SCENE X
GEORGES, MARIE
MARIE
tJn giand bonheur nous est arrivé aujourd’hui, monsieur Georges, et c’est encore à vous que ma mère et moi nous le devons.
GEORGES
Un bonheur?
MARIE
Je parle de la délivrance du colonel Dauberval.
GEORGES
D’autres cœurs généreux se sont unis au mien pour cette glorieuse tâche, mademoiselle; mais en me parlant ainsi, vous me rendez jaloux de la part qu’ils ont pu y prendre... je voudrais, au prix de ma vie, en avoir seul assuré le succès.
MARIE
Oui, je sais que vous êtes facilement prodigue de vos jours... j’en ai eu la preuve, il y a quelques mois, daus la cour des Tuileries.
GEORGES
C’était une si belle occasion pour mourir !
MARIE
Encore!... vous méprisez donc bien l’existence?
GEORGES
Oh! non... ou ne méprise pas le trésor qu’on veut donner à ceux qu’on aime...
Vous ne pensez pas assez, monsieur Georges, aux regrets que vous laisseriez après vous.
GEORGES
Au contraire, mademoiselle, c’est parce que j’ai pensé à mon père, à Mariette, à... enfin, à tous ceux qui veulent me garder un souvenir, que j’ai cédé aux instances de ma sœur d’adoption, et que j’ai eu la faiblesse de venir jusqu’ici réclamer un asile...
MARIE
Mon Dieu! vous dites cela comme si vous regrettiez de l’avoir trouvé.
U8 GEORGES ET MARIE
GEORGES
Eh bien ! oui, je le regrette.
MARIE
Quoi que vous puissiez dire, vous ne me ferez jamais trouver regrettable, à moi, le service que vous m'avez si généreusement rendu.
GEORGES
Quelle différence! En me demandant l'hospitalité, vous placiez votre honneur sous ma garde; en acceptant cet asile, moi, je compromets peut-être votre réputation.
MARIE
Eh quoi ! c’est ce noble sentiment qui a dicté des paroles , cruelles... même dans le péril vous ne pensez qu’à moi.
GEORGES
Eh ! puis-je en votre présence avoir une pensée qui ne soit toute à vous, quand l’absence même ne me distrait pas un moment de votre souvenir... Tenez, vous le voyez, mademoiselle, je vous dis des choses que je devrais à peine me dire à moi-même... je ne suis pas inaitre de ines paroles... Croyez-inoi, il faut me laisser partir... je n’ai voulu que rassurer Mariette... il suffit qu'elle uie croie en sûreté ici... Eh bien! quand elle reviendra pour me conduire à Lyon, vous lui direz que j’ai trouvé une protection, un guide.... Mais encore une fois, je vous en prie.... laissez-moi.... laissez-moi partir!
MARIE
Et pourquoi donc, monsieur Georges?
GEORGES
Pourquoi! parce que celle chambre est la vôtre et que tout ce que j’y vois est à vous, ou c’est vous!... parce que votre souffle se mêle à l’air que je respire... enfin, parce que je souffre ici et que j’y suis trop malheureux!
MARIE
Un frère peut-il cire malheureux, quand sa sœur lui rend avec tant de joie le service qu'elle a reçu de lui?
GEORGES
Oh! ne vous dites plus ma sœur Marie, je ne suis plus un frère pour vous... ou, plutôt, je ne l’ai pas été un jour, une heure, un instant. . votre touchante candeur m’avait inspiré un si doux respect, que mon amour naissant avait toute la pureté de la tendresse fraternelle... vous vous y êtes trompée, je ne m’y trompais pas, moi! Chère Marie, si vous saviez ce que j’ai souffert depuis cette nuit de Sombref! Si vous saviez de combien d’espérances votre souvenir remplissait mon cœur! Nous combattions le lendemain... la France en était à son suprême eflort... il fallait vaincre ou succomber... Eh bien, pour la première fois, j’ai tremblé en face de l’eunemi, la crainte de mourir sans vous revoir était tnou unique pensée. Ah! j’ai bien senti eu vous quittant qu’avec votre