G NOBLES ET BOURGEOIS
Seigneurs, représenté assez exactement la moyenne de l'opinion publique. Les Seigneurs s'effrayèrent de cette coalition et ramenèrent les vladykes en partageant avec eux l'administration et la justice.
Ce fut un malheur. Les Chevaliers ont fourni à la Bohême quelques-uns de ses plus vaillants capitaines, de ses chefs politiques les plus éclairés, de ses plus généreux patriotes : en général cependant, leur action ne fut pas heureuse; comme en Pologne, une lourde part de responsabilité dans les malheurs publics retombe sur eux. Leur intelligence n'était pas assez éclairée pour discerner les intérêts supérieurs du pays, leur fortune était trop médiocre pour qu'ils fussent vraiment indépendants. Turbulents et incertains, prêts à' la révolte et prompts au découragement, durs à leurs paysans, insolents et timides devant le roi, ils furent le principal obstacle à la création d'un gouvernement régulier et communiquèrent aux Seigneurs quelque chose de leur égoïsme borné et de leur insubordination agitée et puérile.
Dès ce moment, dans tous les cas, la scission' fut complète entre la noblesse et le reste de la population. Autoritaires et exclusifs, les nobles jugeaient que leur liberté n'était pas entière tant qu'autour d'eux tout le monde n'était pas esclave. Ils s'en prirent tout d'abord aux villes. Les Catholiques, fort nombreux parmi les Seigneurs et qui n'avaient pas oublié les émeutes de 1483, saisirent sans doute avec joie l'occasion de faire expier aux bourgeois leur dévouement à l'Utraquisme; mais ces rancunes religieuses ne jouèrent qu'un rôle secondaire: les ambitions politiques suffisent pour expliquer le rôle des nobles, et parmi eux les Utraquistes ne furent ni les moins tenaces ni les moins ardents à la curée. Chose plus curieuse, les Seigneurs entraînèrent le roi lui-même, en firent leur complice contre ses alliés naturels. Les villes manquaient de souplesse, et leur attitude, d'humilité : AHadislas ne fut pas fâché de donner à son tour une leçon à ses cités royales; il ne s'aperçut pas que c'était lui-même qu'il frappait. Après de longues années, vers la fin de sa vie, de cruelles expériences et les re-
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présentations de quelques conseillers mieux avisés, lui dessillèrent les 3'eux, mais son repentir tardif et incomplet ne répara pas l'erreur de son imprévoyante et lâche défection. Le premier point sur lequel porta la discussion fut le droit des villes d'être représentées aux diètes. Les nobles eurent la bonne fortune de rencontrer pour soutenir leur opinion un théoricien fort ingénieux, qui unissait à une logique subtile une science profonde, et beaucoup d'entregent à des convictions sincères bien qu'ondoyantes, c'était le chevalier Rend! de Ouchova. Très éloquent, fort versé dans les questions juridiques, il avait été un des principaux rédacteurs de la Constitution de i5oo. Il s'attira des haines irréconciliables : son nom seul devint une injure; Rendlovati fut synonime de falsifier les textes. L'histoire n'a pas ratifié toutes ces accusations; en face des documents incomplets et des variations brusques et nombreuses de Rendl, elle s'arrête hésitante; elle ne le comprend pas assez bien pour oser le condamner. Fort ambitieux, mais gardant ûu cœur un très réel souci de la grandeur de son pays, doué des plus hautes qualités de l'esprit, traître à tous les partis et sachant conserver dans ses variations sa propre estime et une certaine dignité, il paraît avoir été surtout la victime des temps troublés où il vécut et qui le condamnèrent à user dans des intrigues suspectes les ressources d'un talent supérieur. Une chose reste du moins hors de doute, c'est l'action considérable qu'il exerça : pendant plus de vingt ans son nom fut dans toutes les bouches; Machiavel seul, dit Palatsky, donna^lieu vers la même époque à d'aussi vives discussions '.
I. Introduction à la Constitution de i >oo, dans les Archives bohèmes. La haine qui s'était attachée à lui pendant sa vie le poursuivit après sa mort. — Mortuus es tandem, bipedum tu pessime Rindel, dit un poète contemporain. — Les Anciennes Chroniques Tchèques ne sont pas plus indulgentes: « 11 fut l'ami des brigands, des bandits, des malfaiteurs, de tous ceux qui ruinaient le pays. — il inventait des coutumes singulières, presque dans chaque diète, toujours autres et diverses. 11 parlait au roi comme son égal; il parlait et agissait comme s'il eût été roi. Toutes les difficultés qui se sont produites dans le pays, il en fut la cause et l'origine. » Vieilles chroniques tchèques (p. '.Î22;. — <■ Tu t'es mal conduit avec les trois Ordres et tu les as