‹ Georges LouisChapitre 67 sur 145 · MISERERE ASTRE GIE · texte numérisé non relu

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nière est souvent écoutée. Lorsque l’année dernière M. Stolypine exprima le désir de se retirer à la suite de son conflit avec le Conseil de l'Empire, ce fut l'Impératrice mère qui décida l'Empereur à retenir le Président du Conseil et celui-ci à rester. Le bruit en courut immédiatement. J'en ai eu un peu plus tard la certitude, un hasard m'ayant fait connaître les termes mêmes du télégramme que l’Impératrice adressa à sa sœur. la Reine douairière d Angleterre, pour lui annoncer le succès de son intervention. |

Tout récemment, j'ai su d'une source non moins sûre qu’une autre décision de l'Empereur sur une affaire dont on a beaucoup parlé avait été également provoquée par l’'Impératrice Marie pendant son dernier séjour en Angleterre. Ces informations précises sont restées ignorées dans le monde.

Les salons ne s'occupent en réalité que d'eux-mêmes. Ils sont souvent mêlés à la vie intime de la Famille impériale, les plus importants étant ceux des dignitaires de la grande et des petites Cours ou des personnes qui leur sont étroitement apparentées : mais c est à ce point de vue seulement que la chronique mondaine a parfois quelque intérêt. L'Empereur étant très jaloux de son autorité et les membres de la Famille impériale n'ayant pas d'influence politique, leur entourage n’en peut prendre, et le plus souvent il se désintéresse d’événements sur lesquels il ne peut exercer aucune action.

Cette prose barbelée chatouilla désagréablement M. Poincaré. Mais son siège était fait et son parti de débarquer Georges Louis immuable, Il s’abstint désormais de jouter plus longtemps avec un logicien qu'il n arrivait pas à terrasser. [Il se réjouissait in petto de l'acculer sur un terrain miné d'avance et machiné avec art. Les jours de l'ambassadeur étaient comptés. Plus s’affir-

mait sa maîtrise, plus son prestige gagnait dans les hautes sphères russes, et moins il s'adaptait au Paris de M Poincaré, qui s'offusquait de toute renommée importune à sa vanité. Tel l’Athénien bannissant Aristide, par ennui de l'entendre appeler Juste. Il ne souffrait de partager avec

personne la direction de la politique extérieure. Ce besoin

de rapporter tout à lui est bien antérieur à ses différends avec Louis. Sur cette passion jalouse, égoïste et tracassière, nous cueillerons dans les Carnets une poignée des souvenirs de Gérard, qui fut un de nos meilleurs agents en Extrême-Ofrient :

Poincaré est arrivé au ministère en janvier 1912 avec l'inten-

tion de remplacer la majorité des ambassadeurs.

La lecture de la correspondance relative à l'affaire d'Agadir lui avait laissé l'impression que, dans cette négociation, les deux frères Cambon s'étaient montrés l’un et l’autre très mous, prêts à tout abandonner, et par conséquent très inférieurs à leurs tâches.

Îl n'avait pas caché à Gérard, en causant avec lui des vacances qui pouvaient se produire dans les ambassades, qu il songeait à remplacer Paul et Jules Cambon. Je suis persuadé, ajoutait Gérard, qu'il a été très près de le faire, et que si, l'année suivante, Delcassé avait désiré Londres au lieu de Sant-Pétersbourg, Poincaré n'aurait pas hésité à mettre immédiatement Paul Cambon à la retraite, Mais Delcassé a préféré Pétersbourg, où il se croyait appelé à jouer un plus grand rôle.

Lorsqu'à la fin d'avril 1912 Brisson mourut, Deschanel était à Bucarest. Ses amis lui télégraphièrent de revenir. À peine était-1l de retour que Poincaré le fit appeler, et, comme il eût préféré voir arriver Delcassé à la Présidence de la Chambre plutôt que Deschanel, il offrit à ce dernier l'ambassade de Pétersbourg ou celle de Vienne à son choix. Mais Deschanel

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comprit que, si on voulait l'éloigner, c'est que son élection r + À e ÿ à

était sûre. Et 1l resta. Delcassé ne fut pas un candidat dangereux parce qu 1l ne sut pas se décider à donner sa démission du Ministère de la Marine en temps utile. On crut que sa candidature n était pas sérieuse.

