‹ Georges Mareschal, seigneur de BièvreChapitre 116 sur 182 · LA CENSURE DES OUVRAGES DE CHIRURGIE · texte numérisé non relu

LA CENSURE DES OUVRAGES DE CHIRURGIE

faire un nouveau pas en avant : un jeune praticien, nommé René-Jacques Croissant de Garengeot, avait déposé chez l’abbé Brissart un manuscrit intitulé Splanchnologie ou l’ Anatomie des viscères. Sans en avertir personne, le premier-chirurgien obtint de M. d’Armenonville un mandat spécial lui permettant d'examiner, à titre de « censeur royal », l’œuvre de Garengeot. Dans le courant de l’année suivante, le livre paraissait, et sur la première page les médecins lisaient avec une stupéfaction indignée la mention ci-après :

Approbation de Messire Georges Mareschal, écuyer, conseiller et premier-chirurgien du roi, seigneur de Bièvre et autres lieux, censeur royal des livres d’anatomie et de chirurgie.

J’ai lu avec attention, par ordre de Mer le garde des sceaux, le livre intitulé : Splanchnologie ou l’Anatomie des viscères, par M. Croissant de Garengeot, et je l’ai trouvé très digne d’être imprimé. À Marly, le 9 février 1728. Mareschal (1).

Ainsi, contrairement à sa promesse, M. d’Armenonville avait retiré aux médecins la censure d’un livre chirurgical. Muni de la Splanchnologie, Geoffroy, doyen de la Faculté, se présenta lui-même à la grande chancellerie. Depuis le 17 août 1727, M. d’Aguesseau succédait à M. d’Armenonville (2) : aux plaintes du doyen, il répondit que le mandat accordé à Mareschal émanait de son prédécesseur et que les actes de l’ancien chancelier ne pouvaient pas être annulés; mais, en respect du privilège de la Faculté, la vente de la Splanchnologie serait arrêtée jusqu’à ce que le docteur Burette, censeur royal, eût revêtu cet ouvrage de son approbation. Ce fut le dernier succès du doyen dans sa lutte avec Georges Mareschal. En 1730 parurent des lettres patentes instituant deux chirurgiens censeurs pour l'examen des manuscrits relatifs à l’art opératoire, et la Faculté, découragée par l'issue malheureuse de ses autres instances, comprit que toute nouvelle opposition à la volonté royale serait inutile. Les deux premiers chirurgiens censeurs furent Georges Mareschal lui-même et son survivancier la Peyronie.

Le docteur Geoffroy, doyen de 1727 à 1730, surveillait atten-

(1) Splanchnologie, Paris, 1728.

. (2) M. d’Armenonville était à la fois chancelier et garde des sceaux;en 1727, les deux charges furent données, l’une à M. d’Aguesseau, l’autre à M. de Chauvelin.

tivement lesactes de Mareschal, craignant d’y voir de nouvelles entreprises contre la Faculté. Après une séance où il avait signalé les précédentes menées de son adversaire, Geoffroy écrivait dans ses Commentaires : « À la fin de la réunion, le doyen apprit une nouvelle machination de Georges Mareschal (1) ».

L'article 148 des statuts accordés en 1699 à la Communauté de Saint-Côme était ainsi conçu : « Nul ne pourra faire imprimer, afficher ou distribuer dans la ville et faubourgs de Paris aucun remède chirurgical, s’il n’en a obtenu la permission du lieutenant général de police, sur les certificats du premier-médecin du roi, du doyen de la Faculté de médecine, du premier-chirurgien du roi, de son lieutenant et des quatre prévôts en charge. » Maïs, comme ces officiers, d’origines et d’importances trop diverses, n’examinaient jamais de concert les spécifiques soumis au visa du lieutenant de police, M. Hérault, successeur de M. d’Argenson, s’en rapportait au premiermédecin, au doyen, ou même à un docteur quelconque, pour l'approbation réglementaire des remèdes chirurgicaux, sans jamais prendre l’avis d’un maître. En outre, de nombreux inventeurs se passaient d'autorisation pour vendre les plus extraordinaires panacées : Paris était rempli de charlatans qui promettaient la guérison des maladies chirurgicales par le simple emploi d’une drogue. Mareschal voulut faire cesser cette concurrence à la fois fâcheuse pour sa corporation et pour le public (2). Le 3 juillet 1728, il obtint un arrêt du Conseil d'Etat où Sa Majesté défendait « à toutes personnes de distri-

(1) 7 juillet 1728 : « Vix soluta erant comitia cum decanus de novis Georgii Mareschal machinationibus monitus fuit. »

(2) I n’empêchait cependant pas ses clients de recourir aux médications empiriques, quand elles paraissaient donner de bons résultats. Le 14 avril 1724, on lisait dans la Gazette de Hollande : « Un particulier demeurant rue Tiquetonne réussit particulièrement bien la cure de la paralysie; M. Mareschal, informé d’une première guérison, a conseillé au marquis de Briqueville, mestre de camp d'infanterie, fils aîné du marquis de la Luzerne, qui avait usé des eaux et de toutes sortes de remèdes, de se mettre entre les mains de ce particulier, qui l’a si bien guéri qu’il chasse maintenant à pied.» Et le 24 mars 1727 : « La gangrène ayant paru ces jours passés à un doigt de pied de M. Turmenies de Nointel, garde du trésor royal, plusieurs chirurgiens délibérèrent de lui faire l’amputation du pied; mais M. Mareschal, étant survenu, envoya chercher un autre chirurgien, qui, par le moyen d’une eau qu’il appliqua sur la partie, dissipa la gangrène en vingt-quatre heures. » M. de Nointel mourut quelques jours après sa prétendue guérison : Mareschal s’était opposé à l’amputation parce qu’il jugeait le cas désespéré.

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