MATHIAS CORVIN
remords. Malgré son instruction et bien qu'il se piquât même de science et de théologie, il avait conservé quelque chose du chef de bande des invasions hunniques : le peuple magyar se reconnaissait en lui avec sa fougue, son éloquence, sa vivacité et sa finesse d'esprit, son indomptable énergie, son ignorance des scrupules et son mépris des ménagements, sa fierté nationale et | son dédain des autres races. Tout en lui révélait le soldat,' 507z regarda de lion, ses grands yeux noirs, brillants, souvent injectés de sang, son nez droit, sa large poitrine, ses épaules puissantes. Passé maître dans tous les exercices physiques, cavalier incomparable, supportant sans se plaindre toutes les fatigues et toutes les privations, d'une audace presque folle, inébranlable dans les revers, insolent dans la prospérité, les combats étaient son élément et la guerre était pour lui plus qu'un goût, un besoin. Son âme exubérante méprisait une tâche ordinaire, et il se sentait à l'étroit dans un seul royaume, quelle qu'en fût l'étendue.
Comme Georges d'ailleurs, il était l'instrument d'une transformation dont il n'avait pas une claire conscience, et ses instincts de rapine préparaient l'œuvre de l'avenir. Le mouvement de concentration qui, vers la même époque, se traduisait dans l'Europe occidentale par la constitution des monarchies française, anglaise et espagnole, agitait aussi l'Europe orientale. La nécessité d'union était même ici d'autant plus évidente qu'il fallait faire face aux Turcs. On a quelque peine aujourd'hui à prendre fort au sérieux les dangers de l'invasion ottomane et on ne tient pas assez compte du rôle énorme qu'a joué la terreur musulmane dans toute l'histoire des populations exposées" à leurs attaques. On oublie trop vite que jusqu'à la fin du xvii^ siècle une moitié de la Hongrie appartient au sultan et qu'en i683 Vienne a été en grand danger. Comment les États que menaçait le même péril et qui, isolés, étaient trop faibles pour le conjurer, n'eussent-ils pas été tentés de mettre en commun leurs ressources et leurs destinées ? Cette question de la formation d'un grand empire oriental préoccupe plus o'* '^ins