II
-.— Vous ai-je tenu parole ? demanda Ghizla en entrant doucement dans la pièce où se trouvait madame Dalton.
— C'est à vos pieds que je veux vous remercier, s'écria celle-ci avec effusion, en se précipitant en effet.
— Dans mes bras, sur mon cœur... Là, du moins, je puis pleurer.
— Ghizla, il n'est pas de mots pour exprimer mon bonheur... J'étais digne de vous, puisque j'avais consenti au même sacrifice...
— Hélas ! soyez heureuse ! aimez-moi , amiez mon souvenir. Le bonheur que je vous donne est d'un prix inestimable... Je sais ce qu'il vaut... Je le sais par ce qu'il me coûte. Maintenant, adieu. M. de Rosière vous attende Bcntheim.
— A Bcntheim!... Ghizla, adieu... Une âme éternellement reconnaissante priera le
ciel de vous envoyer un peu de ce bonheur dont vous me dotez si généreusement.
— Ne me parlez pas de bonheur... Adieu, pour jamais.
Une dernière étreinte rassembla ces deux femmes, si éminemment douées des qualités de rame les plus nobles et les plus tendres, et elles se séparèrent, Tune pour voler vers l'Eden fleuri qu'elle avait cru perdre pour toujours, l'autre pour commencer une vie de douleur et de résignation.
— Que fais -tu là, ma sœur, dit Rodolphe en venant joindre Ghizla.
— L'île enchantée a fui, Rodolphe, s'écria la jeune fille en se précipitant au cou de son frère. Toi seul me reste...
— Pour pleurer avec toi, ma bien aimée sœur.
En ce moment, le bruit du corse fit entendre.
— Sèche Xe.A pleurs, ma Ghizla, yoicimon père.
— Tu as raison, fière Personne ne
doit voir mes larmes, personne que toi seul. Mais, les tiennes, les verrai-je couler? m'en diras-tu la source !..
— Tu sauras cette triste et funeste histoire...
— Ta voix est brisée, tu frémis... ah! courage , Rodolphe... viens au devant de notre père ; viens offrir à ses caresses un front serein et heureux. Tous deux nous allons faire l'apprentissage d'une nouvelle vie qui s'appellera :
SOIFFKIK ET SOURIRE !