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S1 celui-ci avait eu, lui aussi, tant de regrets, 1l eût certamement écrit à l'ambassadeur pour excuser le péché mortel du Quai d'Orsay. Dans un premier entretien, 1l s est borné à écouter assez froidement F. Lautier : dans le second, il a cru prudent et habile de faire chorus avec la désolation de son visiteur. Mais l'impression reste équivoque. Îl est fâcheux que seul un journal russe qualifié ait apprécié comme il convenait üne de ces rosseries doubles ou triples dont le poison peut tuer. sans que personne se lève et fasse amende honorable. Les Novoïé Vrémia du 21 maiï-15 juin ont au moins tiré la morale de l'incident :
Des sphères approchant l'Ambassade de France on nous apprend que la perte de cette lettre paraît au moins étrange : pour les personnes qui connaissent l'Ambassadeur de France et sa femme, toute cette histoire paraît peu vraisemblable. L'éminent diplomate et sa femme ont joui ici de toutes les sympathies et d'une particulière considération.
Îl'est probable que toute cette histoire de lettre a été inventée pour réveiller des potins autour du nom de l'Ambassadeur de France et renouveler dans un clan très connu de la presse l'agitation contre l’Alliance franco-russe.
Cependant, aujourd'hui comme toujours, elle reste la base imébranlable de la paix européenne.
Vraisemblablement le chef du Gouvernement français ne pensait pas de même. S'il eût été d'avis que toute atteimte à son ambassadeur lésait l'Alliance, ii eût fait à Paris plus de cas d’une divulgation inopportune. Mais sa volonté tendait à séparer Georges Louis et sa mission, à détacher de son sort celui de la politique franco-russe. M. Poincaré préparait ainsi, pour la personnifer seul, le voyage qu1l projetait en Russie. En vue de ce déplace-
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ment, 1l s accoutumait à mettre de côté Georges Louis comme une quantité négligeable et négligée. J'emprunte aux Carnets quelques devis tenus le 31 octobre 1914 par un ministre plénipotentiaire, M. Casenave, sur M. Poincaré et son état d'esprit lorsqu'il naviguait vers Saint- Pétersboursg :
Il faut entendre Margerie raconter les propos qu'il lui a tenus pendant le voyage à Pétersbourg. Poincaré, de sa voix haineuse : ( Dans tous les pays nous avons deux ennemis, le souverain et notre ambassadeur. »
Faut-1l induire de ce rapprochement bizarre que, si l'ambassadeur était désigné comme ennemi parce qu'il résistait à M. Poincaré, l'Empereur de Russie ne résistait pas moins à la politique d'Isvolsky? Evidemment, pour l’amener à rescipiscence, Georges Louis n'était pas indiqué. L'aveu que M. Poincaré n'a pu contenir dans une minute d'expansion restera son dernier mot. N'est-ce pas
Je cri du cœur?
Dans cette année 1912, je ne m'étais jamais encore s . + - A . = entretenu avec Georges Louis : je ne l'avais même jamais À à ‘ R ” sn vu. Mais il marrivait fréquemment d'être recu par M. Poincaré. Il praait volontiers les directeurs de Journaux, quelles que fussent leurs opinions en politique intérieure, d être au contact avec lui pour maintenir dans D ” [2 Li LJ ses grandes lignes l'unité de notre action extérieure. Je fus du nombre de ceux qui accédèrent à ses invites. Je a RES n'avais nul soupçon d'un duel Louis-Poincaré. Mais le A ? F »
sans-gene d'un étranger portant plainte contre un de nos ‘ésentants m horripilait. Dans l'Eclair du 1% juin, ; représentants m horripilait. Lans ! Éclair du juin, Je relevais fraichement l’inconvenance des procédés d’Isvolsky :
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Nous nous prononçons sans hésitations contre l'intervention directe de l'Ambassadeur de Russie à Paris.
