‹ Georges de PodiébradChapitre 87 sur 183 · NOBLES ET BOURGEOIS · texte numérisé non relu

NOBLES ET BOURGEOIS

L'opinion de Rendl et des nobles découlait très logiquement des idées juridiques universellement répandues alors. Les villes, disaient-ils, fondées par le roi en vertu de ses pouvoirs seigneuriaux et sur ses domaines, n'ont aucun titre légal à s'immiscer dans les affaires publiques ; introduites par tolérance dans le parlement, elles s'y sont maintenues à la faveur des troubles, mais la possession ne justifie pas la légalité de leur intervention. Libre aux bourgeois de se réunir pour discuter avec le roi leurs intérêts particuliers: mais, vis-à-vis des autres Ordres, ils ne sauraient avoir pour interprète et pour représentant que le roi. Leurs rapports avec le souverain sont ceux de sujets à seigneurs, et leur présence à la diète est aussi anormale que le serait celle de députés des cités ou des villages qui dépendent des nobles. Les Seigneurs ouvrirent la campagne l'année même de la réconciliation du roi et des Catholiques, en 1479, et, sans s'arrêter aux protestations indignées des villes, passèrent de la théorie aux actes. Ils ne communiquèrent plus les votes de leurs curies au troisième Ordre et prétendirent que l'accord des Seigneurs, des Chevaliers et du roi suffisait pour faire la loi. Dans la Constitution de Vladislas, non seulement ils revendiquèrent le droit de modifier de leur seule autorité les coutumes et les ordonnances qui les concernaient, mais ils ne soumirent pas aux bourgeois les articles qui visaient les villes. Elles réclamèrent vivement : elles étaient un Ordre libre et elles ne se soumettraient qu'aux résolutions qu'aurait sanctionnées le vote de leurs représentants. Leur désespoir égala leur surprise quand elles apprirent que le roi avait accepté en leur nom la constitution. Il se ralliait ainsi à la théorie de Rendl, admettait

tous trahis, fait dire encore la vieille chronique à un adversaire de Rendl : aussi apprends, si tu l'ignores, que tu n'as le droit de parler devant aucun tribunal, ni d'invoquer aucune justice. — Il est vrai que Rendl répond fièrement qu'il vaut mieux que toutes les villes ensemble [id., p. 448). — Peut-être y a-t-il un peu d'exagération dans la bienveillante indulgence que ressentent pour Rendl les plus récents écrivains. Il n'est pas absolument impossible que ses intentions fussent pures, mais il allait au but par des voies détournées et scabreuses. Rendl mourut en i522.

LK SOrS-r.HAMIîKl.I.AN 2 3q

l'assimilation des bourgeois et des serfs, ne s'apercevant pas que l'humiliation qu'il leur infligeait retombait sur lui et qu'il descendait par là à n'être qu'un simple seigneur. Toutes les supplications échouèrent, et, à diverses reprises, il reconnut aux nobles seuls le droit de siéger à la diète '.

Il ne s'agissait pas seulement pour les villes de perdre toute influence politique, mais de passer, au moins indirectement, sous la domination de leurs ennemis. C'était le moment, en eft'et, où les nobles usurpaient toutes les fonctions royales, et ils travaillaient à attirer à eux tous les pouvoirs administratifs, financiers et judiciaires, que le prince conservait sur les bourgeois. Ils mirent d'abord la main sur la charge de sous-chambellan, déclarèrent que c'était un grand dignitaire du pays et qu'à ce titre il devait être pris parmi les nobles, et, soumis aux mêmes obligations que les autres fonctionnaires, être responsable comme eux devant la diète. Les privilèges des villes étaient si formels et leur droit si inco'ntesté que AHadislas présenta quelques objections; il hésitait à abandonner aux Seigneurs la direction suprême de l'administration municipale. Il s'était hâté d'ajouter cependant qu'il tiendrait compte du désir des États, et, dès l'année suivante (i486), il nommait sous-chambellan un chevalier. Cette résolution fut sanctionnée par les constitutions de 1497 ^^ '^'^ i5oo, et, jusqu'au xix^ siècle, la charge de sous-chambellan fut occupée par des nobles; comme la nomination des conseillers des villes dépendait généralement de lui, la haute main sur les affaires municipales échappait aux bourgeois et passait aux Seigneurs.

Jusqu'à Vladislas, les revenus royaux et, par suite, les redevances des villes ne se confondaient pas avec les impôts généraux votés par les dictes, et l'administration en était confiée à la Chambre royale, qui ne dépendait que du roi. Les États s'arrogèrent d'abord un droit de contrôle sur ces

I. Cp. 'l'chclaknvsky, Le snits-chambcllan oi Boit., p. 'ij. — Cp., du incinc auteur, La sitiiatinn des villes royales aux diètes bohèmes, Prague iNhi), p. 3.

LE SOI'S-CHAMBK.LLAN

revenus, puis s'en réservèrent l'administration directe. En I 5o8, ils élurent des gouverneurs ou capitaines dont les pouvoirs furent sans cesse accrus et qui devinrent bientôt les directeurs généraux des finances du royaume : tous les employés prêtaient serment entre leurs mains; ils percevaient l'argent, payaient les dettes, nommaient et destituaient les agents : jusqu'à l'avènement des Habsbourgs, les diètes, c'est-à-dire les Seigneurs, disposèrent ainsi de tous les revenus du royaume.

En i5i3, Vladislas, pressé d'argent,, demanda au souschambellan Bourian Trtchka de Lipa de lui remettre les sommes qu'il avait reçues des villes. Trtchka refusa en al-» léguant les ordres des États, qui obligeaient tous les employés des finances à verser l'argent qu'ils encaissaient entre les mains des gouverneurs. Le roi insista, supplia : Bourian fut inflexible. Vladislas le destitua, mais Bourian protesta contre cette révocation illégale, les nobles le soutinrent, et le conflit se termina au bout de quelques années par la victoire du chambellan. — « Nous avons éprouvé, écrivait tristement le monarque dans une lettre confidentielle, quels dommages, mépris et ridicules découlent pour nous de ce que nous ne sommes pas maîtres de nos propres affaires '. » Du moins ne devait-il accuser que lui-même de ses malheurs : mais que de colères s'amassaient dans le cœur des bourgeois, réduits à livrer leur argent à leurs adversaires, dépouillés par eux, sans que leurs sacrifices profitassent en rien au ro3'aume !

Une autre entreprise leur fut plus odieuse encore. Sauf pour quelques cas assez rares, ils ne relevaient que des tribunaux municipaux; c'était un de leurs plus anciens privilèges, un de ceux aussi auxquels ils attachaient avec raison le plus de prix ^. — Les Diètes prétendirent les obliger à comparaître devant le Tribunal du Pays, toutes les fois

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