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faire face la somme de trois mille francs allouée trimestriellement à votre poste sur fonds spéciaux.

P. O. Le Ministre plénipotentiaire, Chef du Cabinet,

signé : W. MARTIN.

M. Poincaré était depuis cinq mois ministre des Affaires Étrangères : ‘tout d'un coup, au milieu de ses multiples occupations, 1l s échauffe pour une vétille imperceptible. [Il avait eu plusieurs fois l’occasion de s'entretenir avec Georges Louis dans son cabinet : il eût été facile de s enquérir oralement sans recourir à la solennité du télégraphe. Ce souci subit, ce besoin de s inquiéter pour la ne tenuiigiée des cités publiques à propos d'une somme de trois mille francs, ce record de diligence admi- Hetrabiee -daitil “be mo OI Lorsque tant de sujets plus sérieux, en litige et en suspens, Invitaient le thielre à iroriner auprès de son ambassadeur, le procédé direct et désobligeant n'était motivé par rien. Sans doute M. Poincaré tenait à donner une lecon au subordonné pour l'inviter à parler un peu moins de choses personnelles qui embarrassaient le gouvernement. Ce rappel d'une sécheresse incivile méritait la réponse qui ne . dut pas apprendre grand chose au chef du Département. S 1l avait cru prendre l'ambassadeur en défaut, il en fut pour ses frais :

Confidentiel. Saint-Pétersbourg, 12 juin 1912

Par une lettre qui m'a été adressée sous la date du 5 juin et le timbre du Cabinet du Ministre, Votre Excellence a bien voulu me demander de lui faire connaître, à titre confidentiel, à quelles dépenses doit faire face la somme de trois mille francs

allouée trimestriellement à mon poste sur des fonds spéciaux.

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Cette allocation a été accordée pour dépenses de presse et des renseignements secrets.

Indirectement M. Poincaré, pâle imitateur des brimades napoléoniennes, avait voulu humilier la fierté de Georges Louis. Celui-ci, sans manquer aux règles de la déférence hiérarchique, lui rendit la pareille point pour point. La veille du jour où 1l s'expliquait sur l'emploi des trois mille francs, 1l renouvela une remarque déjà formulée dans plusieurs de ses lettres précédentes sur les inconvénients très graves des chiffres, que le ministère s’obstinait à ne pas changer, qui étaient lus à livre ouvert par tous les traducteurs de la Triple-Alliance :

En chiffres. Saint-Pétersbourg, 11 juin 1912 Très confidentiel, n° 2.

J'apprends d'une source allemande que tous les chiffres de l'Ambassade d'Allemagne à Saint-Pétersbourg, même les plus confidentiels, sont changés tous les trois mois.

D'autre part un ami russe au courant des questions de chiffres m'a dit : (On est maintenant plus habile et beaucoup plus prudent à Berlin. » Et 1l a insisté de manière à me faire comprendre qu il voulait dire surtout : « Beaucoup plus prudent qu à Paris. »

On craint ici que la plupart de nos télégrammes ne soient déchiffrés à Vienne et probablement à Berlin aussi aisément qu'à Saint-Pétersbourg.

Cette leçon payait largement l’autre et au delà. Trois mille francs de fonds secrets bien employés ou gaspillés,

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