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un moment sur la politique de Georges Louis. Les cha-
pitres précédents en donnent une idée fragmentaire, et
le complot de ceux qu’elle génait pour la détruire témoigne suffisamment de son importance. Elle mérite d être exposée en elle-même, dans son principe et ses développements. N'est-elle pas d’ailleurs le personnage principal de la tragédie? N'est-ce pas pour l'abolir à tout jamais qu'elle a été poussée jusqu’au cinquième acte, à un dénouement par l'assassinat, où le dernier mot a été le fait
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Les documents déjà cités ne laissent aucune obscurité sur les motifs réels du confit. La galerie n'en a vu que les apparences. Si elle s’est figurée que la santé ou la sociabité de l'ambassadeur avaient aigri le différend, c’est qu elle est le jouet d’une mise en scène : son habileté a sufh pourtant aux chroniqueurs distraits ou patentés pour éluder le fond du débat et en supprimer le retentissement public. La politique de Georges Louis n’en reste pas moins bien vivante : lui seul en est mort.
Tant qu'il resta le fonctionnaire de M. Poincaré, ses
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avis furent non avenus, ou relégués aux oubliettes : quand il cessa de l'être, il dut prêter le serment réglementaire qui le bâillonnait. Il renonça par écrit à se servir d'aucune de ses lettres sans l'autorisation du Gouvernement qui l'avait démissionné. On le mura vivant dans une chambre noire où sa correspondance fut enfouie. Les foules l’ignorèrent. Ce fut pour lui le supplice de l'asphyxie, prélude de la mort lente, qui use les tempéraments les meilleurs et brise surtout les âmes supérieures.
Il plut à M. Poincaré d'enterrer Georges Louis sous des bulletins de santé : mais au Conseil des Ministres 1l chantait un autre air. Ses collègues, n ‘ayant sur les affaires russes d'autres références que les siennes, se laissèrent bercer par ses couplets patriotiques. Comiéent ne pas prêter l'oreille aux discours d'un Président du Conseil que les négociations d'Agadir, si diffamées, avaient mis
sur le pavois? Le cauchemar de l'invasion qui venait de
surgir à nos portes pesait sur les cerveaux. La Russie, en cas de récidive, était l'espoir magique. On portait donc aux nues les propositions séduisantes du mmistre qui se faisait fort de rendre plus prompt et plus efhcace l'appui
des armées tzaristes. Leur intervention équivalait à la.
victoire sûre : elle ne pouvait se payer trop cher. Déjà l’hallucination du rouleau russe et sa marche miraculeuse en deux ou trois bonds gigantesques, de l'Est à l'Ouest, hantaient les imagiers d'Epinal.
M. Poincaré parlait de haut à des auditeurs pressés, qui n éprouvaient pas le besoin de le chicaner. Professeur de stratégie, il expliquait doctoralement que l'Etat- Major russe, pour fraterniser avec le nôtre, pour mobiliser à temps, était en retard. Ce point faible, cette tare, 1l l'imputait à la vieille politique de Moscou. Estropiée au Congrès de Berlin, immuablement attirée par l'Orient, elle concentrait les lignes fortifiées, les voies d'accès, les
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corps d'armée d'après un thème unique. Hypnotisée par l'agression autrichienne, elle s'était munie abondamment de places d'arrêt, de chemins de fer aboutissant au débouché des Karpathes. Rien ne paraît à un péril similaire vis-à-vis des frontières allemandes. Or la sécurité de la France exigeait qu’on comblât cette lacune, surtout après lé traité marocain-congolais, cote mal taillée, terrain d'élection pour les querelles d’Allemand. Il fallait donc que le Gouvernement Impérial, mieux informé, fut plus diligent et au besoin mis en demeure sans perdre de temps. La dispute coloniale, présageant la guerre européenne, défendait de ménager les dépenses, fut-ce à nos frais exclusivement. À nous de cumuler ces garanties avec celles de la convention militaire !
La politique pacifique d’une Alliance défensive n’avait rien à redouter de ce programme excellent. Toute provocation nous étant interdite, il nous appartenait de rendre la Russie inattaquable, d'empêcher par ce nouveau barrage l'Allemagne de nous attaquer simultanément avec la Russie. Nul ne regrettera que de tels projets alent été présentés et sanctionnés. Mais pourquoi Georges Louis fut-il frappé d'ostracisme, sous prétexte d'inaptitude au succès de ce grand dessein? Pourquoi sa présence à Saint-Pétersbourg fut-elle proclamée incompatible avec la politique de M. Poincaré? Pourquoi soutenait-on qu 1l n'avait pas l'oreille de Sazonoff et la faveur de Nicolas IL?
Les ministres se persuadèrent qu'ils devaient choisir entre la personne de Georges Louis et l'achèvement de l'armement russe, sacrifier un ambassadeur À notre défense nationale. Pour endormir la religion des Chambres, on broda copieusement sur le cliché de la raison d'Etat. Elle a été inventée pour se dispenser d’avoir raison : les archives du Quai d'Orsay ne possèdent pas dans leurs flancs une seule pièce au passif de l'ambassadeur sur ce
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