RESTAURATION DE L'ÉCOLE DE SAINT-COME
culté, Louis XV s’applaudissait de la protection accordée aux chirurgiens par les rois ses prédécesseurs : « Pour donner à une profession si délicate un chef capable de corriger promptement les abus qui s’y pourraient glisser, continuait Sa Majesté, ils l’ont mise sous l’inspection de leur premier-chirurgien et de ses lieutenants; sous leurs auspices et leur protection a été fondé dans notre bonne ville de Paris un amphithéâtre publie, où toutes les parties de la chirurgie sont démontrées par d’excellents maîtres. C’est par des moyens si sagement établis que depuis un siècle la chirurgie a fait quantité d’heureux progrès, mais nous sommes informé que les fonds destinés pour le souten de ces écoles ont été anéantis par les pertes que le malheur des temps a causées. A ces causes. nous avons, par ces présentes signées de notre main, établi et établissons cinq places de démonstrateurs dans les différentes parties de la chirurgie, auxquelles il sera par nous pourvu de sujets des plus expérimentés en cet art, sur la présentation qui nous en sera faite par notre premier-chirurgien, pour «enseigner»aux jeunes élèves la chirurgie dans « l’école » publique de Saint-Côme. »
Les lettres royales définissaient ensuite les programmes des cinq Cours (principes de la chirurgie, ostéologie, anatomie, opérations, saignée et médicaments), et attribuaient à chaque démonstrateur un traitement annuel de cinq cents livres (deux mille francs environ).
C’est à la suite de ces dispositions que Louis XV signifiait aux frères de la Charité l’interdiction de se livrer à l’art opératoire, soumettant leur maison de Paris et leurs hôpitaux de province à l’autorité d’un « maître ordinaire » nommé par lui, sur la désignation du premier-chirurgien (1). Mareschal et la Peyronie obtenaient donc à la fois la création de cours publics à Saint-Côme et l’organisation d’une école pratique à l’hôpital de la Charité.
Pour que les lettres patentes de septembre 1724 eussent force de loi, il fallait que le Parlement les enregistrât : préalablement, le contrôleur général (2) Dodun d’Herbault les envoya au doyen
(1) Voir chapitre xxIII de cet ouvrage.
(2) Ces lettres visaient la création de « chaires » rétribuées par le roi; or, le contrôleur général des finances examinait tous les actes royaux devant amener de nouvelles charges pour le Trésor public.
de la Faculté de médecine. Bien que présentée comme la continuation des exercices fondés par Bienaise et Roberdeau, l'institution des cinq démonstrateurs inquiéta les docteurs, et la Faculté lui fit devant le Parlement une vive opposition. Mais le doyen Andry parvint seulement à remplacer dans le dispositif des lettres les mots « enseigner » et « école » par ceux de « démontrer » et d’ « amphithéâtre »; il reçut en outre du contrôleur général l’assurance « que l'intention du roi n’était pas de rien établir par ces patentes qui pût préjudicier aux statuts de la Faculté ». En même temps, cédant aux instances d’Andry, le Parlement expédiait des lettres en forme de requête civile contre l’arrêt du 11 mars 1724. Croyant avoir sauvegardé tous les droits de l’Université, le doyen ne s’opposa plus à l'enregistrement des lettres patentes, et cette formalité eut lieu le 26 mars 1725. Deux mois après, Louis XV signait le brevet suivant :