GEORGES A SON ONCLE
Munich , le
Les jours passent sans apporter de soulagement à mes chagrins... «Tai beau chercher des distractions dans Télude , dans la fréqentalion des hommes distingués auxquels vous m'avez recommandé ; je me retrouve toujours
face à (ace avec celte image perfide qui me poursuivra sans doule jusqu'à la tombe. Ma vie est pour jamais gâtée, mon oncle; pardonnez-moi de vous affliger en répondant ainsi aux encouragemens que vous me prodiguez. Une amitié comme la vôtre devrait me suffire , compenser toutes les autres affections. Mais, si je vous disais qu'il en est ainsi , le croiriez-vous? Non, vous savez lire dans mon coeur; vous avez pu apprécier par les plaintes que j'ai j'ai fait entendre , combien était douloureuse la blessure qu'on y avait faite... Votre affection m'est bien douce; mais elle peut seulement m'aider à supporter mon malheur : elle ne peut me rendre le bonheur que j'ai perdu. Le temps, dites-vous, apporte le remède à tous les maux... non pas à ceux qui naissent dans des âmes comme la mienne, mon oncle. J'aimais Eugénie avec adoration; j'ai été ravi au ciel par la posses-
( 79 ) sion de son amour, mon coeur est devenu l'enfer depuis le jour fatal où j'ai su sa perfidie... C'est pour toujours.
Pourtant je veux distraire autant qu'il sera en moi cette sombre mi-ère. Je ferai des efforts pour étudier; je visiterai celte belle et pure nature; je lutterai contre mon mal afin de le faire durer long-temps puisque vous me dites que je suis nécessaire à votre bonheur. Aiors, quand je serai un peu accoutumé à ce chagrin, je retournerai près de vous, et votre amitié me permettra encore de lui parler tVel/e. Je voulais vous la conduire, clans le temps de mes folles espérances!... Oh!
celte femme est bien coupable! Que devientelle? où est-elle? Est-elle la femme de d'Asberg? Rodolphe ne m'a point encore écrit. Peut-être pense-t-il que je suis chez son père. En effet, j'ai une lettre pour le comte de Maltingen, je ferais peut-être bien d'aller
( 80 ) porter immédiatement. Décidément je vais partir. On me dit que la route est magnifique et pittoresquement encadrée. On chasse beaucoup à Mallingen , je vais prévenir le comte de mon arrivée: je vous écrirai ce petit voyage. ,Ty trouverai une occupation et vous peut-être un délassement. En tout cas, voyezy le témoignage de mon amitié inviolable et tendre.
Georges.