‹ Georges de PodiébradChapitre 50 sur 183 · MATHIAS CORVIN · texte numérisé non relu

MATHIAS CORVIN

rcs. Au milieu des embarras de toutes sortes dont il avait triomplié, il avait déploj'é et développé des facultés de premier ordre. Peu de souverains ont eu au même degré l'énergie indomptable qui brise toutes les résistances et cette sorte de charme prestigieux qui déconcerte les oppositions. On a quelque peine à comprendre l'attraction qu'il exerçait, quand on songe aux traits saillants de. son caractère: injuste, cruel, perfide, voluptueux, il n'était pas aimable, il était pire; il ne plaisait pas, il séduisait. Malgré les sacrifices énormes qu'il imposa à son peuple, il en fut toujours l'idole : les États ne lui refusèrent jamais les secours qu'il leur demanda ; tant qu'il fut là, toute tentative pour secouer le joug parut vaincue d'avance : les essais de révolte en gardent quelque chose de timide et d'hésitant.

Dès qu'il fut solidement établi sur son trône, il chercha à étendre ses domaines. Il eût été plus raisonnable de concentrer ses forces contre lesTurcs, mais les conquêtes étaient plus hasardeuses et moins retentissantes du côté du sud que vers le nord et l'ouest. Son ambition hâtive l'engagea ainsi dans des entreprises, plus hardies que sensées, dont le succès même ne compensa pas toujours les périls et les dépenses. Général heureux non moins que diplomate adroit, il força la victoire, réussit même à soumettre les pays qu'il avait conquis, mais non à fonder le grand empire qu'il espérait créer. A sa mort, la Hongrie, surmenée, était épuisée ; les provinces annexées, en pleine fermentation ; les magnats n'attendaient qu'une occasion pour revendiquer leurs privilèges ; la gloire même qu'il a méritée est de mauvais aloi et plus bruyante que solide. En admirant ses qualités d'homme d'état, on déplore l'usage qu'il en fit, et que, pour assouvir ses passions égoïstes, il ait engagé la Hongrie dans une guerre contre la Bohême, guerre qui, en présence des Turcs, était presque sacrilège. Il semble aussi que les difficultés qu'il se créa volontairement ainsi, contribuèrent à accentuer quelques-uns des traits les plus fâcheux de sa nature, la volonté inexorable qui sacrifie tout au but entrevu et l'égoïsme farouche que ne contiennent ni la peur ni le

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