LA REACTION CATHOLIQUE A PRAGUE
gisements argentifères que l'on exploitait à ses portes et qui pendant les derniers siècles avaient constitué la plus abondante source de revenus du trésor royal. Au moment des guerres hussites, la bourgeoisie allemande y avait combattu les réformés sans pitié ni merci, et ses cruautés n'avaient pas peu contribué à imprimer à la guerre le caractère de violence et de cruauté qu'elle avait bientôt revêtu. Tour à tour conquise et reperdue par les Hussites, la ville avait fini par rester entre leurs mains; les anciens habitants avaient été chassés, et elle était devenue une des citadelles de l'hérésie, jusqu'au moment où le roi avait choisi des apostats pour l'administrer, à l'indignation de la majorité stupéfaite et désarmée.
Dès qu'une minorité entreprend d'imposer son autorité, il est fatal qu^elle recoure à des procédés arbitraires et à des mesures vexatoires. D'autant plus que cette tâche ingrate de gouverner contre la majorité répugne aux esprits généreux et que l'on est obligé d'accepter les services de séides suspects qui dépassent bientôt les instructions de leurs maîtres. Les premières illégalités entraînent progressivement les coupables jusqu'aux plus extrêmes violences, souvent malgré eux. Il y a là une loi du mal qui se vérifie à toutes les époques troublées et à laquelle n'échappèrent pas Vladislas et ses inspirateurs. Les conseillers, nommés par le roi à Koutna-Hora et à Prague, firent bientôt peser sur les villes qu'on leur avait livrées, une lourde tyrannie ; on leur avait demandé, en les choisissant, moins de scrupules ou de probité que de résolution : ils cherchèrent à se dédommager argent comptant de la haine qu'ils inspiraient et des représailles qu'ils redoutaient. L'on ne saurait sans doute accepter sans discussion toutes les accusations lancées plus tard contre eux par les révoltés victorieux ; mais les faits établis à leur charge suffisent à expliquer l'exaspération de leurs concitoyens '. Un de leurs serviteurs, dont la con-
1. V. dans les Anciennes chroniques bohCmes, III, p. 5io-5i5, les dépositions des prisonniers après l'émeuie.
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science n'était pas très délicate, avoua que si d'autres avaient commis des actes semblables, ils n'auraient pas échappé à la potence. Ils trafiquaient de la justice, recevaient des deux mains, prononçaient en faveur de ceux qui se montraient le plus généreux. Voulait-on obtenir une déclaration de majorité? — Il fallait payer; pa3'er, pour que la validité d'un testament fût reconnue. Quand ils se rendaient dans une maison pour recevoir les dernières volontés d'un mourant, ils confisquaient ce qu'ils trouvaient, saisissaient les valeurs, modifiaient les legs, faisaient rentrer les créances à leur profit. Un régime de délation et de terreur empêchait toute protestation. « Un bourgeois n'osait parler librement à son compère; si des voisins se rencontraient dans la rue, ils regardaient autour d'eux comme des loups, de peur que quelqu'un ne les entendît et ne les trahît. Partout les conseillers avaient des délégués et des mouchards : ils se répandaient dans les cabarets et dans les auberg'es, engageaient la conversation : se laissait-on entraîner à leur répondre, làchait-on quelque mot de nature à déplaire aux conseillers, aussitôt ils vous dénonçaient. Les arrestations et les supplices marchaient grand train » '. Les magistrats étaient sîjrs de l'impunité, parce qu'ils favorisaient ouvertement la réaction catholique. Avec leur connivence, des prédicateurs fanatiques, complètement ignorants de l'état des esprits, poursuivaient une campagne furibonde contre l'hérésie. Les plus bruyants héraults de cette croisade étaient les moines mendiants que Vladislas semble avoir appelés d'Allemagne et chez lesquels les haines religieuses se compliquaient de passions nationales : ils appelaient l'heure de la revanche qui vengerait l'Empire de ses humiliations. Valentin Vek, Maître Pouchka, « complètement oublieux des conseils d'Augustin qui dit que, lorsque la multitude se trompe, il faut agir avec douceur et non avec violence », s'étaient taillé une réputation au milieu de ces énergumènes pa; l'exubérance de leur zèle.