‹ Georges de PodiébradChapitre 98 sur 183 · D2 LA CLASSE RURALE · texte numérisé non relu

D2 LA CLASSE RURALE

presque douce la sujétion modérée à laquelle ils étaient condamnés auparavant. — Au xvi'^ siècle en effet, ils sont protégés dans une certaine mesure par les coutumes et les lois; les corvées, assez douces, ne sont pas absolument arbitraires; ils Jouissent même d'une certaine autonomie, et les tribunaux de villages, encore que nommés par le seigneur, conservent quelque indépendance. Les serfs ne sont pas des bêtes de somme, mais des hommes dans lesquels on respecte la dignité humaine '; dans leurs rapports avec eux les nobles font souvent preuve de modération et d'humanité, et il n'est pas rare qu'il s'établisse entre les maîtres et leurs hommes des relations assez cordiales.

Sans vouloir diminuer en rien l'importance de ces faits incontestables, il ne convient pas d'en tirer des conclusions trop optimistes.— II est certain par exemple que le xvi^ siècle tout entier est agité par des tentatives d'insurrection rurale des conspirations agraires, que nous connaissons mal et qui n'aboutissent jamais à une révolte générale, mais qui n'en témoignent pas moins d'un sourd mécontentement et d'un malaise profond. De plus, le progrès de la richesse publique est dès lors extrêmement lent, sinon complètement nul : plus d'un siècle après les guerres hussites, les ruines qu'elles ont entassées ne sont pas encore réparées. Cet arrêt du développement économique du pays, d'autant plus caractéristique que .la Bohême n'est directement mêlée pendant cette période à aucune grande guerre, n'implique certainement pas l'amélioration du sort du plus grand nombre -. Enfin l'apathie et l'extrême indiiïérence dont font preuve les paysans dans toutes les crises politiques graves, témoigne de leur extrême découragement. En dépit par

1. V. Tchélakovsky, dans un article du Juriste, à propos du Glossaire de Brandi, 1876, p. 211.

2. M. Gindely me parait ainsi beaucoup exagérer l'aisance générale. Une des preuves qu'il en donne, l'habitude des bains chauds (Gescli. des dreissigja'hr. Krieges, 1, p. 147), a loin d'avoir la valeur qu'il lui attribue. L'usage des bains chauds est bien plus répandu aujourd'hui en Russie qu'tn France; il y aurait quelque invraisemblance à soutenir que les paysans russes sont plus fortunés que les paysans français.

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