SCENE III
Les Mêmes, MAC-DOWEL, PAUL.
MARIE, avec joie.
Le docteur aussi !
D’aNGERVILLE, allant au-devant de Mac-Dowel et de Paul.
Sir Mac-Dowel, monsieur le docteur; madame la baronne a pu m’apprendre déjà que je suis votre obligé. Soyez, donc, messieurs, les bienvenus chez moi.
PAUL
Monsieur le baron , je vous prie d’abord d'excuser ce <|ue notre visite a d’extraordinaire... d’inconvenant peut-être. La pensée de me présenter ainsi et dans un pareil moment ne me serait jamais venue.
MAC-DOWEL.
Mon cher docteur, saluez ces dames, et laissez-moi m’excuser moi-même... cela ne me sera pas difficile, si monsieur le baron a voyagé dans les trois royaumes.
D’ANGERVILLE, le faisant asseoir. •
Je suis allé deux fois à Londres.
MAC-DOWEL.
Alors vous savez ce qu’est pour nous autres enfants de la Grande- Bretagne, une gageure, un pari. Eh bien, j’avais parié avec monsieur que voilà, mon médecin, mon ami... j’avais parié, dis-je, qu’aujourd’hui dimanche, 6 septembre, nous aurions la faveur de dîner avec madame et mademoiselle... Madame d’Angerville avait été si gracieuse pour moi, si indulgente pour ce qu’ou appelle mes excentricités, que j’espérais bien qu’elle accepterait l’invitation d’un baronnet hors d’âge et goutteux... Hier matin, au moment de me présenter chez ces dames, j’apprends que, rappelées par vous, elles sont parties dans la nuit. « Vous avez perdu, me dit monsieur Paul. — Pas encore! » m’écriai-je. Madame la baronne avaitciuq heures d’avance sur moi ; mais je brûle le pavé, quand je cours la poste. Nous partons ventre à terre. Au troisième relai , un des chevaux s’abat. Je le paye, et je le laisse sur la roule... Plus loin, le limon se brise, je défends qu’on s’arrête; les chevaux s’emportent, j'y comptais bien, et je gagne une heure; enfin, celte nuit, notre chaise verse et reste sur le côté... Ace moment passe une excellente berline, contenant deux voyageurs parfaitement endormis... J’arrête
la berline, j’éveille les voyageurs, je leur propose de changer de voilure. Ils nie rient nu nez... Je. leur offre cent livres sterling et ma chaise par-dessus le marché... J’avais affaire à deux juifs allemands, qui, trouvant le troc avantageux, acceptent... Ils descendent: nous montons: les chevaux ne courent pas, ils volent; je heurte, j’accroche, je renverse, mais j’arrive à temps, je crois, pour dîner avec ces dames, si pourtant vous voulez bien me faire l’honneur de m’inviter... Voyons, ai-je gagné mou pari, monsieur le baron?
d’angerville.
Complètement gagné... Ce sera une bonne fortune pour ces dames de retrouver à Lyon leur obligeant cavalier des eaux, (a Paul.) Pour moi, monsieur, je m’estime heureux de pouvoir dès à présent vous témoigner toute ma reconnaissance pour les soins que vous avez donués à madame d'Angerville.
MAC-DOWEL.
II l’a sauvée, monsieur. 11 sauve tout le monde. Ce ne sont pas des cures qu’il fait, ce garçon-là, ce sont des miracles... Il m’a fait marcher L. Tenez, touchez là, monsieur le baron; je crois que nous nous entendrons, et je n’attendrai même pas le dessert pour vous faire ma demaude.
d’angerville.
Votre demande?
CLÉMENTINE, bas, à Paul.
De quoi s’agit-il?
, PAUL, bas#
Je ne sais... De quelque nouvelle extravagance, sans doute. d’angeryille.
Je vous écoute, monsieur.
MAC-DOWEL.
On vous a dit, n’est-ce pas, que j’étais un original? un fou,
peut-être! Savez-vous pourquoi j’ai cette réputation?... Parce que dans ce inonde de faux dehors et de trompeuses apparences , je parle toujours vrai et vais droit au but... Vous allez en avoir la preuve, monsieur d’Angerville : j’ai trois mille arpents de bois et de plaine en Ecosse, un hôtel à Edimbourg, un hôtel à Londres, et j’en aurai un à Paris; avec cela quelque chose comme quatre millions sur la banque d’Angleterre; enfin, cinquante-sept aus, la goutte, et je vous demaude la main de votre fille.
d’aNCERVILLE et CLÉMENTINE.
De ma fille !
MARIE, riant.
Ma main!
PAUL, vivement.
C’est trop fort! Vous voulez vous marier, vous? Je vous le défends.