‹ Georges LouisChapitre 60 sur 145 · ET ESS SE LES · texte numérisé non relu

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suggestion : elle était dictée par le besoin inné de faire concorder tous les moyêns dont un gouvernement dispose au but le plus élevé. M. Poincaré refusa cette publicité à l'homme qu'il subissait avec une colère croissante et dont les bons services lui étaient odieux. Il avait encore moins écouté le bon avis que Georges Louis lui transmit au commencement de juin sur la situation ébranlée d'Isvolsky. Appartenant corps et âme à l’ambassadeur russe, 1] tint comme non avenues les indications opportunes de l'ambassadeur français !

En chiffres très confidentiels, n° 2.

Saint-Pétersbourg, 6 juin 1912

Je tiens d'une source russe absolument sûre que M. Isvolsky était très abattu il y a quinze jours, au point de considérer sa mission à Paris comme définitivement compromise. Îl dit aujourd hui qu'il reprend pied et qu'il est assuré de se maintenir. |

Votre Excellence appréciera s’il n’y aurait pas avantage à laisser subsister des doutes à cet égard.

Consolider trop vite M. Isvolsky à Paris, ce serait lui rendre ce qu'il a perdu de crédit à Saint-Pétersboursg, et risquer d’interrompre le revirement qui se produit actuellement en faveur d'une politique plus conforme à la nôtre.

se o ® o 9 L'incompréhension des deux hommes vis-à-vis l’un ? ? . . o° 3 | A de l’autre ne s’est Jamais marquée jusqu 1c1 plus crûment,

M. Poincaré était battu par la précision de faits incontestables. Notre politique, celle que lui-même avait préconisée,

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se dressait . lui. Mais, pour ne pas la trahir, 1l fallait s éloigner d'Isvolsky. Cela lui était impossible. Il l'avait dans la peau. Il repoussa du pied cette planche de salut. L'entêtement, plus que la volonté, le singularise. l'ourner le dos aux faits est dans sa manière. Là 1l s'est afhché sans retour par son choix entre les deux routes que lui montraient d’une part Georges Louis et de l’autre [svolsky, celle du bien ou du mal, de la guerre ou de la paix. L'enchanteur russe avec ses sophismes et ses brillantes promesses l'enjôla sans retour. Jamais plus M. Pomcaré ne revint en arrière. En vain Georges Louis prodigua son activité, obtint des résultats hors de pair pour la cause française, récolta des suffrages honnêtes à foison, multiplia les preuves de la machination de ses ennemis, de leur forfaiture et de leur crétinisme : non seulement M. Poincaré continuait à être avare de toute approbation écrite, mais aux lettres pressantes qu'il lisait avec irritaer ‘opposait que le mutisme. Pour le mettre dans l'impossibilité de persister dans cette maussaderie, Georges Louis lui dédia un plaidoyer définitif où s'alignaient les arguments les plus capables d'interdire la moindre dénégation : è

Saint-Pétersbourg, 4 juillet 1912

Par télégramme du 26 juin, Votre Excellence m a invité à entretenir l'Empereur, au cours de l'audience qui allait m être donnée par lui, des griefs qu'ont dirigés contre moi MM. Sazonofi et [svolsky. Ainsi que Je vous l'ai télégraphié le 27 ; Juin, Sa Majesté, dès que Jai abordé cette question, m a répondu qu ‘aucun grief n avait été dirigé contre moi avec son autorisation.

Déjà, le 11 mai dernier, lorsque, averti de la démarche faite auprès de vous, j'avais demandé au Président du Conseil s'il

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était vrai que le Gouvernement russe eût prescrit de faire savoir à Paris qu 1l souhaitait un autre Ambassadeur, M. Kokovtzoff m'avait répondu : (Si l'on a dit cela, on a menti.» J'ai fait connaître hier au Président du Conseil ce que |’ Empereur m ‘avait dit. (« Vous savez, m'a répondu M. Kokovtzoff, que je n avais aucun doute. »

Quant : à M. Sazonoff, j ai appris par un de ses collègues qu'avant mon retour de Paris il ne cessait de répéter qu'il avait été mis par M. Isvolsky dans la position la plus fausse vis-à-vis de moi, et qu 1l ne savait comment se tirer de ce mauvais pas. Son embarras a été à ce point très marqué quand, en rentrant à Samt-Pétersbourg, je l'ai interrogé au sujet de cet incident.

Îl n'a reconnu ni nié expressément qu'il eût autorisé la démarche de M. Isvolsky. [Il s'est défendu d'avoir dit tout ce qu on lui attribuait, mais 1l a ajouté qu 1l s'était plant de moi, «sans d'ailleurs vouloir dire à qui », et il s’est en même temps répandu en plaintes très vives contre le Gouvernement français et contre notre presse, en prétendant qu il était continuellement attaqué à Paris. Après lui avoir répondu en ce qui concernait le Gouvernement et la presse, je lui ai demandé quelles raisons 1l avait de m'attribuer de la malveillance à son égard. Il n'a trouvé à invoquer qu'un télégramme de moi à Votre Excellence du 16 avril dernier, dont il n’a pu, à ce quil semble, avoir connaissance que par son service de déchiffrement, et qui au surplus, contrairement à ce qu'il avait cru, ne le visait pas personnellement.

De tout ce qui précède il résulte clairement :

1° Que l'Empereur n'a pas autorisé la démarche de M. Is. volsky ;

29 Que, d'après le Président du Conseil, dire que le Gouvernement russe a demandé mon remplacement est un mensonge :

3° Que M. Sazonoff n’a cru pouvoir ni désavouer formel.

lement M. Isvolsky, ni prendre la responsabilité du langage

tenu par ce dernier.

J'avais tout d'abord pensé que M. Isvolsky, mécontent de m avoir trouvé cet hiver opposé à ses vues, avait seul agi contre moi. Mais, dans les salons de Pétersbourg en contact avec la Cour, on affirme qu une autre personnalité a joué dans cet incident un rôle très important.

Voici ce qu on raconte. La Grande Duchesse Maria Pavlovna, née duchesse de Mecklembourg, que l’on appelle la Grande Duchesse Wladimir, s'était mis en tête de faire nommer ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg le marquis de Breteuil. Elle décida M. Isvolsky à y travailler avec elle. L'un et l'autre commencèrent contre moi une active campagne de dénigrement, dont le premier acte, dit-on à Saint-Pétersbourg, aurait été une longue conversation de la Duchesse avec M. Paléologue, qu elle fit inviter à diner avec elle dans une maison russe à Boulogne-sur-Seine. Elle se flatta, le terrain étant ainsi préparé, que vous soyez amené à écouter favorablement M. Isvolsky, et elle vous dépêcha l'Ambassadeur, qui aurait alors insisté auprès de vous en vous laissant croire qu'il agissait sur l’ordre de son Gouvernement.

Quelques personnes ont demandé : comment M. Isvolsky

a-t-1l eu l'imprudence d'agir sans autorisation de Pétersboursg ? :

On a répondu : M. Isvolsky est un homme fort intelligent qui fait de continuelles erreurs par vanité. Il est incapable de résister à une sollicitation de la Grande Duchesse.

Ainsi s expliquent les réponses que m'ont faites l'Empereur et son Premier Ministre, de même que l'attitude embarrassée de M. Sazonoff.

Dans cette péroraison, Georges Louis abattait toutes ses cartes. Îl était visiblement hors de lui, près de perdre le respect que ne méritaient guère des choses et des hom-

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