‹ Georges LouisChapitre 54 sur 145 · PA PRE GA · texte numérisé non relu

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tuelle et votre absolue loyauté.

Avez-vous jamais eu à vous plaindre de l'attitude et des sentiments de l'Ambassadeur français actuel? C’est qu'on dit à Paris que vous souhaiteriez un autre Ambassadeur. Estce vrai? Je soupçonne quelque intrigue comme il y en a dans tous les pays.

On a reproché à M. Bompard de voir trop de monde dans tous les partis. Aujourd'hui on me reproche de n’en pas voir assez. C'est vraiment trop d'ingérence dans l'exercice de nos fonctions. Cela ne regarde que notre Gouvernement. Il y a de la mauvaise humeur du côté russe, Vous en avez surpris l'expression en ce qui vous concerne. M. Isvolsky l'a marquée en ce qui me concerne. Cela prouve simplement que l’on n’a trouvé n1 chez vous n1 chez moi les consentants que l’on souhaïtait pour des projets qui étaient en contradiction avec les intérêts français.

On a dit à Isvolsky : « Mais vous n'obtenez rien de Poincaré. » Isvolsky a répondu : « C’est la faute à Louis. »

Une chose est certaine : ce n’est pas le Gouvernement russe, c'est-à-dire le Conseil des Ministres qui a demandé mon changement. Îl n'a pas même été averti de la démarche.

Ce n'est pas non plus M. Sazonoff. C'est M. Isvolsky. Mais il est possible qu'il ait fortement insisté pour y être autorisé.

Il ne me‘pardonne pas de m'être montré défavorable à ses projets sur Constantinople dès le début.

Vous vous rappelez comment est née l'affaire du 14 février. En réalité c’est lui qui a soulevé la question dans sa lettre du

4 novembre, en demandant au Gouvernement français de |

reconnaitre à la Russie toute liberté d'action et la régie des Détroits.

Îl'est venu m'en parler en novembre et en décembre, lors- “ % ‘ x à > FERA è qu on m a retenu à Paris près de M. de Selves, et je lui ai dit

que le Gouvernement français ne pouvait pas adhérer à la for-

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mule russe sans explication. Il m’a répondu : « Mais c’est à une formule analogue que vous avez adhéré pour la Tripolitaine. » Je lui ai réphiqué que ce n’était pas la formule de nos accords a vec l'Italie, et que d’ailleurs une telle formule dans un accord a vec la Russie, pays allié, avait une tout autre portée.

Îl a fait alors reprendre la question par Sazonoff, et, comme il s est rendu compte que Je n appuyais pas ses idées auprès de vous, il a estimé que j'étais l'obstacle. Et c’est pour cela quil a demandé mon changement.

Ce qu il a dit à son Gouvernement, vous vous en êtes rendu compte par les conversations de M. Sazonoff avec Melegari. C'est vous qu'il attaque en même temps que moi.

Ce faisceau de lettres impressionnantes, si probantes, faisait Jaillir partout la vérité. M. Poincaré en fut inondé. Mais, loin de se rallier, 1l ne donna même pas signe de vie, n'osant pas discuter, et se butant par hostilité têtue. Cet épistolier d'une fécondité sans bornes, qui relève les observations les plus insignifiantes d’un inconnu avec une verve prodigieuse, ne trouva rien à dire, à louer ou à blâmer dans les rapports de Georges Louis. Enregistrons ce silence. [l paraîtra d'autant plus singulier que, le 5 juin 1912, il y renonce, pour poser à l'Ambassadeur une question misérable sur un détail minuscule de sa gestion :

Confidentiel.

Cabinet du Ministre

M. Poincaré, Président du. Conseil, Ministre des Affaires Etrangères, à M. G. Louis, Ambassadeur de France à Saint- Pétersboursg.

Paris, le 5 juin 1912

Je vous serai obligé de vouloir bien me faire connaître, sous le présent timbre et à titre confidentiel, à quelles dépenses doit

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