‹ Georges et Marie drame en cinq actesChapitre 79 sur 97 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

d’angervillë.

Vous allez courageusement refaire aux Etats-Unis une fortune que la fatalité vous a enlevée, et vous mepermettrez de vous aider à faire vos premiers pas dans la carrière nouvelle que vous embrassez. Si 'vous refusez d’accepter cette faible somme comme un don de ma reconnaissance, acceptcz-la du moins comme un prêt, comme une avance si vous le voulez !

GEORGES

Monsieur, ma vie suffira peul-étrc à peine à solder l’arriéré que j’ai pris l’engagement de payer... je ne dois donc pas contrauter de dettes nouvelles. Je vous le répète, monsieur, je garde votre lettre, mais je n’accepte pas cet argent.

d’angerville.

Vous êtes fier, monsieur Théveuin !

GEORGES

Je suis pauvre, monsieur le baron, et la fierté dans la misère, c’est je crois de la dignité.

d’angerville.

Fort bien... mais celle dignité, respectable en apparence, cache souvent un but qu’on n’oserait pas avouer.

Que voulez-vous dire, monsieur?

d’angerville.

Vous me comprenez, monsieur Thévenin ; et je dois couper court à de folles espérances. Vous parlez dans trois jours, m’avezvous dit ; eh bien, vous pourrez, comme ami de notre famille, assister au mariage de ma fille.

GEORGES

Mademoiselle d’Angerv ille se marie ?

d’angerville.

Dans trois jours.

GEORGES

C’est impossible.

d’angerville.

Impossible?

VALLEDO, sèchement.

Et pourquoi donc, monsieur?

GEORGES, apercevant Valledo.

Andréa Viviani ?

D’ANGERVILLE, avec force.

Monsieur le comte de Valledo, mon gendre !

GEORGES

Ah ! j’ai mal entendu monsieur... ce n’est pas au colonel Andréà

Viviani, ce n’est pas à cet homme que vous donnez votre fille?

d’aNGER VILLE.

Vous oubliez, monsieur...

, GEORGES

Mois vous ne le connaissez donc pas cet homme? Tenez, monsieur, je vois que vous avez deviné mon serref... J’ai bravement servi mon pays, j’ai versé mon sang pour défendre son indépendance et repousser l’étranger, la main de l’Empereur a placé sur ma jeune poitrine ce signe de l'honneur. J’ai l’amitié de quelques uns, l’estime de tous, eh bien, je n’osais pas me croire digne de mademoiselle Marie, et j’élouiïais là mon amour.

VALIEDO.

Prétendre à mademoiselle d’Angervillc, vous, qui n’avez à lui offrir qu’un nom compromis, vous, le fils d’un failli !

PAUL

Monsieur !

GEORGES

Ecoulez donc cet homme qui ne respecte même pas la cendre des morts, et qui, en présence du fils, jette l’insulte à la mémoire du père... Oui, Jacques Thévenin a failli, oui, Jacques Thévenin le marchand est mort sur sa caisse vide... comme le soldat meurt sur son drapeau... mais si son crédit s’est épuisé, si sa fo: — tune entière c’est écroulée, c’est que les malheurs publics avaient tari toutes les sources du travail; mon père n’a pas voulu chasser impitoyablement les ouvriers qui tendaient vers lui leurs mains inactives et suppliantes; or, crédit, il a tout sacrifié pour leur donner du pain, et vous osez couvrir d’infamie la mémoire d’uu tel homme, vous...

Georges, mon ami...

GEORGES

Vous, qui avez aidé à la ruine et à l’invasion de la France! vous qui, à la veille d’uu combat, avez passé à l’ennemi! yous! enfin

Î ui avez trahi l’Empereur pour le roi, comme il trahirait aujour- ’hui le roi pour l’Empereur...

VALLEDO.

C’en est trop, monsieur.

GEORGES

Misérable! entre Marie et vous il s'élève une barrière insurmontable, votre honte, et le mépris public.

VALLEDO.

Monsieur !

GEORGES* hors de loi.

Et si ce n’est pas assez, colonel Viviani, déserteur de Waterloo, tu trouveras mon épée. (Georges sort entraîne par Paul.)

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