‹ Georges LouisChapitre 42 sur 145 · TE WC MERS AN · texte numérisé non relu

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jouissent encore les coupables pris sur le fait nous stupéfñe. Quand la diplomatie secrète, dont on nous a promis la fin,

a-t-elle commis plus de crimes? Ribot partageait l'avis … S. Pichon, et toute une pléiade d'ambassadeurs, gardienne du dépôt de nos traditions, se lamentait de n'être ni écoutée n1 comprise : ce fut la crainte religieuse d'amoindrir l'Alliance russe qui sauva Isvolsky et par ricochet M. Poincaré. Mais plus 1l s'exténuait à nier la gravité de l'incident Louis-Isvolsky, plus il s ‘attirait d'avertissements et de lecons. La voix de Jaurès gronda impitoyablement :

Il est imprudent d'essayer de nous persuader quil ny a rien eu ou presque rien.

La vérité, c’est que la Russie a sa politique, qu'elle la poursuit sans même nous consulter, que, dans ses combinaisons avec l Autriche au sujet de l'Herzégovine, elle ne nous a pas informés, que, dans ses combinaisons avec l'Allemagne à Potsdam, elle né nous a pas dit un mot, et que, dans ses combinaisons avec l'Italie au sujet de la Turquie et des Dardanelles, elle

a fait un grief à notre Ambassadeur à Pétersbourg de ne pas

suivre aveuglément ses impulsions.

La force de la France est dans une politique de loyauté, de clarté, de désintéressement et de paix. La sobriété des commentaires dont elle a entouré l'incident de l'Ambassade française à Saint-Pétersbourg aurait dû servir d'exemple aux patrons de M. Isvolsky et leur suggérer un plaidoyer plus discret.

M. Poincaré a l'oreille fine et un long usage des couloirs parlementaires. Il était l'âme du patronat que Jaurès mettait à l'index, bien plus encore que l’orateur socialiste ne le soupçonnait. Le discrédit pesait lourdement sur lui : quelle séance tumultueuse et quelle crise peut-être si l'article comminatoire de | Humanité avait été repris à la

Chambre ! Elle n'aurait plus reconnu la figure de l’AIlance franco-russe dans ces hérésies. Il eût suffi d’une interview consentie par Georges Louis à l’un des nombreux journalistes assoiffés de publicité qui frappaient à sa porte. |

Son âme froissée et ulcérée dévora le mal héroïquement: mais son patron tremblait qu'il ne se ravisât. I] ne songea plus qu à hiquider l'incident, à le clore en apparence par la rémtégration de l'Ambassadeur. En le reléguant à Saint-Pétershbourg, il le séquestrait moralement et lui fermait la bouche avec le secret professionnel. Le 8 mai, Paléologue avait exalté son patriotisme pour qu’il démissionnât : moins de huit jours après, M. Poincaré le couvrit de fleurs pour qu il prît le chemin de la gare du Nord et ‘reJoignit son poste à toute vapeur. Georges Louis demeurait impassible. Îl avait le beau rôle. Mais tant de couardise lui levait le cœur. Il daigna libeller un quitus miséricordieux pour que M. Poincaré dormit tranquille. Sans être le Christ, 1l pardonna l'injure et en amnistia les auteurs par amour de son pays :

Le Président du Conseil, dit-il avec un sourire ironique au reporter de l'Echo de Paris, m'a reçu de la façon la plus charmante.

J'étais venu l'entretenir, comme j'avais l'habitude de le faire tous les trois mois, des questions politiques à l’ordre du jour, et Je vous annonce avec plaisir que je reprends le train mercredi pour Pétersbourg.

Les augures respirèrent et se frottèrent les mains. Enregistrant la déclaration lénitive de Georges Louis, la feuille ultra-ministérielle souligna le maintien à Saint- Pétersbourg par une réflexion adorable : « On s’en félicite en haut lieu.» En veine de générosité, Georges Louis

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