‹ Georges LouisChapitre 75 sur 145 · NT RUES SU · texte numérisé non relu

NT RUES SU

J'étais en France vers ce moment, mais je ne pouvais parler contre la politique de mon Auguste Maître, et je n’ai vu personne. Vous auriez dû nous dire ce que nous vous avons dit au moment de Fachoda. M. Delcassé a demandé au comte Lamsdorff si la Russie soutiendrait la France. Lamsdorff est venu me parler. Je lui ai dit qu'il fallait que la France cédit, et

la France a cédé.

Georges Louis ne repoussait pas à priori les conseils de ce Russe autoritaire et gémial. Il profita même de ses observations et de son expérience : mais 1l n'acceptait pas ses idées sur la politique extérieure et ne fut jamais son partisan. C'est pourquoi 1l écrivait très objectivement

en 1907 :

Beaucoup de Russes, des amis du comte Witte, disent volontiers qu il faut créer une atmosphère continentale:

Ces Russes sont pour la plupart de ceux qui sont favorables à l'Allemagne, et, dans leur pensée, créer une atmosphère continentale aurait pour but d'unir le Continent contre l’Angleterre. | |

Ils disent que la Russie doit être bien avec l'Allemagne parce que l'état dans lequel la guerre avec le Japon l'a laissée, et les troubles intérieurs qui l'ont encore affaiblie ne lui permettraient pas de soutenir une guerre contre l'Allemagne, Elle ne pourrait défendre sa frontière occidentale contre une invasion allemande. |

Georges Louis, nommé par Delcassé à la Direction politique, avait naturellement accepté le principe d’un encerclement de l'Allemagne, exclusif de la politique continentale, dont la pointe est nécessairement dirigée contre l'Angleterre, Mais il se défendait des chimères. I retint l'opinion du comte Watte sur le rendement mili-

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taire de la Russie. Du reste, le vieil homme d'Etat fut invariable dans son pessimisme. Exilé à jamais du pouvoir par la volonté de Nicolas IT, il expia ses sympathies pour l'établissement du régime parlementaire en Russie. Le Tzar, qui voulait être autocrate et le rester par-dessus tout, ne pardonna jamais l'élection de la Douma : il ramenait sa politique intérieure à une victoire sur la Chambre qu'il avait accordée par crainte de la révolution, et sa suppression lui semblait nécessaire. Il est probable que son fétichisme pour le pouvoir absolu, dont Alexandre II] lui avait recommandé en mourant le mainben à tout prix, l'inclina vers la guerre, afin d'y ressaisir son autorité. D'où sa faiblesse à l'égard d'Isvolsky qui faisait luire aux yeux éblouis du souverain la conquête > de Constantimople associée à la restauration pleine et entière de l'Autocratie.

La cloche du comte Witte rendait un son exactement contraire à celle de Sazonoff. Le premier se montrait résolument hostile aux accords avec l'Angleterre, le second se passionnait pour l’Entente anglaise. Il s’en ouvrait à Georges Louis le 6 avril 1910 avec un enthou- Q{]

siasme que rien ne rebutaïit :

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Pendant un siècle nous avons été mal avec les Anglais.

Cela avait été commencé avec Pitt. On croit même aujour- 4 d'hui quil n aurait pas été étranger à la fin violente de l’Em- \ À pereur Paul.

Vous vous souvenez que, lorsqu'il a été assassiné, il venait + 4 (c'était un être imaginatif à qui rien de ce qu'il rêvait ne paraissait impossible) de donner un ordre de mobilisation générale depuis les tribus de la Sibérie jusqu'aux cosaques du Don | pour envahir l'Inde. Huit jours après il tombait assassiné. RE

Et l'on a, paraît-il, trouvé des documents qui établissent Le que l'Angleterre a trempé dans la conspiration des mécontents

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qui aboutit à l'assassinat. À vous je peux bien dire en secret qui a trouvé ces documents : cest le Grand Duc Mikhaïlovitch. [I m a dit : «Ah ! j'ai trouvé des documents amusants.» Vous connaissez sa mamière. Amusants ! C'est de son arrièregrand-père qu il s agit.

Evidemment, tous les ennuis que nous crée l'Allemagne

viennent de ce qu'elle ne peut prendre son parti de notre entente avec l'Angleterre. |

Pourtalès ma dit tout récemment : « Pourquoi, oubliant l'amitié traditionnelle de nos deux Cours, vous êtes-vous détournés de nous, vos plus vieux amis, pour vous joindre à l'Angleterre? » Je lui at répondu : (M. l'Ambassadeur, pendant un siècle nous avons eu des difficultés avec l'Angleterre. C'est un événement heureux pour nous, et, puisque vous êtes nos amis, vous devez vous réjouir de ce que nous avons pu y mettre fin, pour établir de bons rapports entre les deux pays.

« Quand nous avons eu besoin d'une aide, nous ne vous avons Jamais trouvés à nos côtés. Qu avez-vous fait pour nous pendant la guerre de Crimée? Rien. Qu'avez-vous fait en 1878? Je n ai pas besoin de vous le rappeler. Et il en a toujours été ainsi. Il a bien fallu que nous réglions nous-mêmes nos affaires. Nous y avons réussi. Au perpétuel antagonisme aui nous divisait, là Russie et l'Angleterre ont fait succéder une bonne entente entre les deux pays. »

On ne s étonnera pas, après cet exposé de principes, des confidences de l'ambassadeur d'Angleterre, Sir G. Buchanan, deux ans plus tard. Elles sont instructives sur les tendances de Sazonoff :

20 avril 1912. — Sazonoff m'a dit il y a quelques jours : «L'entente avec l'Angleterre est l'alpha et l'omega de ma politique. Mon seul regret est que ce ne soit pas moi qui l'aie signée. J envie Isvolsky d'y avoir mis sa signature. »

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