaire de Litomierjitsc, cet idiot d'Hilaire, comme l'appelle Jean de Rabcnstein. L'hérétique, dit Hilaire, dans la société chrétienne, ne possède et ne peut avoir aucun droit, et le pape, en sa qualité de juge supérieur, a le devoir et le droit de le priver de toute puissance et de toute dignité. L'autorité suprême appartient au pouvoir spirituel, dont le pouvoir temporel doit exécuter les ordres. Si le roi s'y refuse, c'est aux seigneurs à l'y forcer même par la révolte, car « il y a aujourd'hui um roi et demain un autre, mais les familles demeurent éternellement. » Les seigneurs élisent le roi de Bohème, mais l'archevêque le couronne et le confirme : aussi Georges eût-il été élu cent fois, si le Saint-Père nu à sa place l'archevêque refuse de le reconnaître pour de sages et légitimes raisons, il n'a aucun droit sur le pays de Bohème.

3. La plupart des villes, au contraire, demandaient au pape la permission

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pitre catholiques s'y réfugient, et il se forme ainsi en pleine Bohème un centre de résistance, qu'il ne serait pas aisé de détruire. Les diverses oppositions, d'abord distinctes, politique et religieuse, bohème et silésienne, se rapprochent, et leur union lc\ rend plus Ibrtes et plus exigeantes. Lorsque Georges dénonce enfin les hostilités ii4(")7 , '^^ révolte dispose de forces considérables et elle peut stnitenir la lutte sans trgp de désavantage. Par une erreur qui n'est pas sans analogie avec celle qu'il a^■ait commise dans ses négociations avec la Curie, le roi a fait preuve de trop de bonne volonté et de longanimité; il s'est laissé entraîner trop loin par son humeur pacifique et sa préférence pour les moyens diplomatiques. Dlugos, peu favorable a Georges, le loue « de ne s'être jamais montré rapide à verser le sang. » C'est là, en effet, un des traits essentiels de son caractère. La patience n'a-t-elle pas ici dégénéré en faiblesse? Le meilleur mo3'en, sinon d'empêcher, du moins de limiter la guerre, n'eût-il pas été d'agir avec plus de résolution? Dans certains cas, la seule chance de conjurer le péril est de lui courir sus. Mais que de circonstances atténuantes pouvait invoquer Podiébrad, et comme il est naturel qu'il ait essa\é de tous les moyens pour éviter ou retarder la guerre inexpiable qu'il redoutait! Ses ressources étaient grandes, non telles que l'on dijt prévoir un succès l'apide. Il n'avait presque pas d'armée régulière : pour troupes, des milices féodales ou municipales, et c'était avec ces troupes mal organisées, qui se rassemblaient difficilement et se dispersaient vite, qu'il allait falloir assiéger de nombreux châteaux et des villes populeuses et bien fortifiées. Toute la puissance des Hussites s'était jadis brisée devant Plzen. .Même si la fortune le protégeait, il s'agissait d'une lutte de plusieurs années, non pas d'une grande guerre rapide et glorieuse , mais d'une série indéfinie d'escaniiouches , de razzias, de combats de villages à villages, de domaines à domaines, dont

de ne pas prendre parti contre Gcoriics. ainsi Roudicjovitsc, Most. Cheb (Kger).

