ACTE II
changes de régiment, mon garçon, et voilà ton colonel à présent; je donne à Mariette ma petite maisonnette de Limonest, à deux lieues de Lyon; je t’y ai fait monter un métier, celui-là battra tant que j’aurai un pouce de commande. » Aussitôt après la cérémonie, nous sommes venus nous installer ici, et comme tu regrettais toujours l’absence de Georges, alors je me suis dépêché de t’en donner un... Il s’appelle aussi Georges, le petit qui déjeunait de si bou appétit tout à l’heure, et tu l’aimes bien aussi celui-là, n’estce pas?
MARIETTE
Est-ce que ça se demande !
VALENTIN
D'abord, c’est tout mon portrait.
• MARIETTE
Ça sera bien malheureux pour lui s’il doit être aussi paresseux que son père...
VALENTIN
Ah! madame Valentin, il y a tout au plus douze mois que nous sommes mariés, et le petit entre dans son troisième, si vous appelez ça de la paresse.
MARIETTE
En voilà assez; tu as terminé ce matin cette pièce d’étoffe... il faut donc la remplacer sur le métier; de plus tu as à dire à monsieur Théveniu qu elle est vendue.
VALENTIN
Ah! bah! vendue... à qui donc? (a part.) Je le sais très-bien, mais je gagne du temps.
MARIETTE
Comment, tu ne te souviens pas...
VALENTIN
Je ne me souviens de rien du tout.! a part.) Ça n’est pas maladroit, (Haut.) Ah! tu as vendu ma pièce de velours épinglé ?
MARIETTE
II y a trois jours, à notre voisine du château, à mademoiselle d’Angerville. J’étais devant notre maison, je berçais le petitqui me riait au lieu de s’endormir, je me mirais dans ses beaux yeux sans voir une jeune demoiselle qui s’elaif arrêtée pour nous regarder : Le joli enfant! me dit-elle; il est à vous, madame?... — Oui, vraiment, mademoiselle, c’est mon petit Georges. — Ah! il s’appelle Georges? Et elle restait là pensive, comme si ce nom réveillait en elle un souvenir. A ce moment, un orage qui menaçait, éclate, je fais entrer la belle demoiselle, dont la fraiche toilette eût été gâtée par lu pluie, elle se place par hasard devant le bahut, juste en face du portrait de Georges^ et... (s'interrompant) mais je t’ai déjà raconté tout ça.
VALENTIN
Tu ne m'as absolument rien dit : donc, la demoiselle?
MARIETTE
Croyait d’abord que ce portrait était celui de mon mari... Oh ! oh ! non pas, mademoiselle, mon Valentin n’est pas si gentil.
VALENTIN, à part.
Elle m’a déjà dit ça trois fois...
MARIETTE
C’est mon frère, et il m’a envoyé son portrait de Paris, car depuis mil huit cent treize, c'est-à-dire trois grandes années, il n’est pas revenu à Lyon.
VALENTIN
Là-dessus, tu lui as conté l’histoire du frérot depuis sa sortie de nourrice jusqu’à son entrée au régiment?
MARIETTE
Oh! dame! quand je trouve l’occasion de parler de Georges, je ne taris pas, c’est vrai... L’orage avait duré deux grandes heures, le soleil brillait depuis longtemps, que je parlais encore, et ça n’ennuyait pas mademoiselle d’Angerville, au contraire... A la bonne heure, voilà comme j’aime qu’on m’écoute.
VALENTIN
Moi aussi, je t’écoute ; allons , va I parle, (a part.) Je gagne encore du temps.
MARIETTE
Je n’ai plus rien à te dire, sinon que mademoiselle d’Angerville a trouvé cette pièce de velours à son gré... qu’elle me l’a achetée saus marchander, et qu’elle doit venir elle-même la prendre ici... Tu vois donc bien que si tu ne veux pas perdre du temps, il faut aller à Lyon prendre les commandes de monsieur Théveniu, et regarnir ton métier.
VALENTIN
C'est juste... je m’en vas. (il SB dispose à entrer ù droite.)
MARIETTE
Tu rentres, au contraire.
VALENTIN
Je vas embrasser le petit.
MARIETTE
Il dort.
VALENTIN, allant vers la porte du fond.
Hein?... je crois que j’ai entendu...
Quoi doue?
MARIETTE
MARIE, entrant par lu fond.
C’est moi, mes amis...