Que M. Louis reçoive peu ou mal, qu 1l soit médiocrement mondain, il n’appartient à personne en dehors de nous Francais d'en marquer le mécontentement, et surtout de réclamer des changements diplomatiques sur un thème aussi délicat. Sachons nous faire respecter. Ne courons plus le risque d'aventures aussi malheureuses.
Rien à retrancher de ces remarques que m inspirait
la démarche dont un Ministre vraiment français n'eût e e e CE s »
pas admis l’incongruité sans s'avilir. J'ai eu quelque
plaisir à relire mon article du 18 mai sur la politique
d'Isvolsky :
L'’anarchie est à la mode dans la diplomatie moderne.
Est-il vrai que M. Isvolsky, plus Italien encore que Russe, s’est montré collaborateur trop zélé de M. Tittoni, qui représente ici le roi Victor Emmanuel IT? A-t-1l cru pouvoir avancer ses affaires par des conversations malveillantes ou quelques démarches inconsidérées?
Nous n'avons jamais, dans ce journal, manifesté beaucoup d’admiration pour la politique de M. Isvolsky comme Ministre des Affaires Étrangères. Nous gardons le souvenir fâcheux de la légèreté fébrile avec laquelle il traita la question de Bosnie- Herzégovine sur une vague promesse d'Edouard VIT, et avec l’arrière-pensée de faire ouvrir prématurément le Bosphore et les Dardanelles.
Aujourd'hui son idée fixe est devenue celle de son chef,
M. Sazonoff, et nous trouvons tout naturel que, dans la future
crise de l'Orient, la Russie gagne le prix de la course. Seulement, la manière de certains agents trop pressés est
peut-être difficile à comprendre et à tolérer.
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M. Poincaré désira m'entretenir. Mes réflexions lui faisaient ombrage : pourtant le simple bon sens, à défaut d'un minimum de fierté, en confrmait la rigoureuse Justesse. Îl est même étrange qu’elle n'ait pas eu plus d’écho et de suites. S'il avait écouté ses voix intérieures et suivi la ligne droite, nous aurions été sans doute plus d'accord. Mais comment m'imaginer, lorsque je lui parlais avec stupeur de l'audace d’Isvolsky, tout ce que me cachait sa faiblesse pour l'ambassadeur russe ?
L'embarras de ses réponses est encore présent À mon esprit. Îl ne contredit pas directement mes opinions : car il ne heurte pas de front celles qu'il juge irréductibles, étant plus obstiné que brave. S'apercevant très vite que les dessous de l'affaire Louis m'’étaient inconnus, 1l se rassura, et s appliqua même sournoisement à me maintenir dans l'erreur, tout en me donnant l’aumône de quelques satisfactions de pure forme : « Les ambassadeurs, me dit-1l, ne sont pas éternels dans leurs postes. Ils sont interchangeables, Louis n’est pas plus que les autres au-dessus de cette loi. Il n’est pas d’ailleurs question en ce moment de le déplacer, » J'insistai sur l'humiliation de se soumettre indéfiniment aux incartades d'Isvolsky, dont la situation à Paris me semblait indéfendable. Il se sentait sur un mauvais terrain. [| coupa court, et s’en tira par cette déclaration évasive : € Eh bien ! Je ne sais pas ce que l’avenir réserve à Louis : mais je vous garantis que, s’il quitte Saint-Pétersbourg, Isvolsky s’en ira de Paris le même jour. »
La difhculté n’était pas vaincue. Mais je dus croire à la parole de M. Poincaré. Sans me donner tort ni raison, il reculait à une échéance indéterminée la manifestation hypothétique de sa dignité. Je me contentai de cette belle promesse, bien qu'il restât maître du jeu, maître de
l'heure. Plus tard, j'ai perçu tout ce que sa conversation
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renfermait d'inquiétant et de vide. En fait, dès le mois de juin 1912, il était sous la férule de son mauvais génie : il devint plus tard son âme damnée, lié à des combinaisons de vaste envergure, qui peu à peu se découvriront avec une évidence aveuglante.
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