Georges Mareschal, seigneur de Bièvre
L'étudiant parisien qui franchit le seuil de l’Ecole de médecine traverse une galerie ornée de quatre rangs de colonnes ioniques, puis il entre dans une cour peu spacieuse où le congrès médical de 1845 érigea la statue de l’anatomiste Bichat. S'il lève les yeux sur la façade du bâtiment principal, il aperçoit, au-dessous du fronton corinthien qui la surmonte, cinq médaillons sculptés en bas-relief et représentant les profils de chirurgiens célèbres.
Ce sont, en les citant suivant l’ordre chronologique :
1° Jean Pitard, chirurgien de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel;
2° Ambroise Paré, l’illustre premier-chirurgien de Charles IX et de Henri III;
3° Georges Mareschal, premier-chirurgien de Louis XIV et de Louis XV, fondateur de l’Académie royale de chirurgie;
4° François Gigot de la Peyronie, premier-chirurgien de Louis XV et collaborateur de Georges Mareschal;
5o Jean-Louis Petit, un des plus habiles praticiens du dixhuitième siècle. LE FRE
Cet ouvrage fait connaître la vie du chirurgien qui figure à la droite d’Ambroise Paré sur le frontispice de FEcole de médecine, Georges Mareschal, seigneur de Bièvre.
Du Moyen Age à la Révolution, les médecins et les chirurgiens exercèrent deux professions absolument distinctes. Les premiers faisaient seuls partié de l’Université de Paris, com-
posée des quatre Facultés de théologie, des droits, de médecine et des arts. Salués du titre de docteur, ils jouissaient d’une situation sociale très supérieure à celle des chirurgiens. Ceux-ci, qualifiés « maïîtres » et réunis en « communauté », étaient considérés comme des artisans; ils subirent pendant de longs siècles le hautain mépris des médecins. Mais, sous le règne de Louis XIV, pendant que la Faculté s’enlizait dans la routine et l’admiration d’elle-même, les chirurgiens de Paris commencèrent la rénovation de leur art. La réussite de l’opération faite à la fistule anale de Louis XIV par Félix, premier-chirurgien de Sa Majesté, attira sur leur Communauté l'attention royale, et c’est à Georges Mareschal, successeur de Félix, que la chirurgie dut ensuite ses principaux progrès.
En 1692, Mareschal obtint par son talent d’opérateur le poste de chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité, à Paris, et, en 1703, Louis XIV l’attachait à sa personne comme premier-chirurgien. La loyauté de son caractère lui valut bientôt, écrit le duc de Saint-Simon, « la familiarité et la faveur » du Roïsoleil; le mémorialiste conte en détail les curieuses confidences que Louis XIV fit à son chirurgien. Maître d’hôtel de Sa Majesté en 1706, anobli en 1707, seigneur de Bièvre en 1712, Georges Mareschal, qui avait conservé ses fonctions auprès de Louis XV, recut en 1723 le collier de l’ordre de Saint-Michel et mourut en 1736. Pendant les trente-trois années qu'il veilla sur la santé des deux rois, il fut souvent mêlé aux événements de cette intéressante époque : en 1712, son rôle dans l’affaire des prétendus empoisonnements fut capital, et le futur régent, Philippe d'Orléans, dut au chirurgien Mareschal la conservation de sa fortune politique.
En vertu de sa charge de Cour, Georges Mareschal était « chef de la chirurgie du royaume » : 1l réglementa d’abord l'exercice de son art dans toute la France; en 1725, il fondait à Paris la première Ecole publique de chirurgie; enfin, en 1731, il eut assez de crédit auprès du jeune roi Louis XV pour obtenir l’établissement de « l’Académie royale de chirurgie », et, pendant le reste du dix-huitième siècle, cette institution contribua au
PRÉFACE A our
perfectionnement de l'art opératoire dans l’Europe entière. . Pour répondre aux nécessités du nouvel enseignement chirurgical, Louis XV fit élever, en 1769, un vaste édifice destiné
à recevoir l’Académie, et il le décora de médaillons figurant les
plus célèbres chirurgiens français.
Supprimées ensemble par le décret du 8 mars 1793, l’Académie de chirurgie et la Faculté de médecine disparurent, comme
toutes les sociétés savantes, dans le bouleversement révolution-
naire. Un an plus tard, le 14 frimaire an III, la Convention fit
. une première restauration de l’enseignement médical, et, met- tant fin aux querelles des médecins et des chirurgiens, elle
institua une « Ecole de santé », où ces praticiens devaient se former ensemble : les vieux bâtiments de la Faculté, situés rue
de la Büûcherie et rue Saint-Jean-de-Beauvais, furent définitivement abandonnés, et la nouvelle école s'établit au siège de
l’Académie royale de chirurgie. Enfin, c’esten ce même édifice que le décret impérial du 17 mars 1808, réorganisant l’Université,
installa la Faculté de médecine. La fusion opérée par la Convention était consacrée par Napoléon Ier, et le titre de docteur
conféra désormais à son possesseur le droit d'exercer à la fois
la médecine et la chirurgie.
Ainsi, c’est dans l’école fondée par Mareschal qu’on enseigne aujourd’hui l’art médical, et, si l'Académie de chirurgie fut supprimée par la Révolution, une autre société, l’Académie de médecine, continue depuis 1820 ses féconds travaux : l’œuvre de Georges Mareschal subsiste donc entière.
En la retraçant, l’auteur n’a pas redit les actions glorieuses du Roi-soleil, mais ila pénétré avec le premier-chirurgien dans la chambre à coucher de Louis XIV, et conté les événements intimes de la Cour pendant la fin du Grand Règne. Il a écrit cet ouvrage avec le double intérêt de mettre en lumière quelques
particularités curieuses d’un passé aboli et de faire revivre le
beau caractère de son cinquième aïeul.
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