‹ Georges LouisChapitre 22 sur 145 · RUE HA À + LA · texte numérisé non relu

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D'après M. Poincaré, lorsqu au cours de vos conversations avec M. Georges Louis, celui-ci vous a dit qu'il était nécessaire, selon l'opinion du Cabinet de Paris, en vue des événements possibles dans la péninsule balkanique, que la Russie et la France examinent d'avance ces événements, leurs résolutons et leurs actions, et quand, en même temps, M. Georges Louis a employé les mots : se concerter, vous lui avez répondu que vous étiez d'accord avec lui, mais bien dans ce sens que la Russie et la France ne doivent pas (se concerter », mais seulement «se prévenir mutuellement de leurs intentions ». Ceci a été soi-disant dit par vous dans une forme bien précise.

Cette déclaration a beaucoup ému M. Poincaré, qui a relu très attentivement tous les documents se rapportant aux conventions franco-russes et aux accords politiques ; 1l vient de conclure qu’en raison de ces conventions la France et la Russie devaient, notamment dans certaines conditions susceptibles de menacer la cause de la paix, se concerter, et non seulement se prévenir mutuellement de leurs intentions.

Bien entendu, j'ai fait tous mes efforts pour le tranquilliser, et, quoique je ne sache rien de la conversation à laquelle il a fait allusion, j'ai cru pouvoir lui assurer que vous n'aviez pu avoir en vue d'établir une différence formelle entre les termes : se concerter et se prévenir, mais que vous aviez probablement employé dans la conversation une expression pour une autre...

Il me semble que j'ai réussi à le calmer complètement, mais convenez que cet incident sort du commun.

Quelle page lumineuse ! Nous saisissons là sur le vif le procédé familier du mystihcateur satanique. Il prête à Georges Louis une erreur de transmission à l'instant où lui-même fait un faux pour mieux duper M. Poincaré, et, par cette duperie le séduire, à sa remorque. Sazonoff, qui est de connivence tacite, se laissant convaincre, adopte une version très grave. Car elle modifie radicalement le

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rôle du Gouvernement russe. Georges Louis mettait Paris au courant, sans fard ni apprêt. [svolsky triche pour subjuguer l'esprit de M. Poincaré et le prendre par son faible. Il le rassure d’abord et lu: persuadera bientôt que dans ses lettres Georges Louis ne donne pas la note juste, reste au-dessous du ton, frahit plus ou moins. Peu à peu la colère de M. Poincaré contre Sazonof tombe : elle s’en prendra au seul Georges Louis, qu'Isvolsky achève de démolir, à la facon de l’infâme lago, quand il calomnie

Cassio et perd Desdemona dans l’âme d'Othello. Ingé-

rence abominable, mais qui fait sûrement son chemin et inféode la politique française aux lubies d'Isvolsky ! Personne ne contestera la lucidité de Georges Louis, quand il gravait dans ses dépêches le nom du Vrai coupable sur l'intrigue. Dans les deux dernières semaines d'avril et la première de mai, Isvolsky, selon sa promesse à Sazonoff, s employa sans trêve ni relâche à mettre sa griffe sur M. Poincaré. L'ayant trituré, enveloppé dans le réseau de ses médisances et de ses flagorneries, il le rendit malléable au delà même de ses prévisions. Il ne s'arrêta plus avant de l'avoir entièrement dompté et conquis. Relisons les Carnets de Georges Louis. Ils reproduisent

quelques opinions bien caractéristiques de À. Nicolson sur ce ténébreux Isvolsky :

23 octobre 1909

Isvolsky ne dit jamais une chose tout à fait fausse. Seule exception connue, son affirmation actuelle que la démarche faite par l'ambassadeur d'Allemagne auprès de lui dans l'affaire de Serbie au printemps dernier n’a pas eu de caractère com minatoire. Mais il ne peut jamais s'ouvrir complètement : il cache toujours quelque chose de la vérité. Quand, en parlant, 1l commence à tourner son lorgnon dans le coin de son œil, Je

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- < “ À …1 Re 1° | <>. * 7°, ’°] vois tout de suite qu 1 craint à en avoir trop dit et qui ne parlera plus.

29 octobre 1909

Il faut tout de même garder Isvolsky. Nous savons ce que nous avons et 1l est bien à nous. Nous ignorons ce que nous aurions. Gorémykine serait allemand.

Après ses accords avec le Japon, puis avec l'Angleterre, Isvolsky avait compté s'associer à l'Allemagne et à l'Autriche dans les Balkans. S'il vait réussi, tout son plan d'accordsétait réalisé. |

Repoussé par l'Allemagne et l Autriche, il a bien fallu qu il se jette dans nos bras. |

Passé dans nos rangs, Isvolsky avait jeté son dévolu sur M. Poincaré. Il ne lui échappait pas que la terreur pathologique de ce Président impressionnable était que l'opinion française le sous-estimât, comme gérant de l'Alliance franco-russe. Il disposait de quelques journaux russes sans tirage, mais dont la reproduction ingénieuse par les agences françaises, égarant notre presse, retentissait durement aux oreilles de M. Poincaré : épouvanté par ces arguments incontrôlables, 1l cédait toujours à leur menace,

Au cours des complications balkaniques, 1l fit à Vienne une communication plus que désobligeante, dont il regretta lui-même l'inconvenance. Comme je le questionnais sur cette intervention totalement dénuée d'intérêt pour nous et très risquée, 11 mé dit avec une sorte d'effroi : « Isvolsky en a fait une question d'alliance avec la Russie : j'ai dû m'exécuter. » Chaque fois qu Isvolsky éprouvait le besoin urgent de stimuler le zèle de notre gouvernement, il recourait aux grands moyens avec un aplomb égal à son charlatanisme.

Dans ses lettres à Sazonoff, les effusions de sa politique

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