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LE COURONNEMENT D'UNE VIE | D'ARTISTE

Toute cette féconde préparation n’était dans l'esprit de Georges Le Brun qu’un acheminement laborieux vers le couronnement de son œuvre, la totale réalisation de sa pensée d'artiste. 11 avait exprimé la Fagne fragmentairement; il en avait étudié les abords circonvoisins, à Lierneux, à Hebronval, à Thimister. Lentement, sa recherche allait se replier pour en circonvenir le centre même, le point vital. Plusieurs de ses tableaux, à l'avance, faisaient déjà écho à cette préoccupation obsédante.

Aux approches de la quarantaine, elles accaparèrent presque toute son attention. De cette époque date son triptyque de La Fagne. C’est une œuvre d'interprétation réfléchie et documentée; c’est une création au sens propre du mot.

On s'accorde à trouver, en elle, le sommet de son art. Au moins, c'en est-il un. Il y en a d’autres. Mais on peut

dire qu'ici domine sa pensée culminante.

Ailleurs, pensée et sentiments s’épousent souverainement pour des réussites éclatantes, comme dans La Ferme dans la neige ou dans Matinée sereine. Nous sommes ici sur

un seuil. D’autres créations équivalentes auraient fait suite à La Fagne, où auraient opéré leur défilé processionnel les aspects séculaires de la contrée herbagère et marécageuse. ÿ

Il en reste des esquisses, des études préliminaires. C’eût été l’exacte mise au point d’une haute idée d'art, la totale réalisation en œuvres robustes et synoptiques d'un paysage d'élection, d’un aspect rare et proéminent de l’Ardenne.

Le livre épique est inachevé. Les pages éparses qui en étaient les éléments attestent la largeur de vue, la robus- tesse d'expression où l'artiste eût amené la ligne faîtière de sa pensée, de son art, de sa vie. |

La guerre a ouvert, là devant, sa béante crevasse. Il y

avait en Georges Le Brun, sous l'artiste laborieux, une

sensibilité aiguë. Il comprenait la vie religieusement. Une pensée aussi solide aboutit au mysticisme foncier. L'homme qui chanta avec des accents si souverains sa terre, s’offrit en holocauste généreux pour elle.

Il fit son sacrifice vaillamment comprenant tout ce .

qu'il y mettait, comme homme et comme artiste.

Etant parti avec tant d’autres, comme beaucoup, il ne revint pas. pis

[1 laisse une veuve et deux enfants, gardiens pieux de sa mémoire et de son œuvre. Toutes deux, celles-ci font le décor et l'atmosphère de sa vieille maison de Theux. On y sent sa présence dans la vénération des âmes, comme dans l’emprise qu'il avait opérée sur ces murs vétustes, ces boiseries gothiques, tout ce logis agreste et archaïque, à qui il avait imposé l'ordonnance de sa pensée et de qui il avait reçu, au plus fort de soi, de si pénétrantes impressions d'homme, de si inoubliables leçons d'artiste.

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