RESTAURATION DE L'ÉCOLE DE SAINT:CÔME
royaume, voit avec étonnement les tentatives injustes que fait la Faculté de médecine de Paris, sous le nom de l’Université, pour donner atteinte à la grâce que Votre Majesté vient de faire à la Communauté des chirurgiens par ses lettres patentes du mois de septembre 1724 (1).» Mareschal signalait ensuite au roi les démarches entreprises par la Faculté pour faire casser l’arrêt du Parlement du 11 mars 1724, suppliant Sa Majesté de ne rien décider en Conseil d'Etat avant que la Cour n’eût définitivement jugé le procès pendant entre les chirurgiens et les docteurs. D'ailleurs, ajoutait-il, « toutes les réflexions convenables aux intérêts de la Faculté de médecine ont été proposées par l’Université avant l’enregistrement des lettres; on lui a fait connaître que ses droits n'étaient compromis en aucune manière par les lettres patentes, et que l’établissement des démonstrateurs dans l’amphithéâtre de Saint-Côme n’était que la confirmation d’une pratique ancienne, que la Communauté n'aurait peut-être pu soutenir longtemps à cause de la diminution de ses revenus et de la multitude de ses charges. C’est donc une témérité indécente de remettre encore sous les yeux de Votre Majesté des difficultés prévues et condamnées avant que les lettres patentes aient été envoyées à vos Cours. À ces causes, Sire, plaise à Votre Majesté rejeter sans y faire droit la requête de l’Université, et lui faire défense de se pourvoir, relativement aux demandes qu’elle forme contre la Communauté des chirurgiens, ailleurs que devant les juges qui doivent en connaître, la Communauté des chirurgiens se réservant d’y défendre en temps et lieux. Et le suppliant continuera ses vœux pour la gloire et la prospérité de Votre Majesté. »
En n’exigeant pas la présence d’un docteur aux démonstrations Bienaise et Roberdeau, la Faculté avait laissé entamer le monopole d'enseignement conservé si longtemps par l’Université;, pour réparer cette imprudence et ruiner la seconde entreprise des chirurgiens, le doyen résolut de ne pas souffrir que les démonstrateurs nouvellement créés fissent leur cours sans avoir auprès d'eux un médecin remplissant le rôle de professeur. Par le maintien de ce vieux droit de la Faculté, les
(1) Commentaires de la Faculté de médecine, t. XIX, p. 85.
docteurs feraient avorter la tentative d’émancipation des chi1rurgiens et prendraient la direction de leur école. Justement, on apposait dans Paris des affiches ainsi conçues :
Dieu aidant, du règne de Louis XV, sous les auspices de Messire Georges Mareschal, écuyer, premier-chirurgien du roi, et chef de la chirurgie du royaume, M. Antoine Andouillé, chirurgien juré et démonstrateur royal, fera gratuitement, en faveur des étudiants en chirurgie, les cours d’ostéologie et des maladies des os, conformément aux lettres patentes de Sa Majesté du mois de septembre de l’année 1724, registrées en Parlement le 26 mars 1725. Il commencera jeudi 26 juillet 1725 à trois heures et continuera les lundis et vendredis dans l’amphithéâtre de Saint-Côme.
Andry convoqua aussitôt les docteurs Winslow, Coutier, Col de Villars, Le Tellier et Louis de Santeuil : au jour dit (1), tous revêtirent leurs robes, bonnets et chaperons, puis se transportèrent rue des Cordeliers « à l’effet, par Le dit Santeuil, de faire des discours sur les os pendant qu'Andouillé démontrerait (2) ».
Pour endormir les défiances de ses adversaires et obtenir l'enregistrement des lettres patentes, Georges Mareschal avait admis la suppression du mot « enseigner » dans l’acte royal de 1724 : mais il ne renonçait nullement à libérer ses démonstrateurs de toute direction étrangère. Si l’absurdité des théories médicales de l’époque (3) ne lui apparaissait pas clairement, il constatait leur stérilité : tandis que l’art opératoire se perfectionnait chaque jour par l’observation, la science médicale ne faisait aucun progrès; Mareschal était donc résolu à écarter de Saint-Côme la routine et la morgue professionnelle des docteurs.
Dès que les chirurgiens virent arriver au bout de la rue des Cordeliers le cortège des médecins en robe, ils se renfermèrent
(1) L'ouverture des cours, annoncée pour le 26 juillet, n’eut lieu que le 30.
(2) Commentaires de la Faculté de médecine, t. XIX, p. 93. Procès-verbal de Glou, commissaire au Châtelet, du 30 juillet 1725.
(3) Tandis que les docteurs de la Faculté de Paris attribuaient toute affection du corps à l’altération d’une des quatre humeurs (sang, bile, pituite, atrabile), un médecin anglais découvrait l’origine microbienne des maladies : suivant ce précurseur de Pasteur, elles sont causées par de « petits insectes » qui s’établissent dans les organes, et l’on obtient leur guérison « par des simples, minéraux et pierres, qui sont des poisons pour chaque espèce de ces insectes »; les observations microscopiques du médecin anglais n’obtinrent à Paris qu’un succès de curiosité. (Gazette de Hollande, 6 juin 1727.)