PRAGUE
stitutions qui s'étaient développées lentement, sous des efforts successifs, tous les partis trouvaient les armes dont ils avaient besoin pour accomplir leurs desseins. Prague avait eu l'occasion déjà de s'apercevoir que ses privilèges ne la mettaient pas à l'abri de toute déconvenue.
Avant la guerre hussite, les franchises municipales ne profitaient guère qu'à quelques grandes familles bourgeoises qui maintenaient dans une dépendance presque complète le reste de la population. Au moment de la révolution, la majorité tchèque se débarrassa de cette oligarchie étrangère qui détenait tous les offices en vertu de droits héréditaires et qui opprimait ou, plus exactement, supprimait le reste des habitants. Ce ne fut pas un simple changement de personnes. Les conseillers perdirent leur omnipotence et ne furent plus que les délégués responsables de la commune ; leurs pouvoirs furent strictement limités; dans les affaires administratives^ ils furent assistés et surveillés par les anciens, et ils furent tenus de soumettre aux assemblées , générales toutes les questions importantes. On revit à Prague ce qui s'était passé dans les républiques anciennes : la foule n'abdiquait pas ses pouvoirs en les déléguant, mais les exerçait directement elle-même.
L'égalité absolue est un idéal, toujours poursuivi, toujours fuyant. L'ancienne oligarchie avait à peine disparu qu'une autre commençait à poindre. Toutes les vieilles familles n'avaient pas été chassées, et elles n'abdiquaient ni leurs .souvenirs ni leurs espérances. Quelques hommes nouveaux s'étaient enrichis pendant les troubles ; d'autres étaient désignés aux suffrages de la foule par leur éloquence, leurs talents ou leurs violences. Ils ne se contentèrent pas longtemps d'être des chefs de parti, mais cherchèrent peu à peu à s'élever audessus de leurs concitoyens et à augmenter aux dépens des assemblées l'autorité qu'ils tenaient de leur vote.
Lorsque la ville se soumit à Sigismond, il fallut bien qu'elle lui reconniit certains droits, au moins en principe. Il avait renoncé à presque toute action sur la justice et l'administration communales; il conserva une surveillance gé-
KOfTNA-HORA igO
néralc, retint la nomination des conseillers. C'était la tradition, et personne ne s'était inquiété de cette intervention royale, tant elle était entourée de réserves et de restrictions: le droit du roi ne s'exwçait que lorsqu'il était présent dans le pays; les conseillers étaient choisis sur une liste dressée par les conseillers sortants, pris exclusivement parmi les Utraquistes et renouvelés chaque année. Leur compétence était nettement déterminée, et, dans tous les cas, la surveillance des anciens et des assemblées générales arrêterait toute velléité d'usurpation. Mais que valent les précautions "Contre la force des choses? Sigismond, qui ne se faisait aucune illusion sur les sympathies des Praguois, chercha à tenir en échec leur mauvais vouloir en leur imposant des magistrats dont il fut sûr et en étendant la compétence de ses représentants au détriment des pouvoirs démocratiques. Les catholiques et les ambitieux rappu3'èrent, les engagements pris furent tournés, et, de 1438 à 1448, la capitale du Hussitismc, soumiseàun bourgmestre catholique, devint la complice involontaire et frémissante de la réaction, Jusqu'au moment où elle fut délivrée par Podiébrad.
Vladislas, quand il reprit la politique de Sigismond, reprit aussi ses errements, et il eut pour instruments à son tour les hommes qui espéraient fonder leur pouvoir sur la ruine des libertés communales. Les conseillers furent pris parmi les Utraquistes, pour écarter tout motif légal de réclamation, mais ils étaient prêts à l'apostasie; leur attitude paralysait tous les efforts des Hussitcs dans la ville et les condamnait au rôle de témoins inertes des événements, en attendant qu'ils en fussent les victimes. Il en était de même à Koutna-Hora, la deuxième ville du royaume ; au centre du district minier longtemps le plus prospère de la Bohême, Koutna-Hora ' avait dû un développen^ent rapide aux riches
\. Koutna-Hora (Kuttcnhcrg), à l'Est de la Bohcnic; des mines d'argent avaient été découvertes dans ces régions vers le milieu du xin° siècle, et l'on y avait frappé, vers i 3oo, les premiers' g^roi- d'argent. Les mines d'argent sont abandonnées depuis trois siècles, mais l'on exploite encore des mines de cuivre et de plomb.