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LES FERMIERS GÉNÉRAUX

généraux» ceux qui prenaient à bail, contre le payement annuel d’une somme fixe, le recouvrement de ces impôts. Toujours à court d’argent, les rois exigeaient par anticipation le montant de chaque fermage et demeuraient ainsi les obligés des « traitants ». — « Les fermiers généraux, écrit Moufle d’Angerville, sont devenus des personnages dans le royaume et ont été regardés comme les colonnes de l'Etat (1). » Mais les lois fixant l'assiette des impôts étaient confuses, et la perception des droits donnait lieu aux plus graves abus; pressurant les contribuables

pour augmenter le rendement des fermes, les collecteurs com-

mettaient maltôtes, exactions et malversations : Voltaire, à qui l’on demandait une histoire de voleurs, la résumait en ces mots : « Il était une fois un fermier général... » Pendant le règne de Louis XV, ces financiers se firent remarquer par leur luxe, leur prodigalité, souvent par leurs banqueroutes; ils étaient au nombre de quarante; quand l’un d’eux disparaissait, sa place devenait l’objet de multiples compétitions (2), et les mémorialistes signalent les intrigues qui se nouaient en cette occasion autour de la compagnie des fermiers généraux. Louis Mareschal dut sa nomination au crédit de son père; le 7 avril 1732, un correspondant mandait à la Gazette de Hollande : « M. de la Gombaude mourut la nuit du 1% au 2 de ce mois, et M. Mareschal, fils du premier-chirurgien du rot, est fermier général à sa place. »

Moufle d’Angerville consacre une notice à chacun des financiers intéressés dans les fermes entre 1720 et 1751 : « M. Mareschal, écrit-il, est de Paris et fils du premier-chirurgien du roi. Il était maître d’hôtel de Sa Majesté avant d’être fermier général. Comme il n’a sollicité cet emploi que par rapport à sa fille, il ne l’a exercé que jusqu’à ce qu’il eût trouvé un parti convenable pour elle. Ce M. Mareschal est un très honnête homme (3). » Un manuscrit anonyme de la bibliothèque de la ville de Paris donne les mêmes détails sur le fils aîné du premierchirurgien et les termine également par cette appréciation : «M. Mareschal était un honnête homme (4).» Au dire des contem-

(4) Vie privée de Louis XV.

(2) Dans chaque bail, le roi introduisait une clause permettant aux gentilshommes d'exercer « sans déroger » les fonctions de fermier général.

(3) Vie privée de Louis XV.

(4) Ms. 3955.

porains, cette qualité ne convenait pas à un fermier général : «M. Mareschal sentait bien qu'il n’était pas propre à sa place, lit-on dans un autre manuscrit; aussi, n’entendant nullement la matière des fermes, n’a-t-1l pas cherché le moins du monde à s’en instruire. Il était d’une grande bonté et point fier (1). » Un troisième anonyme, auteur de Mémoires pour servir à Phistoure du publicanisme moderne, contenant l’origine, les noms, qualités, le portrait et l’histoire de Nos Seigneurs les Fermiers généraux (2), fournit sur Louis Mareschal des renseignements analogues : « C’est la meilleure pâte d'homme qu'il y ait au monde, mais qui n’entend rien à la matière des fermes, n’en ayant Jamais eu la moindre teinture et n’ayant fait aucune tournée pour s’en instruire. » Ainsi, d’après ses différents biographes, Louis Mareschal ne ressemblait en rien à Turcaret : en 1732, ses filles Marie-Anne et Thérèse atteignaient dix-sept et seize ans; 1l se fit nommer fermier général dans le seul but de céder cette situation à l’un de ses futurs gendres.

Depuis plusieurs années, le premier-chirurgien n’habitait plus que Bièvre ou la Cour; en 1730, Louis XV lui fit présent d’un terrain à bâtir, sis à Versailles au n° 3 de la rue Saint- François (actuellement rue de Gravelle), mais il se trouva trop âgé pour construire, et vendit le don royal (3). Puis, comme son château et son logement du palais de Versailles lui suffisaient, il abandonna le vaste appartement du Vieux Louvre à son fils ainé; le roi confirma cette cession par un brevet (4).

À l’hôtel des fermes, Louis Mareschal rencontrait le gourmet Grimod de la Reynière; Dupleix, père du fameux gouverneur des Indes; Le Riche de la Poupelinière, protecteur fastueux des littérateurs; l’économiste Dupin; Le Normand de Tournehem, père de la future marquise de Pompadour; Dudelay de la Garde, dont un neveu, Jacques Roussel, épousa Marie- Anne Mareschal. Le fils aîné du premier-chirurgien avait pour « département » la régie « des grandes gabelles » et celle « du tabac »; mais, laissant à des fermiers généraux plus compétents le soin de conduire la perception des impôts sur le sel

) Bibliothèque de la ville de Paris, ms. 3954. ) Bibliothèque nationale, ms. fr. 14077.

) ITistorre de Versailles, par Leror. L’acquéreur du terrain donné à Mareschal, M. Demotes, y fit élever un hôtel acquis en 1755 par le marquis de l'Hôpital.

(4) Voir l’Appendice n° 8.

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