‹ Georges LouisChapitre 105 sur 145 · PSP ARE LR TEST · texte numérisé non relu

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Saint-Pétersbourg, 31 janvier 1913

Télégramme en chiffres n° 1.

Je réponds au télégramme n° 101 de Votre Excellence.

Depuis la conclusion de la convention militaire russo-bulgare, quatre Ambassadeurs de France se sont succédé à Pétersbourg. Il ne semble pas que, dans ses Conversations avec eux. le Gouvernement russe ait jamais fait allusion à cette convention avant le 29 de ce mois.

L'hypothèse d’un accord assurant à la Bulgarie l’appui mihtaire de la Russie, tout au moins en cas d'agression de la Turquie, n’avait cependant échappé ni à mes prédécesseurs ni à moi. Elle avait été également envisagée à plusieurs reprises au Ministère à Paris, mais les interrogations ( discrètes » que J'ai été chargé de faire ici et que j'ai faites n'avaient pas donné de résultats.

Dans l'entretien d'avant-hier, j'ai marqué la surprise que causerait à Paris la confidence tardive du Gouvernement russe. Votre Excellence regrette que Je n aie pas en outre réclamé le texte de la convention signée en 1902 ; mais, comme je l'ai télégraphié sous le n° 28. j ai demandé au Ministre s’il vous avait fait donner connaissance de cet accord. Il m’a répondu qu'il venait de télégraphier à Paris à ce sujet.

C'est donc à Votre Excellence qu’il était réservé, ainsi qu'il était naturel, de faire la communication ofhcielle que la question comportait. |

Visiblement, la révélation à faire l'embarrassait : 1] désirait en laisser le soin à M. Isvolsky, et il ne m’en aurait encore rien dit avant-hier sans un hasard de conversation qui ma fait l'interroger sur des « obligations » dont il venait de me parler Incidemment en termes très vagues.

Dans ces conditions, et M. Sazonof m'ayant donné l’assu-

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Isvolsky n'ayant pas fourni à Paris le texte de la convention russo-bulgare, Georges Louis informa le 5 février que le désir du Gouvernement français serait satisfait : Secret. — Le Ministre des Affaires Étrangères m'a dit aujourd hui qu il pourrait donner connaissance de la convention militaire russo-bulgare dans les conditions suivantes :

L'Ambassadeur de Russie à Paris recevra le texte par voie sûre et en donnera lecture à Votre Excellence.

Malgré cet empressement à servir et même à servir très eficacement, le nouveau ministre, phonographe de M. Poincaré, ne ménageait pas les dépêches acariâtres. Depuis que Jonnart était au Quai d'Orsay, les tracasseries, les reproches directs ou indirects pleuvaient. La guillotine sèche fonctionnait. Pour accroître les effets désagréables et draper ses observations dans une sorte de majesté impersonnelle, Jonnart affectait de parler au nom du Conseil des Ministres. Le télégramme du 28 janvier est un modèle de ce mauvais goût volontaire :

Le Conseil des Ministres a été unanime à penser que le Gouvernement russe aurait dû se concerter avec le Gouvernement de la République avant d'exprimer à la Chancellerie allemande ses inquiétudes sur les conséquences possibles d'une reprise des hostilités entre la Turquie et les coalisés balkaniques. Le Conseil des Ministres a regretté parcillement que

9 ee ’ = È ’ e - Sazonoff n’ait pas encore répondu à la déclaration que je vous

avais prié de lui faire, par mon télégramme n° 29, Veuillez donc lui signaler de nouveau tout le prix que j'attache à ce que l'action diplomatique des deux Gouvernements soit étroitement conjuguée. Je viens d’ailleurs de m exprimer dans ce sens avec Isvolsky.

