INSTABILITÉ DU NOUVEAU RÉGIME
Ils eussent été obligés de plus de faire dans ces assemblées provinciales une part aux bourgeois, et leur égoïsme entendait se réserver la jouissance exclusive du pouvoir qu'ils avaient enlevé au souverain. Satisfaits d'une possession de fait, ils ne songeaient pas au peu de solidité. d'une constitution qui, en proclamant l'anarchie, provoquait toutes les ambitions et sollicitait les coups d'état.
La perspective d'une' réaction monarchique n'était pas cependant imaginaire, d'autant plus que les nobles ménageaient à la royauté des occasions d'intervention et de redoutables moyens d'influence. Un pouvoir n'est définitivement vaincu que quand il est remplacé, et la 'domination de l'oligarchie n'eût été solidement fondée que si elle l'eût justifiée par ses services et son intelligence des besoins nouveaux du peuple.
L'idéal des nobles ne dépassait pas le moyen âge et ils se plaisaient aux institutions anciennes; ils ne comprirent pas les exigences des sociétés modernes, et leur insouciance laissa à la monarchie le soin d'assurer au pays l'ordre et la prospérité qu'il désirait, ce qui entraîne toujours le droit de le dominer. — En quelques années, Ferdinand leur enlèvera presque tout le bénéfice des conquêtes qu'ils avaient faites sous Vladislas. Ils résisteront, mais par secousses et par insurrections plutôt que par un effort lent et continu; il se trouvera ainsi en dernière analyse, qu'ils n'ont pas fondé un régime de liberté, mais organisé le conflit, et, comme ils seront aussi incapables de modérer leurs prétentions que d'établir solidement leur pouvoir, de réactions en révolutions, ils conduiront la nation à la catastrophe de 1618 '.
I. La Moravie leur donnait cependant un exemple salutaire; l'histoire, pendant cette même période, y est beaucoup moins troublée, parce que les nobles, moins nombreux, ont aussi une. intelligence politique supérieure: plus persévérants, ils réussissent à établir plus solidement leur pouvoir, et, lorsqu'ils succombent, c'est moins par leur propre faute que par celle des Bohèmes.
232 LA NOBLESSE TCHEQUE
Dans leur long duel avec les rois, les nobles ne furent pas réellement soutenus par la masse de la nation, et ils n'avaient rien fait pour mériter cet appui. Les seules aristocraties qui aient maintenu longtemps leur autorité sont celles qui n'ont pas été absolument exclusives et intolérantes et qui ont, au moins dans une certaine mesure, associé le reste des habitants à leurs succès. Les seigneurs tchèques n'eurent d'autre pensée que de restreindre le plus possible le nombre de ceux avec qui ils devraient partager les bénéfices du pouvoir. Ils formèrent une caste toujours plus fermée, moins accessible, et, du même effort qu'ils étendaient leurs prérogatives aux dépens de la royauté, ils dépouillaient les autres rlasftC de leurs franchises.
On a dit que la noblesse n'existait pas en Bohême avant les guerres hussites : sous, cette forme, l'affirmation est excessive, mais il est incontestable que les traditions démocratiques slaves, encore vivantes, atténuaient dans une proportion très sensible la difierence des classes. Les rois choisissaient leurs conseillers où ils voulaient, conféraient la noblesse : tous ceux qui possédaient un bien libre et inscrit dans les Tables du Pays avaient voix à la diète; la fortune seule, et non la naissance, créait les privilèges, et les familles qui perdaient leurs "domaines ne paraissaient plus aux assemblées. Tous les habitants relevaient des mêmes tribunaux et étaient soumis aux mêmes lois; tous les nobles siégeaient aux Etats dans une même curie, et leurs droits étaient égaux. Les titres n'avaient ni sens précis ni valeur déterminée. Enfin, un nombre considérable de petits propriétaires libres ne dépendaient que du roi et perpétuaient le souvenir des institutions égalitaires.
Les guerres hussites modifièrent profondément l'état so-