MARIE, CLÉMENTINE
Ce mystère m’inquiète. Dis-moi bien vile. Mil rie, si c’est pour toi-mème que j’ai quelque chose à craindie?
MARIE
Pour moi? Oh ! non... Au contraire : sans l’affreuse nouvelle que je viens d’apprendre, je serais bien heureuse aujourd’hui.
CLÉMENTINE
Une affreuse nouvelle, dis-tu? Je la connais... Dans le château où j’étais en visite , on n’a parlé que de l’arrestalion du colonel Dauberval et de sa prochaine condamnation.
MARIE
Pauvre mère! De quel coup tu as dû être frappée! c'était pour l’adoucir ce terrible coup que je voulais te voir la première... Ensemble nous pouvons pleurer sur le malheureux qu’on veut sacrifier; mais il fallait que nous fussions seules pour cela. La rigueur politique de M. d’Angerville ue nous l’eût pas permis, devant un étranger surtout!
CLÉMENTINE
Un étranger?
MARIE
Oui, un certain comte Valledo, à qui mon père a fait la réception la plus empressée... 11 a beaucoup insisté pour te voir; heureusemeut, il ne soupçonne pas ton retour; sa présence te serait trop pénible... C’est un des accusateurs de M. Dauberval... 11 se rend à Lyon pour assister le grand prévôt dans le jugement du colonel; et, ce qu’il y a de plus horrible, ma mère, cest que ce comte Valledo a été le frère d’armes et l’ami de celui qu’il va condamner.
CLÉMENTINE
Son ami?... La dernière fois que j’ai vu monsieur Dauberval, il y a un an, à Ligny, il m’a parle en effet d’un étranger au service de la France avec qui il était lié d’amitié... il m’a dit sou uqui... son nom que je n’oublierai jamais... Ce n’était pas Valledo.
Tu veux sans doute parler du dépositaire des dernières volontés du colonel? Pourquoi donc u’y peux-tu penser sans être émue et tremblante ?
CLÉMENTINE
C’est qu’il a peut-être encore entre les mains , cet homme , un secret d’où dépendent mon avenir et le tien.
MARIE
Mais qu'est-ce donc, ma mère?
CLÉMENTINE
Ne me le demande pas Mais puisse le ciel, chère Marie, te
donner à celui que ton cœur aura choisi... Puisses-tu n’avoir jamais à sacrifier ou ton amour ou ton devoir !
MARIE
Rassure-toi ! Il y a en moi une force de résolution qui me met
à l'abri d’une telle alternative Quand l’heure sera venue, ma
mère, je t’ouvrirai mon cœur... Tu décideras de mon sort, et puis je serai à celui que j’aime , ou bien je n’appartiendrai plus qu’à Dieu.