SCÈNE I
M me BROUCK, puis UN PETIT Paysan, (au dehors en sonne une fanfare.
Madame Brouck sort de la chambre A droite; elle parle à quelqu'un qu'on ne
voit pas.)
M me BROUCK, sortant de la chambre.
Attendez, mam’zelle, je vais savoir ce que c’est.
LE PETIT PAYSAN, venant du fond.
Maîtresse Brouck, v’ià un détachement de Français qui arrive.
M me BROUCK.
Est-il possible!... des troupes par ici, à présent... et celte voyageuse qui s'est arrêtée chez nous, ce matin, avec sa fille... elle ne revient pas.
LE PETIT PAYSAN
Soi-disant, elle voulait gagner Bruxelles où sont les alliés.
M“ e BROUCK.
Oui, mais à peine arrivée, elle apprend qu’il y a eu hier un combat à Ligny.
LE PETIT PAYSAN
Un vrai massacre... Aussi les gens de l’endroit se souviendront du seize juin dix-huit cent quinze.
M me BROUCK.
Parmi les blessés français, ou nomme à celle dame le colonel Dauberval, et aussitôt la voilà partie pour Ligny, laissant sa fille sous ma garde... Au fait, elle ne pouvait pas l’exposer à traverser le pays occupé par deux armées ennemies... et puis, tout était tranquille ici... El voilà des militaires maintenant!... quel embarras! veiller sur une belle 'demoiselle de dix-huit ans... en temps de guerre!... quand on a déjà lanl de peine à se défendre soi-mème. (Écoutant.) Dieu me pardonne, on dirait que le détachement prend possession de notre maison.
LE PETIT PAYSAN, qui a été vers l’escalier.
Juste... les officiers s’installent dans la salle basse... nous sommes envahis.
M œe BROUCK.
El personne que nous deux pour répondre ! Hier, mon mari et nos postillons ont été mis en réquisition par les Prussiens. (Bruit au dehors.)
LE PETIT PAYSAN
Entendez-vous!... ils crient en bas... Donnez-moi les clefs de la cave, je vais essayer de les calmer.
jjiud jjROUCK, lui donnant les clefs. *
C’est cela... moi, je vais prévenir cette pauvre demoiselle du danger. (Le petit Paysan sort. M mo Bruck entr' ouvrant la porte de droite.) La maison est pleine de soldats, matn’zelle !... ne vous montrez pas!... si on se doute qu’il y a ici une jeune et jolie voyageuse, je ne réponds plus de rien. (La porte se referme vivement.)