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284 CEORGES LOUIS
Le temps a passé ; vous recommencez, et vous menacez de J € nouveau de mettre le feu au monde pour faire cuire votre œuf.
Isvolsky était bien taillé pour mener cette ronde de comitadiis, d'intrigants et de bandits. Le prince à la solde de trois Puissances déclancha l'agression dont les aigre= £ns madrés de l'arrière surent se laver les mains. Pour se reconnaître à travers la tourmente, un ambassadeur comme Georges Louis n’était pas de trop, d'autant plus que le Gouvernement russe, sans avoir toute la duplicité d'Isvolsky, péchait quelquefois par un mutisme choquant pour la bonne foi de son allié. Si M. Poincaré na pas été renseigné plus vite sur le fond et le tréfond de l'alliance balkanique, à quel titre en fit-il grief à Louis? Est-ce une erreur, est-ce un mensonge? :
M Poincaré a dit : « Isvolsky était mal vu en Autriche. Nous savions qu'à chaque instant il pouvait y avoir des = icidents assez délicats dus à des initiatives de M. Isvolsky, dont nous étions fort loin d'approuver toutes les idées. }
… C'est parler d’or : maïs l'habileté qui intervertit. les rôles pour se faire absoudre est-elle seulement de l'habi= leté Des journaux officieux qui faisaient leur cour à M. Poincaré ont salué le départ de Louis comme celle « d’un ambassadeur plus autrichien que français », tout simplement parce qu'il n'épousait pas les querelles d'Isvolsky. La correspondance de ce dernier, où les appétits de l'Autriche tiennent une place démesurée, souligne les inquiétudes mal fondées de M. Poincaré. Les attaques hypothétiques contre la Serbie, la réoccupation imagi naire du Sandjak, ce sont les fantômes et les moulins à vent contre lesquels nos deux chevaliers brisent constammént des lances. M. Poincaré pousse même la complaisance jusqu’à l'envoi d’une note à l'Autriche pour au elle
ERREURS OU MENSONCES 285
ES 4 | ? ë. A ’ 8 à s engagé à ne pas s agrandir, même d'un mille carré, en
territoire balkanique. S'il s’offusquait des incartades d Isvolsky, pourquoi se substituer à lui pour peser sur le cabinet de Vienne ? S'il ne partageait pas toutes ses idées, pourquoi intervenir en 1913 et le conserver à Paris? À plusieurs reprises, les frasques et les tartarinades d’Isvolsky échauffèrent les oreilles de Kokovtzoff, qui le tenait en médiocre estime, et songea même à prendre sa place d'ambassadeur. Qui le sauva, sinon M. Poincaré?
Et 1l disait : « À aucun moment, M. Isvolsky n’a exercé
sur la politique française la moindre influence. » Alors Isvolsky s'est-1l vanté en écrivant à Sazonoff : « J'emploierai tous mes efforts pour inculquer à M. Poincaré qu'il serait désirable de remplacer Louis par une personnalité plus appropriée »? Le même [svolsky, après avoir reconnu
qu'une victoire des États balkaniques présumait une
grande guerre européenne générale et décisive, ajoutait : ,e e « Il est avantageux pour nous d’inculquer à Poincaré la
conviction de l'inévifabilité, dans certaines circonstances,
de notre ingérence active. » Quelques jours après, le 5 décembre 1912, il exprimait sa grande satisfaction d'avoir réussi : € Poincaré ne repousse pas une minute la prochaine éventualité pour la France de la nécessité d'apporter à la Russie un appui armé. » Et le cri de son cœur poussé le 16 janvier 1913 : « C'est demain les élections présidentielles, Si, à Dieu ne plaise, Poincaré est battu, ce sera pour nous une catastrophe. » Continuerat-on à soutenir qu Isvolsky n'exerçait pas la moindre influence? — Est-ce une erreur, est-ce un mensonge) M. Poincaré a dit : « Nous avons pratiqué une politique de rapprochement avec tous les pays d'Europe en plein
accord avec l'honorable M. Louis. » Ici nous touchons à la
