LA COMMISSION D'EXAMEN DES REMÈDES
buer des remèdes spécifiques et autres sans avoir obtenu de nouvelles permissions ».
Le premier-chirurgien se rendait compte que l’examen des médicaments, tel que le prescrivait l’article 148 des statuts, était impraticable, et il demanda au roi de le confier à une commission permanente comprenant des médecins et des chirurgiens : c'était cette démarche que le doyen qualifiait de «machination ». Le docteur Geoffroy n’oubliait pas la façon dont Mareschal avait mystifié la Faculté lors de l’arrêt du 4 décembre 1725; aussi, à l’issue de la réunion du 7 juillet 1728, il dévoilait ainsi les intentions du premier-chirurgien : « Cet homme astucieux (1) médite d’enlever au premier-médecin du roi le droit d’approuver les remèdes, ou du moins de le diminuer en obtenant que l’archiâtre ne puisse donner cette approbation sans l’assentiment de quelques chirurgiens de Saint- Côme (2). »
Le doyen prévint immédiatement Dodart de ce péril : « J’ai l'honneur de vous écrire, Monsieur, pour vous informer d’un arrêt du Conseil du 3 juillet 1728, qui vient d’être affiché, qui supprime tous les brevets, permissions et privilèges accordés pour la distribution des remèdes spécifiques et autres, et qui paraît intéresser vos droits et ceux de la Faculté, puisqu'il n’y est fait aucune exception. On m’assure qu’il est rendu à la sollicitation de M. Mareschal, et, comme il y a bien de l’apparence que M. Mareschal n’a pas obtenu cet arrêt pour la conservation de vos droits, encore moins pour la conservation de ceux de la Faculté, mais pour s’arroger une espèce de tribunal pour l’examen de ces permissions et privilèges, je crois qu’on ne doit pas rester tranquille en cette occasion, et Je vais examiner quelles mesures les plus convenables on pourrait prendre pour revendiquer (s’il était possible) le droit que la Faculté a eu de tout temps d’examiner ces remèdes. Je vous envoie cet arrêt qui peut-être n’est pas encore venu à votre connaissance. Ayez la bonté d’observer que cet arrêt du Conseil est relatif au cent quarante-huitième article des statuts de Saint- Côme. Devons-nous acquiescer à cet article? N'est-ce pas ravaler
(1) « Vir ille astutus. »
(2) « Non possit illa concedere nisi de consensu quorumdam deputatorum a chirurg's Sancosman:s. »
votre autorité, Monsieur, que de vous égaler les quatre prévôts de Saint-Côme? Et je suis très persuadé que M. Mareschal n’en restera pas là, il n’est pas homme à rester en si beau chemin. »
Le doyen terminait en proposant alliance au premier-médecin : leurs efforts combinés obtiendraient sans doute un nouvel arrêt cassant le premier et instituant une commission d’examen présidée par Dodart, dans laquelle il appellerait, « quand il le Jjugerait à propos, » des apothicaires et des chirurgiens.
Le premier-médecin « était un fort honnête homme, éloigné de manèges et d’intrigues (1) »; malgré l’antagonisme des docteurs et des maîtres, il entretenait avec Mareschal d’excellents rapports. La réforme demandée par le premier-chirurgien lui paraissant justifiée, il refusa de la combattre, et, le 20 octobre 1728, on lisait dans la Gazette de Hollande : « Le roi anommé MM. Dodart, Helvétius, Silva et Vernage, docteurs de la Faculté de Paris; MM. Mareschal et la Peyronie, premierschirurgiens du roi; MM. Boulduc et Geoffroy, apothicaires, en qualité de commissaires pour l’examen des remèdes.» Quand il apprit cette nouvelle, le doyen écrivit après la copie de sa lettre au premier-médecin. « Mais ce message ne servit à rien (2)! »
Cependant, l'affaire des « démonstrateurs » s’instruisait au Parlement, l'avocat Jullien de Prunay plaidant pour les docteurs et l'avocat Normand pour Georges Mareschal. La Faculté, qui ne put empêcher en 1730 la création des chirurgiens censeurs et l’approbation des statuts généraux pour tous les praüciens du royaume, subit la même année un échec plus grave encore. Le 17 février, la Cour « appointa » le procès : un pareil jugement intervenait lorsque les juges, se déclarant insuffisamment éclairés, redemandaient aux parties des conclusions et des productions. En la circonstance, le Parlement, évitant aux docteurs l’humiliation d’une défaite publique, montrait son intention de laisser les chirurgiens maîtres chez eux. La Gazette de Hollande du 24 février enregistrait ainsi la victoire de Mareschal : « Le procès entre les médecins et les chirurgiens est appointé à la grand’chambre : ces derniers continueront jusqu’au jugement définitif à enseigner à Saint-Côme sans qu’il y ait des médecins, comme ceux-ci le demandaient. »
(1) SAINT-SIMON, t. XV, p. 454. (Voir aussi page 390 de cet ouvrage.) (2) « Sed paucum proficuæ fuerunt hæ litteræ! »
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