‹ Georges LouisChapitre 20 sur 145 · DANS · texte numérisé non relu

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d'un néophyte. J'ai eu l’occasion fréquente de m'’entretenir avec M. Poincaré dans ce premier semestre 1912 II affichait des tendances ultra-nationalistes et une vénération exaltée pour l'Alliance russe : mais ces élans fougueux ne reflétaient ni doctrine ferme, ni méthode arrétée. Sa nervosité de débutant contrastait avec ses visées ambitieuses. Il cherchait sa voie, ét, tout frais émoulu du barreau, il se donnait un mal infini pour constituer un dossier de seconde main : car il ne possédait guère d’expérience personnelle sur les hommes ou les choses d'Europe. De là ses tâtonnements, ses sautes brusques. Enclin à s'exagérer l'importance des plus petits obstacles, il se

frappait au moindre accroc ou désaccord avec ses parte-

naires, comme si tout le système de nos amitiés et de

nos alliances allait péricliter. Il se fâchait des coquetteries

de Sazonoff avec l'ambassadeur d'Italie à l'égal d’une trahison.

Avec ce tempérament inquiet, qui outrait les nuances, il n'est pas surprenant que, s'étant épanché dans le cœur e Georges Louis, il ait pris ensuite témoin de ses ennuis l'ambassadeur russe, son visiteur presque quotidien. Celui-ci, toujours aux aguets et en bataille, prit avantage de cette confidence. Il ne pardonnait pas la froideur dédaigneuse avec laquelle la Direction politique avait rejeté en l9TT ses tentations et ses visées. Le trouble de M Poincaré lui parut une bonne fortune, qu ils empressa d’exploiter pour rejeter la faute sur Georges Louis et faire de lu; un bouc émissaire.

Dans les rapports du fameux Livre Noir, où il est protagoniste, où 1l incarne la politique menant à sa guerre, 1l parle à tout propos de M. Poincaré et de son amour-propre au plus haut point maladif. En même temps, 1] conseille à

Sazonoff de soigner précieusement ce bienheureux amour-

propre, louant l'énergie sympathique d’un ministre dont

:1 met la tête sous son bonnet : « Il importe, disait-il, de le mettre de notre côté, en vue de telle ou telle crise internatonale. » Il avait fait son siège avec un entrain hyperbolique, ayant barre sur lui par ses flatteries et ses promesses. Il profita merveilleusement de sa créduhité vaniteuse pour aliéner à Georges Louis l'esprit de son chef, et le couler. Vraiment c'était une aubaine à souhait pour lui et Sazonoff : car ils avaient formé ensemble le dessein de se procurer à Saint-Pétersbourg un ambassadeur de France qui fût de tout repos, bien à eux, à eux seuls.

Isvolsky, avec son génie aventureux, dominait Sazonof. Mais il n’avait pas plus que le comte Witte d'illusions sur sa médiocrité. Comme ministre, en quittant son poste volontairement pour s'installer à Paris, 1l l'avait nommé, faute de mieux, son successeur, après beaucoup d'hésitations. Entre lui et ce petit bourgeois étriqué, sorti du néant par son caprice, l'union était complète. Mais le porteur des reliques ministérielles avait peu d'initiatives. Isvolsky joignait à sa volonté fascinatrice le don d'informer avec talent. Il nourrissait ses lettres de communications, commentaires et recommandations qui suggestionnalent Sazonoff. Il soufflait ses propres conceptions à un serviteur déguisé en chef comme don Salluste à Ruy Blas. Par une coïncidence propice à ses fins, le jour même où M. Poincaré se plaignait de Sazonoff à Georges Louws, partait de Paris à l'adresse du ministre russe, le 29 mars- 1 L avril 1912 une lettre où on lit ‘ :

Très estimé Serge Dmitrievitch,

Je vois par votre lettre que vous êtes de plus en plus mécontent de M. Georges Louis et de sa manière de transmettre

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