EXPLICATION I)K SA r.ONDlITK

la Bohême sortirait épuisée et appauvrie. Et que d'incidents à craindre! Le premier résultat de la déclaration de guerre était de forcer sur le champ à se prononcer tous ceux qui étaient encore indécis, de grossir l'armée pontificale de tous les timides et les tièdes. L'événement le prouva : dès l'ouverture des hostilités, la Silésie j)resque entière, les deux Lusaces, les grandes villes de Moravie passèrent aux insurgés. Ne valait-il pas mieux prolonger l'équivoque tant qu'on le pourrait, ne pas mettre les catholiques dans la nécessité de choisir entre leur roi et leur foi? Georges d'ailleurs n'était plus ce qu'il était au moment de la surprise de Prague. Il avait beaucoup vieilli, beaucoup grossi, souffrait des premières atteintes de l'hydropisie dont il mourut quelques années plus tard. Enfin, il n'avait pas les mains complètement libres, et l'attitude de ses partisans l'obligeait à des ménagements. Les longues années de paix avaient amolli les âmes, et les Utraquistes ne prenaient pas volontiers leur parti d'une nouvelle guerre civile. Les plaintes des seigneurs contre les usurpations du roi n'étaient pas non plus sans écho parmi les nobles fidèles; l'esprit de caste était puissant chez eux, ils poussaient aux concessions, demandaient des négociations, cro3'aient aux compromis : l'énergie du souverain eût été vite suspecte, on l'aurait aisément accusé de sacrifier à ses rancunes les intérêts généraux de la nation. Il y eût eu un grand rôle à saisir, réveiller les passions révolutionnaires, soulever la plèbe contre la noblesse et fonder sur les ruines du parti aristocratique et catholique une royauté indépendante et populaire. L'idée n'en vint môme pas à l'esprit de Podiébrad. Déchaîner une jacquerie, lui qui avait horreur de la violence, du désordre, de l'anarchie ! Et d'ailleurs, le parti révolutionnaire existait-il encore? Il avait été terriblement décimé et son abattement moral était plus grand encore que sa faiblesse matérielle '.

I. Un pamphlet contre les habitants de Plzcn et les seigneurs invite le roi avec l'aide des chevaliers, des bourgeois et des paysans, à chasser les seigneurs du pays. On trouve aussi çà et là une allusion à une certaine agitation populdire. On pourrait entin rattacher à ce mouvement des pamphlets;

LA CURIK

En somme, quand on tient compte de toutes les données du problème, tout en avouant que les lenteurs du roi profitèrent dans une certaine mesure à la Ligue, on se demande si toute autre conduite était possible ou n'eût pas été encore plus dangereuse et si le parti auquel le poussaient son âge et ses dipositions morales et physiques, n'était pas après tout le meilleur : ajourner le plus longtemps possible les hostilités, puis, une fois la guerre commencée, la pousser avec vigueur. Il n'épargna pas sans doute ainsi à la Bohême les souffrances et les désastres dont il aurait voulu la préserver; mais il maintint du moins autour de lui la majorité de la nation, sauva le principe de l'unité nationale et de la réforme religieuse et laissa aux Tchèques, comme consolation de leurs pertes matérielles et gage d'avenir, une gloire impérissable.

Les événements se précipitaient et l'horizon devenait plus sombre. Le légat que Paul II avait envoyé à Breslau en 1464, était muni des instructions les moins pacifiques. Très irrité du peu d'effet de son intervention en faveur de Hyniek de Bitov, un rebelle tchèque qu'il avait pris sous sa protection et dont le château, Zornstein, fut rasé par le roi (1465), le pape avait dans un consistoire public renouvelé ses accusations contre Podiébrad et chargé trois cardinaux d'instruire son procès (28 juin i4(55). Juges impartiaux! Deux de ces cardinaux, Bessarion et Carvajal, étaient connus par leur hostilité contre les Hussites. Sans même attendre leur décision, le pape avait pris une série de mesures qui ne laissaient aucun doute sur ses intentions. Il avait déclaré sans valeur les serments prêtés à un hérétique, interdit d'obéir au roi et de lui fournir des secours, et promis son appui à tous ceux qui secoueraient son autorité. Le

satires, chansons contre les évêques ou le pape. Eschenloer raconte qu'on voyait à Prague une peinture qui représentait un arbre sur lequel mûrissaient et d'où se détachaient de belles femmes nues; sous l'arbre, le pape, les cardinaux, des évêques, des moines, des prêtres, étendaient leurs manteaux et recevaient les femmes. Malgré ces symptômes isolés, il ne semble pas que l'agitation ait été bien vive, et Georges s'appliqua plutôt à la modérer et à la contenir qu'à la développer.

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