‹ Georges et Marie drame en cinq actesChapitre 69 sur 97 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

fabricant qui avait pris notre maison me donna une place dans ses bureaux, comme il on avait donné une à Valentin dans ses ateliers. Mais les appointements qu'il pouvait m’allouer ne devaient jamais suffire à remplacer les obligations que je venais de contracter; il le comprit et me proposa de m’envoyer à la Nouvelle- Orléans pour y fonder une maison succursale de la sienne, il m’offrit une part dans les bénéfices à venir de celte maison. Cette part me permet li a d’effacer, je l’espère, jusqu'à la dernière trace d’un passé désastreux. Si je meurs à la peine, ma conscience au moins sera tranquille, car la mort, seule, m’aura empêché d’accomplir ma tâche.

MARIE

A la Nouvelle-Orléans I sous un climat qui tue!...

GEORGES

Le désespoir et la honte tuent bien plus sûrement encore.

MARIE

Vous voulez vous expatrier, Georges... vous n’avez pas songé à moi?

Laissez-moi mon courage... c'est à présent surtout que j’en ai besoin... Si j’ai supporté le coup qui m’a frappé au château d’Angerville, c’est que vous m’avez dit : Vivez, je vous aime... Si, ruiné, proscrit, j’ai repoussé la pensée du suicide, c’est que votre image était'sans cesse devant mes yeux, et votre anneau sur mes lèvres... Mais depuis mon retour à Lyon, à Lyon, où vous n’étiez plus, Marie... pendant votre absence... si longue... j’ai rélléchi. Quand vous m’avez donné cet anneau, quand vous m’avez dit votre main dans la mienne: «Georges, je vous le jure, je ne serai jamais qu’à vous... » vous avez cédé au premier mouvement d’un cœur généreux; vous vouliez alors; vous voulez peut-être encore aujourd’hui tenir votre serment... Je viens vous en relever, mademoiselle.

MARIE

Nou, Georges!

GEORGES, avec désespoir.

Eh! puis-je vous attacher éternellement à ma misère, à ma misère qui ne finira pas; carie travail de dix années, peut-être, doit suffire à peine à combler l’abîme creusé sous mes pas... Jusquelà, je ne puis revenir en France; je ne peux pas vous donner mon nom, car, ce nom serait flétri... Marie, je vous aime, et je vous dégage de votre serment; Marie, je vous aime plus que je ne vous ai jamais aimé, et je vous rends votre anneau, (il porte l'anneau A ses lèvres ; puis il le présente à Marie.)

MARIE

Gardez cet anneau, Georges, gardez-le aussi religieusement que

je garderai, moi, mon serment. .. Mon cœur a compris le vôtre... je n'essaierai donc point de vous retenir... quoique j’en doive souffrir, je me résigne à cette absence; elle ne changera rien à ma résolution. Aujourd'hui, si vous demandiez ma main à monsieur d’Augerville, il repousserait votre demande; mais dans trois ans, Georges, je serai majeure, maîtresse de biens considérables que m’a légués ma grand’mère; dans trois ans, je serai libre enfin; alors je vous rappellerai, Georges, alors je vous dirai : Mou cœur est toujours à vous, voilà ma fortune, voilà ma tnain...

GEORGES

Marie... Marie... je ne puis accepter un pareil sacrifice.

MAIUE.

Enrichir ce qu’on aime, c’est du bonheur encore ; je remercie Dieu qui me donne ce bonheur-là.

GEORGES

Uh! Dieu m’a pris en pitié, Marie, et vous êtes un de ses anges,

(il tombe à genoux et baise la main de Marie.)

MARIE, vivement.

Quelqu’un ! (Georges se rerève, monsieur et madame d'Angervillc paraissent.)

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