‹ Georges IIIChapitre 5 sur 15 · DÉPOSITION DE LADY CHARLOTTE DOUGLAS · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DE LADY CHARLOTTE DOUGLAS

Je crois avoir fait la connaissance de la princesse de Galles en 1801. Sir John Douglas avait une maison à Blackheath.

Un jour, en novembre 1801 , la terre était couverte de neige, et la princesse, qui était, je crois, avec mademoiselle Heymann, passa plusieurs fois à pied devant notre porte. Lady Stewart était avec moi, et elle me dit: « Je crois que la princesse a besoin de quelque chose : allez au-devant d'elle. » J'y allai. La princesse me dî

qu'elle n'avait besoin tic rien, mais qu'elle désirait entrer, que j'avais une très-jolie petite fille.

La princesse entra et resta quelque temps.

Environ quinze jours après cette visite, sir John Douglas et moi reçûmes l'invitation d'aller à Montague- House. Dès lors j'allai à Montague-House très-fréquemment, et j'y dînais; la princesse dînait aussi souvent chez nous.

Vers le mois de mai ou de juin 1802, la princesse me parla pour la première fois de sa propre conduite.

Sir Sidney Smith, qui était l'ami intime de sir John Douglas depuis plus de vingt ans, arriva en Angleterre vers le mois de novembre 1801, et vint loger dans notre maison.

J'appris alors que la princesse connaissait sir Sidney Smith avant d'être princesse de Galles.

La princesse voyait sir Sidney Smith aussi souvent que nous-mêmes. Elle nous retenait ordinairement à Montague-House plus tard que le reste de la société, quelquefois même jusqu'à trois ou quatre heures du matin.

Je n'ai jamais rien remarijué d'inconvenant dans la conduite de sir Sidney Smith et de la princesse.

En mars 1802, j'allai passer une quinzaine à Montague-House avec la princesse. Elle m'avait priée d'y venir parce que mademoiselle Gath était malade.

Dans le mois de mai ou de juin suivant, la princesse vint chez moi toute seule, et me dit que je devinasse ce qui lui était arrivé.

Je nommai différentes choses et finis par dire que je ne pouvais deviner.

La princesse me dit alors qu'elle était enceinte et qu'elle sentait remuer l'enfant.

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Je ne sais si c'est ce jour-là même ou quelques jours auparavant qu'elle dit, étant à déjeuner avec lady Willoughby, que le lait lui remontait au sein et perçait à travers sa robe. Elle se couvrit d'une serviette et alla dans la chambre, toujours avec lady Willoughby, pour s'arranger de manière que ce ne fût pas visible.

Elle ne m'a jamais dit quel était le père de l'enfant.

La princesse me dit qu'elle espérait que ce serait un garçon; elle ajouta que, si cela était découvert, elle ferait passer le prince de Galles pour son père, vu qu'elle était restée deux jours à Carlton-House cette année.

J'ai pensé d'abord que sir Sidney Smith était le père de l'enfant, mais seulement parce que la princesse avait beaucoup d'égards pour lui; car, à ma connaissance, il n'a jamais été seul avec elle, et nous avons vu constamment la princesse, depuis ma première visite à Montague- House jusqu'à la fin d'octobre. C'est depuis ce moment qu'elle m'a dit être enceinte. Elle a été saignée deux fois pendant sa grossesse, et elle m'a conseillé aussi de me faire saigner. Nos couches en seraient d'autant plus heureuses. Ce fut M. Edmade qui la saigna.

Je dis un jour à la princesse que j'étais fort inquiète relativement à ses couches, et que je ne savais pas comment elle ferait pour que cela ne fût pas su. Je pensais qu'elle aurait une personne de confiance...

Elle me répondit que oui ; qu'elle aurait une étrangère, ne pouvant consentir à avoir des hommes auprès d'elle dans cette circonstance. Je suis sûre, ajouta-t-elle, de réussir, et je désirerais que vous ne parlassiez plus de cet objet. Je dirai tout à madame Sanders. Elle me dit alors que madame Sanders était une très-bonne femme, qu'on pouvait avoir confiance en elle, et qu'elle assiste-

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rait à ses cuuchcs. Pour plus de prudence, elle enverrait mademoiseDe Galh à Brunswick. Elle éloignerait aussi mademoiselle Mitfied parce qu'elle était trop jeune.

Je fis mes couches le 25 juillet 1802. La princesse désira être présente; j'aurais voulu qu'elle n'y assistât pas, mais je ne voulais pas lui faire un refus qui l'offensât.

Le jour où j'accouchai, elle vint chez moi, et insista pour entrer; le docteur Mackie, qui me soignait, ferma la porte; mais il y avait une autre porte de l'autre côté de la chambre qui n'était pas fermée; elle entra par cette porte, et fut ainsi présente à mes couches. Elle prit l'enfant aussitôt qu'il fut au monde, et me -dit qu'elle était bien aise d'être venue.

La grossesse de la princesse me parut être bien visible; elle portait un coussin derrière elle, et elle en fit faire un pour moi par madame Sanders.

Pendant mes couches, la princesse vint un jour avec mademoiselle Fitzgerald ; elle la renvoya, prit une chaise, s'assit près de mon lit et me dit : « Vous entendrez dire que je reçois des enfants dans leurs berceaux, mais vous ne ferez pas attention à ce bruit. C'est une pauvre femme qui me les apportera dans un panier. J'emploierai cet artifice afin qu'on m'apporte le mien de la même manière, quand il sera venu au monde. »

Peu de temps après, une pauvre femme apporta dans un panier deux enfants jumeaux.