Cette cuisime mixte, fléau de | Administration et du ]

Parlement, ce chassé-croisé de rivaux indésirables ou de-

talents réfractaires était pour le futur inventeur des décretslois un expédient sans pareil. Par tempérament, 1l affectionne les lait pouvoirs et ne trouve qu ‘én eux sa tranquillité. En 1912, où son ambition voguait à pleines voiles,

rien ne coûtait à ses longs espoirs et à ses vastes pensées pour stabiliser son gouvernement. Ayant quitté le Palais sans idée de retour, hquidé les affaires de son cabinet et dispersé ses nombreux secrétaires, puis reçu des mains de Clémenceau qui venait de renverser Caillaux la succession du Président d'Agadir, 1l dessina les contours d’une politique diamétralement opposée à celle de son prédécesseur. Avec une santé qui doublait sa résistance au travail,

avec une mémoire où les faits, les chiffres, les textes, tout s imprime et s incruste dans l'ordre oratoire, il s’acheminait à régner seul. Î] se faisait fort de remplacer par une équipe de serviteurs médiocres, mais obéissant au doigt et à l'œil, les collaborations trop éminentes, dont :1l abhorre le contact, dont le passé glorieux lui est intolérable. De là ce rêve délicieusement caressé, le renvoi des deux Cambon à leurs chères études. Parmi beaucoup d'autres, le même motif lui rendit Georges Louis d’emblée personna ingrata. Et pourtant 1l avait d’abord reculé devant ses mérites qui lui en imposaient. Paléologue, exprimant son affection à celui qu il allait bientôt trahir,

ne lui écrivait-il pas le 2 mars 19129 « I] vous plaira peut-

être de savoir qu à la suite de votre entretien d’avant-hier,

| | | | | on a résumé ainsi son impression : « Ah ! Celui-là, c’est | autre chose | »

| Deux mois après c'était encore bien autre chose ! La | rapidité de M. Poincaré à changer son fusil d'épaule | mesure l'intérêt qu'il peut avoir à se déjuger. On conçoit la profondeur de sa haine, après qu'il se fut découvert, | en frappant à côté dans le vide. Georges Louis, répondant | à un ami fidèle le 2 juin 1912, n'exagérait rien : Oui, cette misérable intrigue, comme vous dites, a été heureu- | sement bien jugée par Kokovtzoff, et je vois que vous en | avez comme lui deviné les auteurs. ÂAssurément, elle a | mal tourné pour eux, maïs peut-être pas encore assez mal. » :

| Pas assez mal ! Combien ce tristé pressentiment allait être justifié, et que de noirs présages ! Sous les pieds de | Georges Louis, le sol tremblait à chaque échange de | correspondance pour le service. Si l'étreinte ennemie se À relâchait, le fiel coulait à Hots dans la plaie mal cicatrisée. } Parmi les avanies que multipliaient d'ingénieuses inimi- ! tés, une fut particulièrement vexatoire, parce que la ‘4 famille de l'ambassadeur Y était mêlée à dessein, sans | doute pour éprouver ses nerfs, l'agacer et le jeter hors des .. gonds, lui enlever cette imperturbable longanimité sur laquelle s'émoussaient les traits imbelles de M. Poincaré. 1 Un jour, alors que l'incendie, couvant sous les cendres, ï semblait éteint, le Temps inséra aux faits divers le contenu d'une lettre de MM Louis, sans y être autorisé, Elle avait À été soi-disant perdue dans un auto-tax1, puis trouvée par | une dame Pascal, que le jury de la Seine acquitta vers la , même époque. Elle l'avait remise à son avocat qui, sous … prétexte de discrétion, admit qu elle fût livrée à tous les vents de la publicité. Comment cette lettre parvint-elle au l'emps? Après quel mystérieux tripatouillage un résumé

équivalent à la publication intégrale fut-il reproduit ?

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