‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 107 sur 182 · SUCCÈS DES CHIRURGIENS · texte numérisé non relu

SUCCÈS DES CHIRURGIENS

entre les mains du doyen et lui remettre un écu d’or : les chirurgiens ne s'étaient jamais soustraits à cette obligation, et, depuis 1714, ils se présentaient vainement à la Faculté pour la remplir. Mais les contrats n’imposaient nullement au premierchirurgien ou à son lieutenant le devoir d’accompagner les prévôts, et l’on n’y voyait pas que le serment des chirurgiens fût un serment « d’obéissance à la Faculté ».

Après ces déclarations, Mareschal démontrait que les statuts accordés en 1699 aux chirurgiens de Paris annulaient toutes les dispositions des anciens contrats relatives à l'instruction et à l’examen des aspirants. Les seules marques de déférence auxquelles fussent tenus les maîtres envers la Faculté de médeeine se trouvaient expliquées dans l’article 61 des dits statuts : « Le doyen et deux médecins par lui choisis seront mandés à la tentative, aux premier et dernier examens et à la prestation de serment. » Ce droit de présence à certains actes du chefd'œuvre était le seul que pussent légitimement réclamer les médecins; le lieutenant Tursan et le prévôt Lestorcel avaient donc justement agi en ne souffrant pas que les docteurs Couthier et Thuillier interrogeassent les aspirants; leur attitude ne constituait pas une insulte envers la Faculté.

La discussion de ce différend dura quatre ans;le 11 mars 1724, le Parlement rendit un arrêt (1) donnant pleine satisfaction à Georges Mareschal : il ordonnait que la Communauté de Saint- Côme continuerait à députer chaque année ses quatre prévôts à la Faculté pour payer l’écu d’or et prêter le serment, mais 1l dispensait le premier-chirurgien et son lieutenant de participer à cette cérémonie. La Cour décidait ensuite que le serment ne comporterait aucune promesse de soumission à la Faculté et consisterait en ces paroles : « Nous jurons bien et fidèlement exercer l’art de chirurgie. » Enfin, déclarant les anciens contrats annulés par les statuts de 1699, le Parlement reconnaissait aux aspirants chirurgiens le droit de ne pas suivre les cours de la Faculté et s’opposait à ce que les médecins prissent la parole aux examens; si le droit de présence, visé par l’article 61 desstatuts de 1699, était confirmé, le doyen n’obtenait ni excuses n1 dommages et intérêts pour les prétendues insultes

(1) Archives nationales, AD XI 21.

de Tursan et Lestorcel. L'arrêt se terminait par une phrase dont l'ironie n’échappait à personne : « Et continueront les maîtres chirurgiens de porter honneur et respect aux méde- CIns. »

Ainsi, malgré les contrats anciennement passés entre les docteurs et les barbiers, le Parlement proclamait l'indépendance presque entière de la Communauté vis-à-vis de la Faculté : les docteurs accusèrent le doyen Caron, qui succédait à Douté depuis 1723, d’avoir conduit leur procès avec une négligence impardonnable, sans même réclamer l’appui du premiermédecin du roi (1), et leur dépit fut extrême quand ils virent Georges Mareschal et son survivancier la Peyronie profiter de leur victoire.

S1 les futurs maîtres apprenaient dans les boutiques de leurs patrons la pratique de l’art opératoire, aucun professeur ne leur en enseignait la théorie complète. Les « démonstrations » fondées à la fin du dix-septième siècle par Bienaise et Roberdeau avaient cessé, car les fonds destinés à leur soutien, imprudemment engagés dans l'aventure de Law, n’existaient plus depuis 1720 (2); enfin, les examens du chef-d'œuvre constituaient pour les aspirants d’utiles exercices, mais non un véritable enseignement. La Faculté de médecine, il est vrai, organisait chaque année des cours de chirurgie en langue française, soit dans sa propre école, soit au Jardin royal des plantes, mais l’art y était dédaigneusement professé par des docteurs qui eussent rougi de toucher un scalpel : les fraters n’assistaient pas à leurs leçons. Le 24 novembre 1721, le doyen Douté avait demandé au Parlement de contraindre les aspirants chirurgiens à suivre les cours de la Faculté pendant quatre années avant de parvenir à la maîtrise, et l’arrêt du 11 mars 1724 venait d’anéantir cette prétention : Mareschal et la Peyronie jugèrent le moment favorable pour tenter la restauration de l’ancienne école de Saint- Côme, et, au mois de septembre 1724, le roi signait des lettres patentes sanctionnant leur projet.

Après avoir constaté l’utilité de l’art opératoire et sa diffi-

(1) Bibliothèque nationale, T18 121, t. I, Deuxième Mémoire pour l’Université de Paris.

(2) Bibliothèque de la ville de Paris, imp. 10149, Mémoire pour la Communauté des chirurgiens. Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. IV, p. OX. (Eloge de J.-L. Petit). j

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