haute comédie, ou à l’opéra-bouffe. M. Poincaré s'est donné beaucoup de mal pour rectifier à la tribune la
phrase terrible d'Isvolsky : « Tout cela revient à dire que, si la Russie fait la guerre, la France la fera aussi. » Deux colonnes du Journal Officiel sufhrent à peine pour épiloguer sur cette pointe d'aiguille : out, Isvolsky avait bien écrit cela, mais il avait été trop loin, et, sur la demande expresse de M. Poincaré, il a modifié légèrement les termes ! Nous voilà bien avancés, et M. Poincaré aussi! S 1} persévère à se prétendre en plein accord avec Louis, nous lui opposerons qu'il fut toujours en plein désaccord, et, s 1l insiste, nous ne redirons pas : € Est-ce une erreur ou un mensonge ? » Cette fois pas de doute : « C'est bicn un mensonge. »
Ses discours, ses conférences, ses articles ont pour piédestal une forfaiture. Mais l’animosité inouïe qui les inspirait a encore inventé des moyens plus perfides pour ameuter l'opinion publique contre Georges Louis. Un seul homme peut-être en France était capable d’éreinter la mémoire de l'ambassadeur assassiné. On le siffla : il vint à l'appel. Le spécialiste Mermeix, dans la Liberté du 22 mai 1922, là même où Gandolphe flétrissait le scandale du 8 maï 1912, se chargea de colporter pêle-mêle les ragots d'Isvolsky et les rosseries de M. Poincaré. Trempant sa plume dans l'encre la plus corrosive, le haineux pamphlétaire fit un sort à la brouille insignifante de Sazonoff avec l'ambassadeur de France :
En 1912, tout à coup un malentendu apparut entre notre honorable compatriote et M. Sazonoff.Il arriva que M. Isvolsky, se présentant au Quai d'Orsay, pour y rendre compte, d'après les dépêches de son Gouvernement, des entretiens de M. Georges Louis avec M. Sazonoff, s’entendit dire : « Les dépêches de M. Georges Louis ne concordent pas avec vos informations. » Et il ne se l'entendit pas dire qu’une seule fois.
Ces discordances devaient être involontaires : mais leur
fréquence jeta entre l'Ambassade de France et le Ministère des Affaires Étrangères russe de la défiance : à un tel point qu'au mois de mai 1912 M. Sazonoff, au nom de l'Empereur, demanda le rappel de M, Georges Louis, qui se trouvait alors à Paris.
Malgré l'inconvénient d'avoir auprès d’un gouvernement allié un représentant sans crédit personnel, M. Poincaré, alors Président du Conseil'et Ministre des Affaires Étrangères, pensa que la dignité de la France lui commandait de maintenir M Louis à son poste, et il le fit repartir pour Saint-Pétersboureg.
Les choses ne pouvaient pas demeurer en cet état sans qu'il en résultât à la fin quelque grand dommage.
C'est pourquoi, au mois de janvier 1913, quelques jours avant que M. Poincaré entrât à l'Elysée, son successeur au Quai d'Orsay, M. Jonnart, ayant connu la sifuation anormale dé l'Ambassadeur de France en Russie, résolut d'y mettre
fin.
Les erreurs systématiques fourmillent dans cette prose qui rappelle les formes littéraires de la Sûreté. J'en ai souligné sept qui sont particulièrement immondes. L'’ensemble frappera par certaines divergences avec d'autres erreurs, également monstrueuses, mais plus subtiles, qu a commises M. Poincaré lui-même. Lui n’osait pas aborder ce thème invraisemblable : l'incapacité de Georges Louis, Mais, sous là plume impudente de Mermeix, elle - devient le grief principal. Evidemment cela plaisait en haut lieu. Et l’article s'est fait encore plus venimeux, pour disqualifier le véritable rôle de Louis, en assimilant ses amis fidèles aux gens du Bonnet Rouge : dans quel sens et pour quel but ? pour faire planer sur une politique irréprochable je ne sais quelle ombre malsaine de trahison ! N'est-ce pas le triomphe de l’effronterie exaspérée par la peur ?
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