Georges Louis s'était, toute l’année précédente, efforcé beaucoup plus que M. Poincaré de maintenir l'union parfaite entre les deux pays : le primcipe de l’action concertée était pour lui condition sine qué non. Mais M Poincaré, depuis qu'il signait Jonnart, aimait, avec son courage ordinaire, à mettre ses taquineries grossières sous le nom de son substitut. Du reste, il ne craignait rien tant que la présence à Paris de l'ambassadeur dont :l entendait paralyser la défense enle révoquant sans le moindre averhssement. Cette peur lui dicta une mesure de véritable goujaterie en réponse à la lettre suivante :

Personnelle. Saint-Pétersbours, 31 janvier 1913

Monsieur le Ministre,

En apprenant — avec une grande satisfaction — que vous

aviez accepté le ministère des Affaires Etrangères, je vous ai

télégraphié le 23 que je vous serais obligé de m'autoriser à

aller passer quelques jours Paris. Les évé 1éments survenus à onStantinople ce mème jeudi 23 m'ont empêché de maintenir

ma demande de congé pour une date détérminée, et je vous

à prié le 24 de me donner l'autorisation de partir, sous la

Condition que je n’en usérais que lorsque les circonstances le

Permettraient,

Je n'ai pas reçu de réponse.

Je crois cependant très désirable que je vous entretienne

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aussitôt que possible des affaires si importantes dont mon S poste est chargé. Le télégramme que j ai reçu ce matin prouve à que cet entretien serait très nécessaire. D'autre part, ma femme

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LE: si et mes enfants, étant redevenus bien portants, doivent arriver ns i à Saint-Pétersbourg dans la seconde quinzaine de février. Je ‘4 Fc serais obligé d’ajourner leur voyage si je devais différer le mien ii) : au delà du 15. À ce point de vue encore, je désirerais aller à 11 Paris entre le 10 et le 15 s’il est possible. Je vous serais recon- 4 5e naissant de me télésraphier si vous n'y avez pas d'objection, Rip) “à sous la réserve que les circonstances me permettent de laisser Bi la gérance à M. Doulcet, qui pourra être de retour à ce mo- Ro ment. | 1 | Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de mes | É Fr: tout dévoués sentiments. | 17 de GEORGES LOUIS.

sr Jonnart réfléchit cinq jours sur cette requête pourtant PIin très légitime : mais M. Poincaré lui interdit de permettre ‘ mi | le voyage de Paris. En mai 1912, il avait autorisé à l'am- + bassadeur à s ‘expliquer, et 1] ne se pardonnait pas la faute ‘Sr payée par neuf mois de vie commune. Le 5 février, Jonae” nart écrivit : € Le Conseil des Ministres estime préférable

4 : que vous ne quittiez pas votre poste dans les ciconstances : actuelles. » Le Conseil avait bon dos : de qui, à qui se PF plaindre? Commele Cyclope de l'Odyssée, Georges Louis

Et Le pouvait crier à tous les échos: ils répondaient outis, per-

Er sonne | La fourberie de ces deux hommes accouplés pour ! 268: accomplir un meurtre est d'une [âcheté révoltante. Ils + hic avaient néanmoins conscience qu après le dernier refus 1l

Di était temps de se presser. Le 7 février, Jonnart vit Delcassé. !

D Poincaré vint à la rescousse, et, quand il tint l'acceptation

“es de son candidat, Jonnart, prêt à jouer les Saltabadil, +!

154 versa dans cette épître corrosive toute la bile cuite et

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17 février 1913

Pour l'Ambassadeur seul.

Le Gouvernement de la République estime que la gravité des circonstances l'oblige à se faire représenter auprès de la Puissance alliée par un personnage politique muni d’une particulière autorité et qui puisse appliquer à ses fonctions une activité que l'état de votre santé vous interdit malheureusement.

Le choix même de votre successeur vous prouvera le prix que le Gouvernement attachait à votre collaboration. C’est en effet M. Delcassé qui aura l'honneur de vous remplacer.

J'ai prié l'Ambassadeur de Russie de solliciter l'agrément de | Empereur.

Ce nest pas sans un vif regret que je suis amené à mettre fin à votre mission, qui fut à tant d'égards utile et considérable.

Veuillez croire à toute la gratitude que le Gouvernement de la République vous garde pour vos longs et loyaux services, auxquels j espère avoir l'occasion de recourir encore.

JONNART.

