‹ Georges LouisChapitre 6 sur 145 · RARE · texte numérisé non relu

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son confident, de rectifier en temps et lieu les inventions outrageusement accumulées autour de ses actes, de ses démêlés et de sa défaite. Je ne négligerai rien pour le satisfaire et rendre à ses mânes irrités l'hommage qui leur convient.

Sa pensée et son œuvre à peine effleurées dans des aperçus trop superñciels ou travesties par des imposteurs, seront enfin jugées dans leur esprit. Elles vont l'être d'après lui-même, sur des pièces probantes, émanant de sa plume, tirées d'une mine prodigieuse de manuscrits inédits. Pour la première fois 1l y sera dépeint tel qu'il fut, et non déformé par des insinuations obliques ou des compliments équivoques, plus injurieux que le dénigrement direct.

Ainsi restituée, sa silhouette originale se dessine bien différente des portraits que la félonie et la platitude des

apologistes du pouvoir ont camouflés à l'envi. Leurs

inepties égalent les extravagances du P. Loriquet, étayant les supercheries construites avec art par les ennemis de Georges Louis. Ils n ‘eurent pas la crânerie de le calomnier en face : ce qui est pire pour sa cor rection et sa droiture, 1l a été tantôt loué à rebours, tantôt plaint, pour des infirmités imaginaires. Îl serait déplorable qu'1l passât à la postérité avec le cortège de bavardages niais et de tartuferies élogieuses dont ses détracteurs l'ont affublé. Ayant écarté ses avertissements prophétiques, ils déguisent pitoyablement le motif de leur mésentente et noiïent ses protestations dans un silence odieux. I] plane autour d'elles une ambiguïté qui charme la coterie des

fantoches obséquieux : disposant de la presse, ils s’assu-

rent contre les vivants, et à plus forte raison contre un cadavre enterré solennellement, de peur qu'il ne revienne. Leur habitude de plomber lés pauvres dupes est telle que les contes fantastiques qui alimentent leur prestige

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sont pour eux intangibles, au-dessus des lois divines et humaines.

Cependant la caste des politiciens profiteurs de guerre s affole à la moindre annonce des confrontations qui sont dans l'air. [ls redoutent de discuter avec des témoins disparus, susceptibles d'être leurs juges. À ce titre, la résurrection de Georges Louis rentrant en scène avec ses informations d'outre-tombe, avec sa dialectique péremptoire, déconcerte les fabricants de légendes rétrospectives. Elle dérangera les fossoyeurs. Ils cultivaient autour de sa mémoire l'imprécision commode des diversions conventionnelles. [ls poussent même l’étourderie jusqu’à forger entre lui et ses diffamateurs je ne sais quelle mensongère communauté de vues pour endormir la méfiance. Par bonheur, ses écrits, qu'il n’est permis à personne d'altérer ou de raturer, réservent des surprises aux Dangeaux d'antichambrés ministérielles. Scripta manent : ils mettront bon ordre aux quiproquos les plus ingénieux.

Nous nous adressons au sûr instinct national. Il reyette et Vomira la littérature de commande, fallacieuse et puérile, sous le poids de laquelle il fléchissait. Des reliques exhumées religieusement une source fraîche jarlhra : qui s y désaltère n'a plus de peine à se ressaisir. Nous tracerons, sans craïnte d’être contredits, les traits essentiels de l'époque néfaste où nous nous sommes débattus dans l'eau trouble des communiqués et le fatras de la censure. Nous ferons revivre tout un quart de siècle pétri de crimes ignorés : nous arracherons les déguisements effrontément jetés sur la belle et haute physionomie d'un champion méconnu des traditions françaises.

Georges Louis, par la possession intégrale de son méher, a relevé l'éclat des postes variés qu'il occupa succes- D® ? a = sivement. Chargé d'abord de la législation étrangère au

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ministère de la Justice, il y fut distingué par M. Horace de Choiseul, qui le mit à la tête de son cabinet au ministère des Affaires Etrangères. Bientôt consul général, il fit un chemin rapide à la section des consulats, sauf un intermède en Egypte où il fut commissaire de la Dette. Revenu au Quai d'Orsay, Delcassé l’éleva d'emblée au sommet, pour remplacer M. Cogordan mort en fonction comme directeur politique. Il déploya de telles qualités que Pichon et Clémenceau lui proposèrent l'ambassade de Russie, après une expérience défectueuse de grands seigneurs ou militaires braves et patriotes, mais dépourvus de connaissances historiques, économiques, financières et politiques.

Avant l'Alliance, Paris vivait sur la conviction simpliste que pour réussir à Saint-Pétersbourg les guerriers diplomates étaient fétiches et sacrés. Leur prédestination passait pour un dogme. Les témoignages réels d'estime et de bonté accordés aux généraux Fleury, Le Flo et Chanzy par l'Empereur Alexandre Il sanctifièrent une sorte de règle dont la routine républicaine ne songeait pas à se départir. Îl y eut peut-être au début une part de justesse dans ce singulier axiome, lorsque l'union des deux pays tenait au hasard quasi providentiel d’une rencontre aimable avec le Tzar, à des entretiens intermittents que le goût personnel du souverain rendait propices à notre sécurité, rien qu en les prolongeant. Plus tard le besoin d'approfondir dans l'intérêt commun d’innombrables affaires, révéla la pauvreté d’un système réduit au décorum des étoiles et les plumes blanches. A l'usage les amiraux échouèrent comme les généraux : leurs

négligences ou leurs impairs dictèrent l'abandon d’un

recrutement exclusif. D'autre part M. de Montebello et M. Bompard avaient été rappelés pour des dissentiments de politique intérieure.

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Dans l’indigence et le désarroi de cette transition déhcate, la candidature de Georges Louis s offrit comme une trouvaille opportune, répondant à tous les desiderata. En rompant avec une formule démodée, on imtroduisit à sa place l’homme désigné par ses dons, qualifié pour remettre à son rang la politique française vis-à-vis de la Russie. Clémenceau, délivré de ses hésitations, de ses perplexités, remércia chaleureusement avec une bonne grâce inaccoutumée le nouveau titulaire d'accepter sa mission et un prompt départ pour la capitale russe.

Il paraîtra curieux que Choiseul, Delcassé, Pichon, Clémenceau aient patronné avec le même empressement un homme qui, surtout à l'égard de deux d'entre eux, était certainement sans aucune affinité intellectuelle et morale, de nature antinomique et presque sur toutes choses en opposition directe. Passe encore pour Choiseul et Pichon, dont le premier devait à l'éducation, le second à ses voyages d'Amérique et d'Asie, le sens de l'information rationnelle, du tact et de la mesure.Siles conceptions et les tendances d’un Delcassé ou d’un Clémenceau sont aux antipodes de Georges Louis, leur prédilection symptomatique pour son concours n'en est que plus remarquable, comme un aveu de leur insuffisance et du besoin d’annexer un tel auxiliaire. Lui complétait, tempérait ou corrigeait à propos ces manœuvriers parlementaires, ardents à se lancer dans la voie des réalisations brusquées, dans l'inconnu.

Eux du moins eurent assez de flair pour chercher le

ra ÉArRS Ses contre-poids d’une collaboration impeccable. Nul n était plus désigné pour parer aux imprudences où modérer les entraînements qui séduisent les néophytes et les primaires. À moins de démence, les vrais politiques aiment: à mettre dans l'instabilité, leur éternelle faiblesse, une

garantie latérale de stabilité : ils se guident par ce quid

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