La princesse les reçut, les fit porter dans sa chambre et les lava elle-même; c'est elle-même qui me l'a raconté. Quelques jours après, le père revint, voulut avoir ses enfants, et on les lui rendit. La princesse me dit ensuite : « Vous voyez, j'ai pris les enfants, et cela a bien

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réussi. » Le père était venu les reprendre, et elle ne pouvait pas le blâmer. Elle voulait prend^'e d'autres enfants et se faire mère-nourrice.

Je vis, le 30 nu le 31 octobre 1802, la princesse se promener devant sa porte. Elle était babillée de manière à cacher sa grossesse; elle avait une longue robe et un très-gros manchon. Elle revenait de l'église de Greenwich; elle paraissait très-pesante, et je crus qu'elle devait être près du terme.

Huit ou dix jours après, je reçus de la princesse un billet dans lequel elle me disait de ne point venir à Montague-House. Elle craignait que les enfants qu'elle avait reçus chez elle n'eussent apporté la rougeole dans leurs vêtements : elle avait peur que mon enfant ne la gagnât.

Vers la fin de décembre, j'allai dans le comté de Glocester, où je restai environ un mois. En janvier, je revins, j'allai à Montague-House et je fus admise.

La princesse était occupée à renfermer quelque chose dans une boîte noire. Il y avait sur le sofa un enfant couché et couvert d'un morceau de drap rouge.

La princesse se leva et me prit par la main ; puis, me conduisant au sofa : « Le voilà, l'enfant, me dit-elle, je l'ai eu deux jours après vous avoir quittée. » Ses propres expressions furent : Je Vai eu et je l'ai mis au monde ; eu signifiait clairement que c'était son propre enfant.

Elle me dit ensuite qu'elle s'était bien tirée d'affaire ; elle me montra sur la main de l'enfant une marque violette. La princesse me dit : « Il a une marque comme votre petite fille. »

J'ai souvent vu l'enfant avec la princesse jusqu'à Noël

1803, époque où je quittai Blackheath. J'ai aperçu de nouveau la marque sur la main de l'enfant, et je suis sûre que c'était le même ; je n'ai jamais vu d'autre enfant chez la princesse.

La princesse Charlotte avait coutume de voir l'enfant et de jouer avec lui : l'enfant appelait la princesse de Galles maman.

Environ un mois avant que la princesse ne fût dans le Devonshire, je vis l'enfant à la fenêtre de son palais, et je suis sûre que c'était toujours le même enfant.

Peu de temps après l'avoir vu pour la première fois, la princesse me dit que pendant quelques nuits elle l'avait fait coucher avec elle, mais que cela lui causait des attaques de nerfs, et qu'alors elle lui avait donné une nourrice.

Je puis jurer que l'enfant que j'ai vu à la fenêtre du palais est le même enfant que la princesse m'a dit avoir eu deux jours après nous être quittées.

Cet enfant fut nommé William ; je ne lui ai jamais entendu donner d'autre nom.

Un jour que nous étions à déjeuner avec la princesse, l'enfant étant en maillot, elle dit à sir John Douglas : « Voici l'enfant de Deptfort. »

A mon retour de Devonshire, je laissai ma carte de visite à Montague-House. et, le 4 octobre, je reçus une lettre de madame Vernon qui m'invitait à ne plus me présenter à Montague-House.

Je n'avais jamais dit jusqu'alors à personne, et pas même à sir Douglas, que la princesse était enceinte, et qu'elle fût accouchée d'un enfant.

Après avoir reçu la lettre de madame Vernon, j'écrivis à la princesse à ce sujet.

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La lettre me fut renvoyée sans être décachetée. J'écrivis alors à mademoiselle Fitzgerald, en lui disant que je me croyais trés-maltraitée.

Deux ou trois jours après je reçus la lettre anonyme que je produis ici, que j'ai marquée de.la lettre A, tant dans le corps de la lettre que sur Tenveloppe.

La princesse de Galles m'a dit qu'il n'y avait pas de chambre plus commode que la sienne; qu'elle était au haut de l'escalier qui conduit dans le parc, ajoutant : « J'ai des verrousen dedans ; de sorte quej'ai un voisin( 1 ) quand je veux. » Elle a terminé en disant qu'elle aimait beaucoup sir Sidney Smith, et que le prince payait pour tout le monde.

1" juin 1806.

Sigjîé : Ch.\rlotte Douglas.

DEl'OSITION DE SIR JOHN DOUGLAS,

Devant les quatre commissaires nommés par le roi pour examiner la conduite île Caroline de Brunswick.

J'avais, en 1801 . une maison à Blackheath ; sir Sidney Smith y venait ordinairement; j'y avais une chambre pour lui. La princesse de Galles fit la connaissance de lady Douglas, et elle venait fréquemment dans notre maison. Je pense qu'elle y venait plus pour Sidney Smith que pour nous. Quelque temps après qu'elle eut fait

(1) Dans l'anglais, il y a fellow. Le mot voisin n'est pas la traduction exacte de felîoïc, nous le savons bien.

notre connaissance, je l'ai crue enceinte. Un jour, étant penchée sur le sofa, elle mit la main sur sa poitrine et dit : « Sir John, je ne serai jamais reine d'Angleterre. » Je lui répondis : « Non, si vous ne le méritez pas. » Elle parut d'abord fâchée.

Le 27 octobre 1804, je reçus deux lettres par la petite poste : l'une à mon adresse et que je produis maintenant, que j'ai marquée de la lettre B, tant dans l'intérieur que sur l'enveloppe; et l'autre adressée à !ady Douglas que je produis ici également, que j'ai marquée de la lettre Ùtant dans l'intérieur que sur l'enveloppe.

Signé : John Douglas.

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