ACTE I
GEORGES, rentrant et surprenant madame Brouck.
Ah!
M me BROüCK, s’arrêtant interdite.
Il m'a vue.
GEORGES
Vous me croyiez parti... ruse de guerre... Elle est là, n’est-ce
pas j
M m ® BROliCK.
GEORGES
Non.
Si... avouez-le.
M mo BROÜCK.
Monsieur t’officier, je vous assure...
GEORGES
Ah ! vous refusez d’eu convenir. (Appelant.) Mes amis, venez, Venez! (Au moment où il appelle, Marie sort vivement delà chambre à droite et va à Georges avec résolntion et confiance.)
MARIE
Monsieur, je suis seule, ici, j’attends ma mère... Au nom de la vôtre, je viens me mettre sous la garde de votre honneur.
GEORGES, avec e'motion et respect.
J’engage ma foi de soldat, mademoiselle, que vous êtes ici sous la protection d’un frère.
M me BROÜCK.
Oui, mais vous avez rappelé les autres... entendez-vous, ils reviennent.
GEORGES
C’est vrai... quelle imprudence! Allez au devant d’eux, chère hôtesse... retenez-les... je ne veux plus qu’ils rentrent ici !
M me BROÜCK.
Comment empêcher...
Comme vous pourrez... mais allez vite, (il la met dcüors et ferme vivement la porte du fond, puis il pousse le verrou de celle de droite.) Nous voilà chez nous, et uous voilà seuls. (Regardant Marie.) Etrange et charmante situation que la nôtre!
MARIE
Mais du tout, monsieur, elle est affreuse ; songez donc une jeune personne... seule ainsi avec uu inconnu.
GEORGES
C’est vrai, je ne pensais qu’à moi.
MARIE
Tous devez me trouver bien hardie.
GEORGES
Non, mademoiselle, mais bien inspirée.
MARIE
C’est que j’ai eu si peur!
GEORGES
Et maintenant?
Je ne suis pas tout à fait rassurée.
GEORGES
Mais cela commence, n’est-il pas vrai ?
MARIE
Cela commençait déjà quand je suis venue vous trouver, car j’ai compris que mon plus sûr abri contre toute insulte était ma confiance en votre loyauté.
GEORGES
Le danger n’est plus pour vous, mademoiselle.
MARIE, doux reproche.
Ces choses-là, monsieur, se disent au bal... on peut ne pas les écouter... ici, il ne m’est pas permis de ne point vous entendre.
GEORGES
Vous avez raison ; je n’ai même pas le droit de me féliciter tout haut de l’événement qui vous place sous ma protection, (il se tait, et la regarde.)
MARIE, franchement.
Vous me regardez trop , monsieur; j’aime mieux que vous me parliez.
GEORGES
Comme vous voudrez, mademoiselle. Mais de quoi parleronsnous ? '
MARIE
De tout ce qui vous fera plaisir.
Non, c’est justement cela qui vous déplaît. (Mouvement de reproche de Marie.) Loin de moi la pensée de vous adresser de ces lieux communs delà galanterie; sottise de celui qui les dit, offense pour celle qui les écoule... Si, involontairement, je laisse voiries impressions que je ressens, il faut vous en prendre à ma franchise de soldat qui ne sait pas dissimuler ses sympathies... il faut en accuser mon enthousiasme d’artiste, incapable de contenir son admiration, à la jiensée d’une noble et simple action qui touche son cœur, à l’aspect du chef-d’œuvre qui charme ses yeux.
MARIE
Ah! vous êtes artiste, monsieur l’officier?