PREFACE
C'est un périlleux emploi que celui de préfacier. L'écrivain qui sy risque, passe aisément pour s'étre exagéré son importance. Certes, je n'aurais jamais accepté d'écrire pour la brillante étude de M. Desprechins une préface dont elle n'a pas besoin, si des raisons spéciales ne m'y avaient décidé, J'ai connu pendant les dix dernièpes années de sa vie le peintre Georges Le Brun, pour qui j'avais autant d'amitié que d'admiration, et il me plaît de contribuer pour ma modeste part à la glorification d'un artiste dont j'aime doublement l’œuvre. Je l'aime d'abord pour le talent, la pénétration, la probité dont elle témoigne et qui font qu’elle gagne à être sans cesse revue; je l aime ensuite parce qu’elle est le plus souvent une pieuse et saisissante évocation d’ un pays dans l'amour duquel nous communtions, Le Brun et moi : l’Ardenne, et en particulier les Hautes-Fagnes.
Je mentirais pourtant si je disais que, de prime abord, je vis en lui l’homme de son art. Son art, en effet, est grave, austère, recueilli, et tel ne semblait pas être Le Brun. Verviétois, il réalisait ce type du Wallon de l'Est, chez qui un esprit éveillé, une verve abondante
. Je un fond de très réelle sensibilité. Il avait un
curieux humour qui rendait sa conversation extrêmement savoureuse et plaisante. Il m'amusait beaucoup en me déconcertant un peu. Il faut dire que, naturellement silencieux, j'étais, selon l'expression de mon ami van Lerberghe, « un Wallon avec qui un Flamand pouvait s'entendre ». C'est sans doute que j'étais un Wallon du Centre, et ces Wallons de l'Est l'emportent tellement sur nous, en verve, en finesse, en vivacité d'esprit !
Au surplus, on S'apercévait vite que Le Brun était quelqu'un.
S’agissait-il des choses qui lui tenaient au cœur, l'œuvre à réaliser par exemple, ou simplement le bonheur des siens, on discernaît chez lui, un accent volontaire et convaincu, je ne sais quelle vibration qui répondait a des sentiments profonds. C'était une riche et sympathique : nature, un beau type d'homme de chez nous.
Ce n'était pas sans raison que les Hautes-Fagnes l'attiraient et qu'il y faisait de si longs et si fréquents séjours. En somme, les Hautes-Fagnes étaient le cœur vierge et sauvage de son pays. Plus que dans son lieu natal, il . devait s’y trouver chez lui. Les profonds horizons de Xhoffraix (prononcez Hoffrai, en aspirant l'h!), ses masures grises défendues du vent par de hautes charmilles, ses attelages de bœufs au joug, ses intérieurs enfumés, lui présentaient les images les plus chères et les plus familières. Quand il parlait des paysans de la Fagne, c'était avec une sorte de grave tendresse.
La maison qu'il habitait a Theux, que les siens habitent après Lui, et qui est pleine de son souvenir, a un cr acte intensément local. Quel artiste ou quel poëte n'a ares le rêve d’une demeure assortie a sa personnalité, 14