DANGERS DE LA HOHKME
venir. » Tout le parti eiJt répété son cri de guerre et sans doute étonné le monde par de nuuveaux triomphes : les ressources d'énergie que déploie une nation arrivée à un certain degré de surexcitation, dépassent toî les calculs.
En dépit cependant de- la confiance générale, de l'enthousiasme et des victoires probables, les chances de succès définitif étaient faibles. L'on sortait à peine d'une crise épouvantable, les pertes subies étaient énormes : recommencer la guerre avant d'avoir repris haleine, avant qu'une jeune génération fût venue combler les vides, c'était s'exposer a de cruels désenchantements. En Bohème même tous les habitants ne s'étaient pas ralliés au Hussitisme, les catholiques formaient encore un tiers environ de la population totale, possédaient des villes importantes, Boudiéjovitse Budweis', Plzen (Pilsen, devant laquelle s'étaient brisés les etforts des hérétiques : redoutable point d'appui pour une invasion étrangère. Les seigneurs les plus influents étaient retournés au catholicisme ou n'attendaient qu'une occasion pour demander leur réconciliation avec l'Eglise. Les révolutionnaires extrêmes, les défenseurs les plus redoutables et les plus sijrs de l'hérésie, ne s'étaient pas relevés de leur désastre de Lipan : on le vit bien quelque temps après, quand lesTaborites essayèrent de résistera Podiébrad. En résumé, si la foi des Tchèques était encore trop sérieuse et trop profonde pour qu'ils ne- préférassent pas la guerre à l'abjuration, leurs forces, très atteintes, autorisaient les doutes les plus graves sur le résultat final d'un second conflit. D'autant plus que leurs victoires n'étaient en réalité jamais que défensives, ne décidaient rien contre un ennemi insaisissable. La disproportion entre une obstination indomptable qui n'admettait aucune transaction et des ressources trop clairement insuffisantes constituait pour les Tchèques un très grave péril.
Quel usage les catholiques <ussent fait de leur victoire, les épouvantables cruautés qui suivirent la bataille de la Montagne-Blanche (1620; ne nous en donnent probablement qu'une image imparfaite, et surtout les conséquences loin-
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taincs de la réaction auraient été, un siècle et demi plus tôt, terriblement plus graves et probablement irréparables. La nationalité tchèque eût disparu sans retour, comme avaient disparu les tribus slaves de l'Elbe inférieur, exterminées de même au nom de la religion chrétienne. Au commencement du xviF siècle, la race tchèque semble irrémédiablement atteinte : elle survécut pourtant et se releva. Cela tient à deux causes principales : d'abord l'Allemagne n'îivait guère moins souffert que la Bohême de la guerre de Trente ans; avant de reprendre sa poussée vers l'Est, il lui fallut réparer ses propres pertes. Quand elle fut de nouveau en état de recommencer son travail de germanisation, il était trop tard : les circonstances générales n'étaient plus favorables; un souffle de renaissance agitait déjà les nationalités vaincues, et les Slaves n'offraient plus une proie aussi facile à l'absorption étrangère. De plus, les siècles qui forment la période hussite de l'histoire tchèque, avaient donné à la nationalité bohème une telle consistance qu'elle supporta des épreuves où elle eût certainement succombé cent cinquante ans plus tôt. Pendant cette crise, les Slaves, isolés du reste du monde et fiers de leur isolement, avaient pris une plus claire conscience d'eux-mêmes ; leur histoire s'était enrichie de pages impérissables ; leur langue, cultivée par des écrivains nombreux, s'était fixée et répandue. Toute l'habileté des jésuites ne fit pas que le passé n'eût pas existé, et du passé sortit l'avenir, La comparaison de la Moravie et de la Bohême montre d'une manière incontestable cette influence souveraine des traditions et des souvenirs sur les destinées du peuple tchèque. En Moravie, la population slav^ est relativement plus nombreuse qu'en Bohême : l'effort contre la germanisation y a été cependant moins énergique, le réveil national beaucoup plus lent. Se serait-il jamais produit sans les exemples et les encouragements venus de Prague? C'est que les Moraves n'ont pas une histoire aussi éclatante et, pour ainsi dire, aussi particulariste; chez eux l'idée slave n'est qu'une abstraction que ne soutiennent pas des siècles de combats, de triomphes et de