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nécessités de la défense, il avait été contraint d'engager ou de vendre de nouveau-presque tous les domaines qu'il avait rattachés a la couronne, et il avait même dû plus tard aliéner ses propres biens. Ses longs services et les liens qu'ils avaient établis entre le souverain et le peuple, la durée des hostilités qui exigeaient une discipline plus étroite, dissimulèrent, tant qu'il vécut, les suites nécessaires de cette situation. Mais, dès lors, le prestige du trône ne tenait plus qu'à l'homme qui l'occupait. Le successeur de Podiébrad ne reçut qu'une autorité minée par les usurpations; avant d'exercer le pouvoir, il lui aurait fallu le conquérir.
Kn aurait-il la force? Kn aurait-il même la volonté? Les nobles espéraient que non, et cette conviction, non moins que les préoccupations religieuses et nationales, avait déterminé leur vote. Quel chef plus malléable et moins redoutable auraient-ils souhaité que cet enfant de quinze ans, jeté ainsi, sans préparation et sans appui, au milieu d'un pa}s qu'il ne connaissait pas, en face d'embarras inextricables? — Les soucisdelapolitique extérieure l'éloigneraient longtemps des soins de l'administration ; la reconnaissance et la crainte de mécontenter ses partisans le détourneraient des empiétements qui avaient coûté si cher h son prédécesseur. Son éducation était déjà une garantie : il avait grandi en Pologne, au milieu des usurpations d'une noblesse tui'bulente,et SCS souvenirs ne lui représentaient d'autre forme de gouvernement que l'anarchie oligarchique.
Pour prévenir toute surprise, ils le lièrent par des conventions étroites. Les Capitulations de 1471, type de toutes celles qui furent imposées aux rois jusqu'en \(yzi, confirmaient d'une manière généi'ale les droits, privilèges et coutumes du pa\'s, c'est-a-dire qu'aucune modification constitutionnelle ou même aucune innovation administrative de quelque importance ne pouvait être introduite que de l'aveu de la diète: en d'autres termes, le souverain ne pouvait obtenir de nouvelles prérogatives que de l'aveu de ceux dont elles limiteraient l'indépendance et sans l'approbation desquels elles conserveraient un caractère révolutionnaire et par con-
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séquent toujours incertain. Au moment où, dans la plupart des Etats occidentaux, la monarchie absolue s'élevait sur les ruines de la féodalité, le souverain était condamné, en Bohème, à se résigner à l'inaction, s'il ne voulait pas se placer au-dessus des lois et se mettre, en quelque sorte, en état d'insurrection contre le pacte fondamental dont il tenait tous ses droits.
Les capitulations étaient un véritable traité synallagmatique. Le roi s'engage à respecter caspacla conveuta par un triple serment, au moment où il franchit la frontière, avant d'entrer à Prague, et avant son couronnement : alors seulement il reçoit la promesse de fidélité de ses sujets '. On se départit souvent de ce luxe de précautions -, mais l'absence de telle ou telle formalité n'altère en rien la nature du lien qui unit le roi et ses vassaux, et le serment qu'il prête à la constitution est la condition préalable et nécessaire de son autorité. La description des solennités du couronnement que nous donne le Livre de Tovatchov ne laisse aucun doyte à cet égard ^ — Lorsque le prince vient pour la première fois à Brno ou à Olomouts, le capitaine-général se déclare prêt, au nom du pays, à reconnaître son pouvoir, mais il faut d'abord que le Margrave ' lui remette les chartes scellées
1. V. l'engagement de Vladislas, Archives Bolicmes, IV, p. 45i-5G, en particulier, p. 453.
2. Vladislas lui-même ne prêta pas serment à la constitution de\ant Prague; les Praguois se contentèrent de sa promesse que leurs privilèges seraient respectés. Cp. le livre que nous aurons souvent à citer de Kalousek, le Droit d'Etat bohème (en tchèque), Prague 1871, p. 2G2.
3. Tsibor de Tsimbourg de Tovatchov (1437- 1494) fut pendant la dernière partie de sa vie le gouverneur tout-puissant de la Moravie. Tel était le crédit dont il jouissait que les réunions des Seigneurs se tenaient dans son château, et qu'en son absence on ajournait les procès importants pour avoir son avis. C'est à lui que remonte. l'établissement du régime qui, dans ses lignes générales, se maintint en Moravie jusqu'à la guerre deTrent,c ans; en 1481, les seigneurs moraves lui demandèrent de rédiger les coutumes, lois et habitudes juridiques du pays. Ces Mémoires judiciaires, connus sous le nom de Livre de Tovatchov, hrent autorité et eurent presque force de loi. Il composa, de i486 à 1489, une seconde partie, qui renferme des détails précieux sur la condition des personnes. Le livre de Tovatchov (Tobitschau) a été édité avec bea-ucoup de soin par M. Brandi, qui y a ajouté une très bonne introduction, Brno 1868.