‹ Georges Le BrunChapitre 3 sur 32 · UNE DOUBLE GLOIRE · texte numérisé non relu

UNE DOUBLE GLOIRE

On a tout dit des morts héroïques. Pourtant quelquesuns n'ont pas été payés de tout leur dû.

Ceux-là méritaient une double gloire, d’avoir immolé pour nous une double vie, comme hommes d’abord, comme artistes après.

À l'un de ces grands morts deux fois morts glorieusement, un groupe d'amis a voulu que nous consacrions ces humbles pages comme pour fixer les traits de sa haute figure d'artiste dans le souvenir des hommes.

I] s'appelait Georges Le Brun. |

Il était né à Verviers. Il avait été le peintre de la Fagne. Il est mort vers la quarantaine, ayant offert, pour nous, le don volontaire et royal de sa vie, disparu dans le monstrueux tourbillon de la guerre.

[1 laisse derrière lui une œuvre considérable mais incomdit beaucoup déjà; on est précoce dans le pays où il naqui . I n'avait pas tout dit de ce qu'il avait à dire. Il était sur le seuil de cet âge privilégié, où tout à fait soi, entre quarante et cinquante ans, à l’apogée de ses facultés, l’artiste se réalise intégralement, s'exprime tout entier en une sorte de raccourci substantiel et impressionnant. x

Tel qu'il est, Georges Le Brun reste un très beau, un très grand artiste. Il fût devenu un maître éminent. La série de ses dernières œuvres si pleines de sens, si dépouillées d’inutilités techniques, il l’eût conduite à l’une de ces altitudes de pensée, à l'un de ces plateaux de réalisation de soi, d’où un artiste domine son temps et même les autres temps.

Le présent opuscule constitue un essai d'analyse dune œuvre, une présentation panoramique d'une vie. Peu de détails. Point d’anecdotes. Mais une sorte de philosophie esthétique où l'artiste est expliqué par son art, l'art par l'artiste, et l’art et l'artiste par le milieu, le temps et la race.

On a nié les théories de Taïne. Elles survivent aux plus subtiles négations. Taine, s’il n'a pas mis en principale évidence la personnalité même de l’homme dans l’explication de l’œuvre, la suppose. Une harpe éolienne ne chante, dans la chanson du vent, que si elle est accordée avec l’air qui passe, et elle ne chante en beauté que si elle est d’une qualité supérieure.

I1 y a inspiration partout où il y a génie. Mais qu'est-ce que le génie si ce n’est un confluent heureux des plus rares qualités de la race? C’est pourquoi, si individuel, si uniquement soi, si exceptionnel puisse-t-il paraître, le génie fait écho quand même à différents points circulaires du temps et de l’espace.

Il n’est point un phénomène tombé di A fn

Sans doute, entre les éléments qui le composent il n'y a pas toujours fusion. Il se peut que tel d’entre eux affirme sur les autres sa hautaine prédominance, si bien qu'il en prend les aspects, dans son milieu et sa race, d’une exception inexpliquée. à

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