SCENE XIII
VALLEDO, CLÉMENTINE.
VALLEDO.
Ainsi, madame, quand j’espérais trouver en vous une puissante auxiliaire, c’est une ennemie que je rencontre.
CLÉMENTINE
Une ennemie! vous vous trompez, monsieur, jq ne veux pas que, sans la consulter, on dispose du sort de ma fille.,, voilà tout.
VALLEDO.
Fort bien... mais si pour décider mademoiselle Marie à m’accorder sa main, il fallait vous joindre à monsieur le baron, interposer votre autorité, le feriez-vous, madame?
Non, monsieur!
VALLEDO.
Vous le ferez, madame.
CLÉMENTINE
Jamais.
VALLEDO.
Vous le ferez, aujourd’hui, tout à l’heure... Écoutez-moi bien : j’aime mademoiselle Marie, j’ai résolu qu’elle serait ma femme, et à tout prix j’accomplis ce que j’ai résolu. Lorsqu’il y a quelques mois je vous remis la correspondance mystérieuse dont j etais dépositaire, je sauvai votre honneur, je sauvai l’avenir de votre fille; car si une des lettres que je possédais était tombée au pouvoir de votre mari, honneur, avenir étaient à jamais perdus... Vous le saviez, madame; pour racheter et anéantir ces lettres vous auriez donné tout votre sang, et votre reconnaissance ne pourrait, disiez-vous alors, jamais assez payer le service que je vous rendais... Votre reconnaissance est par trop oublieuse, madame, elle a fini, je le vois, avec le danger... mais êtes-vous bien certaine que le danger ait entièrement disparu ?
CLÉMENTINE
Que voulez-vous dire, monsieur 7
VALLEDO.
Je dis que connaissant bien le cœur des femmes, j’avais pris mes précautions. Je dis que je suis toujours maître de votre secret. Tour devenir l’époux de mademoiselle Marie, je prévoyais que votre appui me serait nécessaire et j'ai voulu m’assurer cet appui... Trois lettres et un portrait sont restés daus mes mains... ces lettres et ce portrait seront remis à Marie... à ma fiancée au sortir de l’église ou tout à l’heure à M. d’Angerville.
CLÉMENTINE
Infâme!
VALLEDO.
Parlez plus bas, madame... (Désignant la droite.) De cette chambre ne peut-on pas nous entendre...
CLÉMENTINE
Ainsi, vous voulez me faire racheter mon repos, ma réputation, au prix du bonheur de Marie... Vous venez dire à une mère: vends-moi ta fille qui est innocente, ou je te perds toi qui fus coupable... Mais pour croire que j'accepterais un semblable marché, vous m’avez donc supposée aussi lâche que vous.
VALLEDO.
Vous hésitez ?
CLÉMENTINE
Je n’hésite pas, monsieur... Que la colère d’un époux outragé me punisse et me frappe, ce sera juste... Allez me dénoncer; que par vous monsieur d’Angerville me iriaudisc et me chasse de cet hôtel, ce sera son droit; mais jusqu’à ce qu’il ait prononcé mon arrêt, je suis encore ici chez moi, monsieur, et je vous ordonne de sortir I
VALLEDO.
Prenez garde ! (D’Angervillc parait au fond donnant io bras à Marie.)