Georges Louis ne plia pas sous le coup. Il n’imita point plusieurs de ses prédécesseurs qui protestèrent avec indignation contre l'injustice ou l’inopportunité de leur rappel. M. de Montebello, notamment, donna un exemple sensationnel, inscrit dans les archives de l'Ambassade. Plus qu aucun de ses collègues, Georges Louis aurait eu le droit d'énumérer ses services, de discuter l’incommensurable faiblesse des prétextes invoqués par les Tartufes du Quai d'Orsay. Il se contenta d’accuser réception du message de Jonnart en invitant celui-ci à faire son métier jusqu'aux dernières formalités :

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prendre pour mon dénce de me faire connaître à ecevoir mes lettres de rappel.

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Ft ce fut tout. La réponse parvint le même jour : «Suivant votre désir, j'ai l'honneur de vous faire connaître que vos lettres de rappel vous seront envoyées jeudi prochain par le courrier russe. » Le 24 février, Jonnart ou plutôt M. Pomcaré se montre assez pressé d'en finir. Car 1l déclare le successeur impatient de s'installer : « M. Delcassé a l'intention, si cela vous agrée, de quitter Paris le 8 mars pour aller prendre possession de l’Ambassade. » Mais le ministère des Affaires étrangères russe et la direction des cérémonies demandent à Georges Louis de lui faire savoir le plus tôt possible s'1l assistera aux fêtes du Tricentenaire. Il en fait part à Jonnart qui répond : (« I] me paraît en effet désirable que vous assistiez aux fêtes du [ricentenaire. Vous demanderez donc à ne présenter vos lettres de rappel qu'après le 8 mars. M. Delcassé ne partira d'ici que le 12. » Dans l'intervalle, Georges Louis avait notifié son départ au Ministre russe :

Var le regret de devoir cesser très prochainement de remplir la haute fonction que le Gouvernement de la République m avait fait l'honneur de me confier auprès de S. M. l'Empereur. Les lettres de rappel qui mettent fin à ma mission me sont annoncées pour dimanche prochain 17 février-2 mars. Je prie Votre Excellence de vouloir bien prendre les ordres de Sa Majesté afin qu 1] me soit permis d'exprimer mes sentiments de gratitude pour la bienveillance dont Sa Majesté m'a honoré.

En remerciant par avance Votre Excellence, je la prie, etc.

Toutes les cérémonies qui devaient se dérouler selon le protocole obligèrent Jonnart à surseoir encore au retour que M. Poincaré eût souhaité de rendre plus prompt : («6 mars. Il convient en effet que la remise de vos lettres de rappel soit ajournée au lundi 17 mars. » Cette tolérance, concédée de mauvais cœur et en rechignant, ne le fut que sur une critique de Sazonoff lui-même, Il avait un peu plus de pudeur qu Isvolsky, et s’étonnait qu un ambassadeur de France reçûüt ses huit jours avec une telle cuistrerie. Georges Louis avait été obligé, pour ne pas déconsidérer son pays, de le faire savoir à Paris en des

termes douloureux :

Saint-Pétersbours, 5 mars 1913

M. Sazonoff, ayant rencontré hier soir un des secrétaires de cette Ambassade chezla Grande Duchesse Wladimir, lui à demandé : « Pourquoi l'Ambassadeur tient.il à remettre ses lettres de rappel pendant la premièré semaine de Carême? Ne peut-il attendre huit jours ? L'usage à la Cour de Russie est que l'Empereur reçoive à déjeuner l'Ambassadeur qui cesse ses fonctions ; mais Sa Majesté ne peut recevoir personne à sa table pendant la semaine du jeûne et de la communion. »

Mon collaborateur a répondu au Ministre qu il me rapporterait ses paroles. Il à rappelé que j'avais tout d’abord demandé à remettre mes lettres pendant la présente semaine, et que, Si nous avions ensuite parlé d'un ajournement, c'était parce

qu'il a été jugé nécessaire que la France fût représentée par

un Ambassadeur, comme les autres grandes Puissances, aux fêtes de demain et des Jours suivants.

/ Le Ministre ayant dit qu 1] persistait à croire qu’un nouvel äjournement d'une semaine serait À propos, je ne puis que vous Soumettre la question. Je dois ajouter qu on s'étonne ici que e Gouvernement français parût ne pas’attacher d'importance

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